GRANDS DOSSIERS

Améliorer le dépistage postpartum du diabète de type 2

Une campagne de prévention du diabète de type 2 menée en Seine-Saint-Denis auprès de femmes ayant développé un diabète gestationnel a permis d'augmenter de 50% la part des femmes dépistées en postpartum, selon des résultats publiés dans Diabetic Medicine.

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Une campagne menée en Seine-Saint-Denis a permis d'améliorer le dépistage postpartum du diabète de type 2.

Cette campagne, baptisée IMPACT, a été menée avec le soutien de Novo Nordisk dans les quatre plus grandes maternités de ce département particulièrement touché par le diabète dans l'objectif de favoriser le dépistage d'un diabète de type 2 dans les deux à trois mois suivant l'accouchement chez ces femmes à haut risque du fait d'un diabète développé pendant leur grossesse. Le lancement de cette première campagne de prévention du diabète de type 2 après un diabète gestationnel avait été annoncé en 2011. Des réunions multidisciplinaires étaient organisées dans chaque centre pour expliquer l'utilité du dépistage postpartum, des documents faciles à comprendre étaient distribués aux mères et un test de tolérance oral au glucose était systématiquement prescrit. Une lettre était également envoyée au médecin référent de chaque femme, indiquant le diagnostic de diabète gestationnel, la manière d'interpréter le test de tolérance oral au glucose et des conseils de suivi pour améliorer la collaboration entre les médecins généralistes et les maternités.

Le Pr Emmanuel Cosson de l'hôpital Jean Verdier à Bondy (AP-HP) et ses collègues ont comparé le taux de dépistage du diabète de type 2 autodéclaré avant la campagne (pour 589 femmes) et après la campagne (pour 372 femmes). Les femmes avaient un âge moyen de 33,2 ans et un indice de masse corporelle (IMC) de 27,8 kg/m2. Ce taux est passé dans les six mois suivant la grossesse de 33% avant la campagne à 48,9% après la campagne. Si on élargit la période de mesure à six mois et au-delà, le taux passait de 43,1% à 57,5%. Le taux observé avant la campagne nous a beaucoup surpris ; il était bien supérieur aux 10%-15% attendus. C'est lié à l'aspect déclaratif de l'étude. Il est malheureusement probable qu'avant comme après la campagne les taux 'déclarés' soient supérieurs aux taux réels, commente le Pr Cosson, joint par l'APM.

Hausse du recours au test oral de tolérance au glucose

Le dépistage par un test oral de tolérance au glucose a plus particulièrement augmenté, passant de 6,3% à 33%. Même suboptimal, ce taux est considéré comme un "succès" par les auteurs car ce test, bien que recommandé, est peu utilisé. Inversement, le recours à la glycémie à jeun seule ou aux glycémies à jeun et postprandiale, qui n'est plus recommandé, a diminué respectivement de 51,9% à 34,7% et de 41,2% à 32,4%. Si ces résultats peuvent sembler mitigés, le Pr Cosson estime tout de même que la campagne a porté ses fruits. Il y a des limites et des progrès possibles mais malgré tout, cette campagne est un succès. Elle a permis de mobiliser les équipes, d'améliorer les échanges entre elles. Il y a eu une vraie prise de conscience de l'importance de sensibiliser les femmes atteintes de diabète gestationnel au risque de diabète de type 2, estime-t-il. Il y a eu un immense effort d'information des femmes, et de formation des professionnels de santé, avec des réunions organisées avec les médecins, les sages- femmes... L'effort se poursuit mais peut-être faudrait-il être davantage incitatif, avec des SMS de rappel ou une ordonnance envoyée systématiquement à trois mois, propose le Pr Cosson. Des efforts sont à faire en particulier auprès de certains profils de femmes, qui apparaissent dans l'étude plus difficiles à atteindre: les fumeuses, les femmes non traitées par insuline au cours de leur grossesse et celles ne consommant pas de fruits et légumes quotidiennement.

Les fumeuses,une population réfractaire à la prévention

Le tabagisme était un facteur indépendamment lié à un moindre recours au dépistage (-70%), sans surprise puisqu'il s'agit d'un marqueur de mauvaise observance dans d'autres études. Les femmes ayant des antécédents de diabète gestationnel ont été également moins souvent dépistées. Peut-être l'absence de complications ou un dépistage normal après leur premier épisode de diabète gestationnel les rendent-elles plus confiantes, suggèrent les auteurs. A l'inverse, la probabilité d'effectuer le dépistage était 2,3 fois plus élevée chez les femmes traitées par insuline au cours de leur grossesse, sans doute parce que ce traitement leur a davantage fait prendre conscience d'un risque ou que l'équipe médicale les a davantage incitées à se faire dépister. Cette probabilité était également plus importante (+60%) pour les consommatrices quotidiennes de fruits et légumes, une caractéristique sans doute représentative d'un meilleur statut socio-économique associé à une meilleure adhésion aux comportements de prévention. Il n'y avait pas d'interaction entre ces variables et l'effet de la campagne.

Les femmes les plus à risque de diabète de type 2, selon le score de risque Findrisk, n'étaient par ailleurs pas plus dépistées que les autres après la campagne. C'est la relation inverse qui a été trouvée: plus le score Findrisk était faible et moins la campagne a eu d'effet. Le risque de diabète de type 2 n'a donc pas incité au dépistage alors qu'à l'inverse un faible risque de diabète semble avoir une influence négative sur les femmes et les professionnels de santé. L'âge, les antécédents familiaux de diabète, l'origine européenne, le statut social ou encore les complications au cours de la grossesse n'ont pas eu d'impact sur le taux de dépistage.

• Diabetic Medicine,édition en ligne

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