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Prélèvement et don d’organes, une évolution des pratiques

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Revue Soins et La Revue De l'Infirmière

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Parce qu'il existe un risque de porosité entre les logiques d'arrêt des thérapeutiques et celles des greffes d'organes, l'étanchéité des filières doit garantir la moralité et la pérennité de ces pratiques. Ce dossier de rentrée de la revue SOINS l'explicite de façon exhaustive.

Avant-propos

De nouvelles pratiques augmentent aujourd'hui l'offre de greffes, mais les exigences éthiques demeurent.

Répondre à la demande de greffes d’organes est problématique. Le nombre de donneurs potentiels en état de mort encéphalique, première source de greffons en France (91 %)1, est limité (< 1 % des décès hospitaliers), et le don entre vivants est peu développé (15 % en 2015) (1). La pression d’associations de malades, mais aussi de professionnels avertis, a amené depuis peu les pouvoirs publics à autoriser et à faciliter d’autres processus de dons et de prélèvements. 

  • Les donneurs décédés après arrêt circulatoire (DDAC) sont catégorisés dans une classifi cation dite "de Maastricht". Selon que l’arrêt est contrôlé ou non, que des conditions de délai, de prise en charge, ou encore d’arrêt des soins sont respectées, les patients sont retenus comme donneurs potentiels d’organes à des fins de greffes. Ils sont pris en charge, ainsi que leur famille, selon des protocoles médicaux préétablis.
  • La démarche anticipée de don date du début des années 2000. Après une période de quasi-abandon en France, elle suscite aujourd’hui un regain d’intérêt. Il s’agit d’anticiper, chez certains patients sans espoir thérapeutique, la possibilité de don d’organes sous conditions : arrêt des soins motivé et décidé, absence de refus du don, évolution vers la mort encéphalique… 
  • La bientraitance des familles est l’une des grandes exigences de ces pratiques de dons. Les proches traversent une succession de turbulences plus ou moins douloureuses : choc de la mauvaise nouvelle, problématique du consentement, imaginaire du prélèvement… Des précautions oratoires, une écoute subtile, de la disponibilité, une bienveillance sincère, ainsi que l’appui expérimenté d’une équipe de coordination de dons et d’un psychologue, participent de l’effectivité et de la qualité de l’accompagnement dont ces proches ont besoin. 
  • Ces nouvelles pratiques augmentent l’offre de greffes. Bien que leur nombre soit modeste, les greffons obtenus ont une valeur inestimable pour celles et ceux qui les reçoivent. Pour autant, cela ne doit jamais occulter ni même réduire les exigences éthiques qu’imposent ces pratiques. Il existe un risque de porosité entre les logiques d’arrêt des thérapeutiques et celles des greffes d’organes. L’étanchéité des filières doit être absolue afi n de garantir la moralité et la pérennité de ces pratiques. 

Note

  1. Agence de la biomédecine. Rapport annuel 2014

Cadre supérieur infirmier d’anesthésie-réanimation Ex-coordinateur de dons et prélèvements d’organes Chargé d’enseignement à l’Agence de la biomédecine (Saint-Denis-La Plaine) maroudyd@gmail.com

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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