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Douleur à l'hôpital : pas beaucoup de changement

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Douleur

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La prévalence et l'intensité de la douleur à l'hôpital semblent ne pas avoir diminué en 10 ans malgré une amélioration des pratiques

C'est ce que suggèrent deux enquêtes présentées au congrès de la Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD) à Marseille.

Dans la première étude, le Dr Elisabeth Collin de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris (AP-HP) et ses collègues ont mesuré la prévalence de la douleur dans l'établissement, 10 ans après une première enquête.

Le questionnaire était identique à celui utilisé en 1999 avec quatre parties, caractéristiques des patients, des douleurs, de la prise en charge par les soignants et satisfaction des patients.

Il a été soumis un jour donné, à tous les patients hospitalisés au moins 24 heures dans tous les services de l'hôpital.

Sur 1.263 patients hospitalisés, 938 ont rempli le questionnaire (74%). La prévalence de la douleur dans les dernières 24 heures était de 59,5%, contre 55,8% en 1999, mais avec une différence non statistiquement significative.

Les médianes de l'intensité maximale de la douleur dans les dernières 24 heures et au moment de l'enquête, mesurées avec une échelle visuelle analogique (EVA, 0-100mm) étaient de respectivement 60 mm et de 30 mm, soit des valeurs identiques à celles de 1999. Des douleurs chroniques (durée supérieure à trois mois) ont été déclarées par 36% des malades.

Il apparaît aussi que 19% des patients ont des douleurs à caractéristiques neuropathiques. Ces patients ont l'intensité douloureuse la plus élevée (médiane intensité maximale de 75 mm, contre 35 mm en médiane pour l'ensemble des patients).

L'évaluation de la douleur des patients par les soignants dans les dernières 24 heures a été faite chez 65% d'entre eux, contre 56% en 1999, soit une amélioration significative. Le taux de satisfaction de la prise en charge était de 81% (79% en 1999).

Ces résultats indiquent que "les actions effectuées durant ces 10 années ont permis d'améliorer l'implication des soignants et la satisfaction des patients reste élevée. Cependant la prévalence et l'intensité des douleurs restent identiques", concluent les chercheurs.

Des résultats difficiles à expliquer

C'est la même observation qu'ont faite le Dr Magali Vergez du CH de la Côte basque à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et ses collègues du CHU de Cochin à Paris. Ils ont également conduit une enquête un jour donné fin d'évaluer la prévalence et la prise en charge de la douleur aiguë au sein de l'ensemble des services d'un CHU, dans le cadre d'une démarche d'évaluation de l'amélioration de la qualité des soins.

Le questionnaire utilisé s'inspirait de celui proposé par l'American Pain Society Quality of Care Task Force et du Barrier Questionnaire : les patients ont été interrogés sur la perception d'une douleur physique durant les dernières 24 heures, les caractéristiques de la douleur, sa prise en charge au cours de l'hospitalisation et leur satisfaction concernant cette prise en charge.

Sur les 637 patients hospitalisés le jour de l'enquête, 414 ont accepté de participer (65%). Ils étaient 62% à avoir ressenti une douleur physique au cours des dernières 24 heures, avec une valeur médiane d'EVA maximale de 60 mm; 40% des patients avaient eu une EVA d'au moins 70 mm (douleur intense). Chez 35% des patients, la douleur avait débuté il y a plus de trois mois.

Une analgésie a été proposée avant un geste douloureux à 57% des patients, la douleur a été évaluée lors de chaque visite infirmière pour 52% des patients et peu après l'administration d'un antalgique pour 56% d'entre eux; cette évaluation a utilisé une échelle validée dans 74% des cas. Les patients étaient 72% à estimer avoir reçu des informations satisfaisantes et 85% étaient globalement satisfaits de la prise en charge de leur douleur.

L'information des patients sur la prise en charge de la douleur était mieux délivrée dans les services de chirurgie et associée à une plus grande satisfaction des patients.

Ces données indiquent qu'"au cours des 10 dernières années, l'intensité et la prévalence de la douleur des malades hospitalisés n'ont pas diminué, malgré une amélioration des pratiques", commentent les auteurs. Un audit des dossiers est maintenant indispensable pour déterminer les facteurs liés à la prescription et l'administration des traitements pouvant expliquer ces résultats, ajoutent-ils.

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Commentaires (2)

BOUFFON

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6 commentaires

#2

petit décalage

nous traînons encore ce lourd fardeau judéo-chrétien ou la douleur est perçue comme rédemptrice.

barney

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127 commentaires

#1

Peut-être

... serait-il souhaitable que les médecins soient formés à la douleur (D.U. douleur...) car nombre d'entre eux rechignent à prescrire des antalgiques appropriés (çà se voit que ce ne sont pas eux qui souffrent !) ou complètement à côté de la plaque (morphine pour les douleurs neurogènes, etc...)...