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Blessures d’aiguilles et AES : une étude italienne pique là où cela fait mal !

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AES

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Les blessures suite à l’utilisation d’aiguilles demeurent encore et toujours un problème majeur de santé publique dans le monde pour les 59 millions de professionnels du soin qui s’exposent à un risque d’accident d’exposition au sang de manière quotidienne. Une étude réalisée dans un centre hospitalier universitaire à Naples a recueilli les données de suivi de tous les AES répertoriés de 1995 à 2016. Les résultats montrent que, si au début les stratégies de prévention mises en place ont permis une réduction importante de ces accidents, aujourd’hui les chiffres stagnent, voire augmentent à nouveau…

Blessures d’aiguilles et AES : une étude italienne pique là où cela fait mal !

Selon une étude italienne de grande ampleur, de nouvelles stratégies de prévention primaires et secondaires sont nécessaires pour diminuer les blessures via les aiguilles.

Une étude italienne de grande ampleur a été menée dans un hôpital universitaire de Naples pour estimer l’évolution du nombre d’accidents d’exposition au sang chez les professionnels de santé afin d’estimer les catégories les plus à risque ainsi que l’impact des stratégies de prévention. Si les résultats suggèrent sans surprise une nette diminution de 1995 à 2005, les chiffres stagnent depuis. De même, dans le cadre de ces recherches, les médecins ont déclaré davantage d’AES que les infirmiers, ce qui interroge les auteurs de ces travaux.

Dans cette étude, le HCV s’avère le virus auquel les professionnels de santé ont été le plus exposé (33% des cas)

Des données récoltées sur près de 20 ans

D’après les données internationales, environ 3 millions de professionnels de santé (dont un tiers en Europe) ont déclaré une exposition percutanée à des virus présents dans le sang. Pour deux millions d’entre eux il s’agissait d’une exposition à l’hépatite B, 0,9 million l’hépatite C et 170 000 le HIV. Ce genre d’exposition professionnelle peut être favorisé par des procédures à risque comme le fait de recapuchonner une aiguille, une fermeture de plaie, le nettoyage d’une biopsie, le transport des déchets ou encore des interventions très stressantes telle qu’une endoscopie thérapeutique chez des patients présentant un saignement gastro-intestinal.

Or, la mise en place de précautions universelles peut prévenir la plupart des infections transmises par le sang chez les travailleurs de la santé. Des chercheurs italiens ont recueilli toutes les données concernant les déclarations d’AES des personnels ayant suivi un traitement prophylactique entre janvier 1995 et décembre 2016 de l’hôpital universitaire Frédérique II à Naples. Le But : distinguer les catégories professionnelles et les profils type des personnes à risque, les sources d’infection ainsi que la réduction des AES suite aux mesures de prévention.

D’après les chiffres, près de 1500 blessures par aiguilles ont été répertoriées pendant la période analysée. Le nombre d’AES médian s’élevait à 67 par année. Certains résultats confirment des recherches antérieures comme le fait que les départements de chirurgie sont davantage à risque (14% des AES déclarés) suivi par la gynécologie et l’obstétrique (9%). En revanche, contrairement à ce qui était attendu, les cas dans le secteur des maladies infectieuses étaient relativement rares, et ce, de 1995 à 2016. Ces observations laissent supposer que les personnels font davantage attention dans ces secteurs et suivent scrupuleusement les précautions d’usage.

Elément étrange à souligner : durant l’étude, ce sont les médecins qui ont rapporté le plus d’accident (41% des cas), devant les infirmiers (un tiers des cas) suivi des étudiants en médecine ou en soins infirmiers (5%). Pourtant, des travaux précédents ont démontré que les infirmiers représentaient environ entre 55% et 65% des professionnels exposés. De même, des données italiennes avaient suggéré que cette profession montrait les taux d’exposition les plus élevés et ce quel que soit le domaine d’activité. Ce qui parait logique au vu de leurs tâches, les IDE effectuent le plus grand nombre de procédures invasives auprès des patients tels que les prélèvements sanguins ou l’insertion de cathéters vasculaires périphériques.

Aux États-Unis, le Système de surveillance national pour les travailleurs de la santé a estimé à environ 236 000 blessures par an, soit plus de 800 chaque jour, mais selon d'autres rapports ce nombre pourrait être supérieur à 380 000 !

Des données qui suggèrent que les efforts doivent se poursuivre

Si de manière générale, l’analyse statistique révèle une diminution du nombre de cas d’AES au fil des années, celle-ci n’est pas uniforme. En effet, de 1995 à 2005, on observe une véritable chute du nombre d’accidents. Cependant, les années suivantes, les chiffres évoluent de façon non significative. Plus précisément, après 2005, le nombre de cas a légèrement oscillé sans tomber en dessous de 28 cas par an.

Ces résultats concordent plus ou moins avec les données de la littérature. Par exemple, aux Etats-Unis, des chercheurs ont également noté une nette diminution de l’incidence annuelle des blessures par piqûre avec un déclin plus important chez les infirmiers que dans les autres catégories professionnelles. En outre, une étude réalisée aussi en Italie (en Ligurie) a rapporté une baisse des AES d’environ 47% entre 2006 et 2010, ce qui correspond à une réduction des AES de 9% par année. Bien évidemment, cette diminution est corrélée à l’adoption de dispositifs de prévention et de sécurité adaptés.

Toutefois, les chiffres plus récents montrent une tendance plus décevante. En Allemagne, notamment, après la mise en place de mesures de précautions, le nombre de cas d’accidents est passé de 50 000 à 37 000, mais, après 2007, il aurait à nouveau augmenté à 51 000. Aux Etats-Unis encore, une enquête sur les pratiques professionnelles (EXPO-S.T.O.P), qui avait impliqué près de 181 hôpitaux dans 34 États a démontré que si l’incidence de blessures via des aiguilles avait diminué jusqu’en 2002, elle avait ensuite plafonné en 2009. Plus inquiétant, le nombre de cas rapportés en 2014 était plus élevé qu’en 2010 ! Ainsi, il faut trouver un moyen de pallier ce ralentissement. C’est pourquoi l’équipe de chercheurs conclut qu’il est nécessaire d’améliorer encore les stratégies de prévention primaires et secondaires et de mettre en place de nouvelles campagnes d’éducation.

En règle générale, la plupart des accidents (plus de 80%) sont dus à des instruments tranchants et principalement des aiguilles (responsables à elles seules de 70% des blessures). L’incidence rapportée des blessures par objets tranchants varie largement de 1,4 à 9,5 par an pour 100 professionnels de santé

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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