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A lire – Diabétique

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Diabète

Dans son récit intitulé "Diabétique", en format court, sur le site communautaire Raconter la vie, il partage sa vie de diabétique de longue date. Entre turbulences, aménagements, transformations et résistance, l'homme organise sa vie sociale et professionnelle avec le diabète, jamais tout à fait résigné à céder à tous les diktats  imposés par la maladie ; et c'est tant mieux pour lui. Un récit que tout soignants doit savoir lire, y compris entre les lignes ! Extraits.

Les textes publiés sur le site Raconter la vie, site communautaire de ceux qui s'intéressent à la vie des autres - témoignages de patients, de leurs proches, de soignants... vont régulièrement être présentés sur nos pages ; une très belle source éditoriale que nous avons choisi de partager entre nos deux sites.

Apprivoiser le diabète

diabète contrôle glycémie

Vivre avec un état autant qu’une maladie... le récit d'un "Diabétique"

"En 1964, à 35 ans, j’entre en diabète comme, il y a bien longtemps, on entrait en religion sans pouvoir choisir son ordre, avec la quasi-certitude de ne jamais en sortir, mais l’espoir d’y vivre longtemps. (...) Par une belle journée de juin, je passe au laboratoire chercher les résultats. La secrétaire médicale me dit : « Vous savez que c’est grave, Monsieur, 2 grammes 40 par litre de sang pour une glycémie à jeun, c’est énorme. » Je sors, titubant, affolé, au long d’un couloir sombre et tortueux."

Ecouter... jusqu'à quel point ?

"Les diabétologues et le personnel qui me prennent en charge apprennent leur métier de soignants, tandis que j’apprends celui de diabétique. (...) Je m’informe sur ce qui m’arrive à tel point qu’un ami pharmacien me dit : « Fais donc ce qu’on te dit de faire et ne pose pas de questions ». Désolé, ce n’est pas dans ma nature. "

S'organiser et dédramatiser... 

"En somme équilibrer au mieux son diabète, nuit et jour, 24 heures sur 24, pour éviter des conséquences néfastes à plus ou moins long terme. Vivre avec un état autant qu’une maladie, organiser son existence avec lucidité, sans dramatiser outre mesure. (...) Certains médecins regrettent que la maladie ne soit pas bavarde, ne fasse pas souffrir. D’aucuns la prendraient plus au sérieux sans doute. "

Changements de vie

"Le diabète modifie ma vie à tout point de vue. (...) Sur le plan social, le diabète n’est pas (pour moi du moins) une maladie honteuse, je ne l’ai jamais caché, ni exhibé. (...) Ma vie professionnelle, mes perspectives d’avenir se transforment totalement avec le diabète. Frais émoulu de l’agrégation de géographie lorsque le diabète est détecté, je suis frappé par l’indigence du savoir des soignants sur les milieux alimentaires. (...) D’aucuns pensent sans doute que je suis un privilégié. Oui, dans une certaine mesure car j’ai pu aménager mes activités, en souplesse. Ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Suis-je chanceux ?

"Je vois défiler un demi-siècle d’avancées technologiques et thérapeutiques, depuis les grosses aiguilles qu’affûtent les bonnes sœurs à la clinique où je m’initie aux injections - quelle trouille le jour où je passe pour la première fois à l’acte ! - jusqu’aux tiges microfines d’hier à aujourd’hui. (...) Je pourrais postuler au titre de « vétéran du diabète ». J’aurais déjà deux fois la médaille, 25 et 50 ans. Je ne sais pas si elle existe pour un centenaire, et s’il y a des postulants ! "

Raconter la vie : la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres

Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples - celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature. Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit. Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (2)

serge cannasse

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#2

un projet politique (et non politicien) - suite

Rosanvallon s’inscrit dans une lignée issue de ce qu’on a appelé la « deuxième gauche », qui insistait sur les potentialités que recèle la « société civile » et réhabilitait l’entreprise et les réformes de structure de la sécu. par exemple, elle a compté Alain Touraine, le papa de la ministre actuelle, pour qui la démocratie devait tenir compte des « nouveaux mouvements sociaux » (fémininisme, minorités ethniques, minorités sexuelles, etc). certains de leurs copains de gauche leur reprochent de mettre les luttes « de classe » au second plan (salariés contre patrons, même si on n’en fait plus le moteur de l’évolution sociale, comme le font les marxistes classiques).

une précision pour finir : la plupart des livres de la collection « raconter la vie » sont volontairement courts. ils sont en général co-écrits par quelqu’un « du peuple » (qui est la figure incoutournable de la démocratie française, au contraire de la démocratie américaine) et un intellectuel plus ou moins reconnu.

Le propos des dirigeants de la collection est bien d’allier le « sentiment » (l’expérience vécue) et le débat politique ; loin de brouiller la réflexion, la démarche est au contraire censée l’alimenter. reste à savoir si elle y parvient, mais c’est une autre affaire.

serge cannasse

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74 commentaires

#1

un projet politique (et non politicien)

le but de la collection est éminemment politique, puisqu’il s’agit de rien moins que de revitaliser la démocratie. sur le site de « raconter la vie », on trouve en effet la déclaration d’intention suivante : « Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. En faisant sortir de l’omble des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective. » (http://raconterlavie.fr/projet/)

Cette collection et ce site s’inscrivent eux-mêmes dans un projet inspiré et dirigé par Pierre Rosanvallon, éminent historien des idées, spécialiste de la démocratie, qui a écrit de nombreux livres, et qui est à l’origine d’un autre site, la Vie des Idées (http://www.laviedesidees.fr/) – dont les articles couvrent des sujets très divers, sont souvent passionnants, mais ne donnent pas franchement dans la rigolade (c’est même parfois carrément abscons) – et d’une collection de livres, la République des Idées, courts, pas chers, très bien écrits, pour le « grand public », faisant en général un point excellent sur un sujet de société, et orienté à gauche politiquement.

car il s’agit aussi de revitaliser les idées « de gauche ». C’est à la mode et ça ne marche pas très bien, y compris ailleurs qu'en France. Ceci dit, Rosanvallon se bat pour cela depuis longtemps. pour l’anecdote, il est un des rares intellectuels de gauche, proches du parti socialiste, à ne pas avoir mis la raclée de Jospin aux présidentielles de 2002 sur le compte de la dissidence de Chevènement et quelques autres, accusés d’avoir fractionné l’électorat, mais sur le défaut de programme théorique et politique du parti.