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Don de soi, don des autres

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Revue Soins et La Revue De l'Infirmière

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"Don de soin, don des autres"... Sait-on en définitive ce que donner veut dire, quel principe ultime anime le donneur ? Et donner sans rien attendre en retour, est-ce possible ? Autant de questions posées brillamment dans le dossier de décembre 2014 de la revue Soins  Voici l'avant-propos.

Le don, un acte complexe

revue soins décembre 2014

Ce qui fait don, dans le soin, c’est la symétrie de sollicitude entre soignant et soigné.

De l’émergence des sociétés traditionnelles au monde moderne, le don reste une pratique sociale complexe, sensible, parfois ambivalente. Le don rapproche, crée du lien, de la concorde et de l’humanité. Donner est signe d’amour mais peut aussi mener à la guerre. Refuser de donner, de
recevoir ou de rendre est cause de tension. L’ambivalence du don (cadeau ou poison)a suscité des centaines d’ouvrages et de débats, souvent féconds mais toujours inachevés.

Le don peut-il être défini ? Pour certains, il n’existe pas, à moins de ne pas savoir qu’il
en est un. C’est dans une gamme de nuances et parfois de paradoxes, entre la pure générosité et l’intérêt bien senti, qu’une possible définition se situe. Sait-on en définitive ce que donner veut dire, quel principe ultime anime le donneur ? Le don, le vrai, le pur, n’implique aucune contrepartie, dit-on ! Mais donner sans rien attendre en retour, est-ce possible ?

Le don est une nécessité sociale, régulatrice, bienfaisante, parfois vitale. Acte moral, de responsabilité, d’engagement, le don en soi s’exprime collectivement ou individuellement sous diverses modalités avec ou sans réciprocité, de façon organisée, institutionnalisée, souvent pour de grandes causes humanistes. C’est aussi l’expression d’une aspiration ponctuelle, fugace, sans lendemain, aux fondements parfois obscurs mais essentiels. Donner, accepter, rendre sont des principes matriciels de la relation humaine.

Le don d’organes est-il un don ? Le romantisme dont le don et la greffe d’organes sont entourés ne se vérifie pas toujours in vivo. Pas facile de donner un organe de son vivant en toute liberté et de gaité de coeur. La générosité ne suffit pas, l’amour le plus souvent et aussi l’utilitarisme, quand l’équilibre familial en dépend. Le don de soi après le décès est, pour certains, une bonne fin. Le “oui” au don d’organes est alors un cri testamentaire à respecter. Le don d’organes ne prévoit pas de réciprocité. Mais beaucoup en ressentent le besoin. Comment s’acquitter d’un tel cadeau ? On le voit, évoquer ces quelques aspects assaillent de questions et d’incertitudes. Pour autant nul ne peut nier l’extrême nécessité de cette pratique sociale.

Enfin, par-delà sa dimension technique, la pratique soignante offre un supplément d’âme qui fait sens et lien. Soigner, c’est aussi prendre soin et, en cela, donner de soi : bienveillance, disponibilité, prévenance, écoute…Une sollicitude envers laquelle le malade exprime sa reconnaissance. Ce qui fait don, dans le soin, c’est la symétrie de sollicitude entre soignant et soigné. L’éthique du soin est, au fond, celle du don.

Cadre supérieur infirmier d’anesthésie réanimationconsultant formateur dmaroudy@yahoo.fr

L’auteur n’a pas transmis de déclaration de conflits d’intérêts.

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