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Vidéo - AES : quelle réalité pour les professionnels de santé ?

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AES

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Afin de soutenir la vigilance des AES (Accident avec Exposition au Sang) et expliquer quelle est la réalité pour les professionnels de santé, l'Appel Médical dans le cadre de ses « Exclusifs » a fait confiance à Infirmiers.com. Sophie Guiot, infirmière, cadre expert en hygiène à l'Institut Franco-britannique (Levallois-Perret) répond à nos questions sur ce sujet. Nous retiendrons l'un de ses messages forts : « Mettre le bon gant au bon moment, c’est 90 % de sécurité pour le soignant et le patient ».

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L'accident avec exposition au sang (AES) et aux liquides biologiques est un risque professionnel majeur pour les professionnels de santé. Sophie Guiot le rappelle : « on recense en effet plus d'un million de blessures par piqûres d'aiguilles chaque année en Europe. Les infirmiers en sont les premières victimes, impliqués dans 48 % des accidents en Europe. » Ces seuls chiffres ainsi que cet autre qui souligne que 70 % de ces blessures et des AES ne seraient pas déclarés, justifient que la réduction de la survenue de ces accidents est l'une des priorités du plan stratégique national pour la prévention des infections associées aux soins (PROPIAS).

La première personne qui réalise des actes iatrogéniques c'est l'infirmier, ceci explique donc qu'il soit particulièrement exposé aux AES. Selon Sophie Guiot, il peut oublier parfois que perfuser, prélever… n'est pas un acte banal et que pour le sécuriser il doit observer des recommandations précises : le bon matériel et les bonnes précautions notamment.

Aucune séroconversion VHB n'a été rapportée depuis 2005, ce qui prouve que la vaccination a sa juste place.

Dans la plupart des cas, et c'est heureux, les AES sont mineurs en termes de conséquences. Des séroconversions professionnelles  - hépatite C, hépatite B, VIH - ont cependant été relevées dans la littérature internationale. Pour rappel, explique Sophie Guiot, en 2012, 14 séroconversions VIH étaient documentées , dont 12 qui concernaient des infirmiers. Concernant le VHC, 70 séroconversions ont été documentées depuis 1997, la dernière rapportée en 2012. En revanche, aucune séroconversion VHB n'a été rapportée depuis 2005, ce qui prouve que la vaccination a sa juste place.

Selon le réseau d'alerte, d'investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin)1, entre 2008 et 2015, le taux d'AES a décliné de 23 % sur l'ensemble des établissements de santé français observés. Pour Sophie Guiot, les actions de prévention menées ces dernières années portent leurs fruits . Cependant, il faut garder une vigilance de chaque instant, la part évitable de ces AES repose en effet sur le respect des bonnes pratiques sans défaillance. Les matériels de sécurité existent et continuent à se développer. Le contexte réglementaire impose à l'employeur de les mettre à disposition du professionnel de santé dès que la situation de soin l'impose. La question du surcoût peut évidemment être un frein...

Quid de la médecine de ville. Sophie Guiot le rappelle et cela a été documenté, en effet, les infirmiers libéraux sous-déclarent beaucoup. Ils banalisent, contraints par beaucoup de logistique et beaucoup de systèmes assurantiels privés. Il faut qu'ils s'emparent du sujet des AES car la sécurisation de leurs pratiques est en jeu et cela n'est pas rien.

Les équipement coûtent cher mais la loi nous dit que tant que l'outil existe il faut le mettre à la disposition du soignant

Il faut donc le rappeler encore et encore, le respect des précautions générales d’hygiène est essentiel ainsi qu'une bonne hygiène des mains Il est également crucial d’utiliser un matériel adapté et sécurisé, de porter un équipement adéquat (lunettes, masques, surblouse…) mais également de se tenir informé et de se former régulièrement sur la question. Qu’il soit sécurisé ou non, tout matériel piquant, coupant ou tranchant ayant servi lors d’un soin doit être éliminé en respectant les procédures d'élimination des DASRI.

L'Appel Médical propose un Quizz destiné à tous les professionnels de santé visant à tester leurs connaissances sur le sujet des AES mais surtout à leur donner des bonnes pratiques et ouvrir le dialogue sur ce sujet sensible et parfois encore tabou.

Note

  1. Si le Réseau d'alerte, d'investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin) n'assure plus la surveillance des AES depuis le 1er janvier 2016, n'étant plus considérée comme une surveillance prioritaire au niveau national, de nombreux établissements ont souhaité la poursuivre en interne. Ainsi a-t-il été proposé de poursuivre avec l'outil web-AES en 2017, sans  effectuer des changements des modalités d'utilisation. Toutefois, une version 2 a été mise en place depuis janvier 2018 pour permettre aux établissements de continuer à à surveiller les AES gratuitement et de manière autonome. C'est le Cpias Bourgogne-Franche-Comté qui a développé cette nouvelle version de l'outil (webAES#2), grâce à une aide financière de Santé publique France.
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Rédaction Infirmiers.com @infirmierscom

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