GRANDS DOSSIERS

De l'importance de traiter la douleur en psychiatrie

    Suivant

Afin de palier le manque de prise en compte de la douleur des personnes atteintes de troubles psychiques, l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, à Lyon, s'est développé et permet aujourd'hui une prise en charge optimale de ces patients.

douleur homme appui

La consultation douleur de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu est devenue un Centre régional d’évaluation et de traitement de la douleur en psychiatrie.

Il y a 5 ans, le docteur Jean-Pierre Lassaigne, médecin chef du département de médecine polyvalente du CH Saint-Jean-de-Dieu, à Lyon, alerte la Fondation APICIL sur le manque de prise en compte de la douleur, aiguë ou chronique, des personnes atteintes de pathologies mentales. Il fait part de la nécessité de sensibiliser, de former le monde médical et de développer des structures adaptées. Il présente alors à la Fondation APICIL un projet pour la création de la première consultation douleur au sein d'un hôpital psychiatrique en France.

Aujourd’hui dirigée par le docteur Eric Bismuth, la consultation douleur de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu est devenue un Centre régional d’évaluation et de traitement de la douleur qui fait référence. Elle développe une activité de plus en plus importante, de prise en charge, de formation et de recherche.

Voir le film réalisé à la consultation douleur du Centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu de Lyon

Lutte contre la douleur, troubles psychiques et santé publique

La douleur est un motif fréquent de consultation. Elle représente 43% des motifs de consultation en médecine générale et plus de la moitié des patients hospitalisés sont concernés par la douleur dans le secteur médico-chirurgico-obstétrical (MCO). La lutte contre la douleur est une priorité de santé publique depuis plus de dix ans et trois plans gouvernementaux se sont succédés depuis 1998. Leurs objectifs peuvent être résumés ainsi :

  • une meilleure prise en compte de la demande des patients et une meilleure information du public et des usagers ;
  • améliorer la formation et l’information des professionnels de santé ;
  • développer la lutte contre la douleur dans les structures de santé et les réseaux de soins ;
  • la reconnaissance et la structuration des filières prenant en charge la douleur, notamment les douleurs chroniques non cancéreuses, et l’amélioration de l’accès des patients à ces structures spécialisées ;
  • l’amélioration des modalités thérapeutiques de prise en charge de la douleur.

Le dernier plan de lutte contre la douleur 2006-2010 mettait l’accent spécifiquement sur l'amélioration de la prise en charge de la douleur des populations les plus vulnérables, notamment des enfants et des adolescents, des personnes âgées et en fin de vie et des personnes polyhandicapées. Ce dernier groupe inclut en « filigrane » la population souffrant de troubles psychiques pour laquelle le handicap est reconnu par la loi 2005-102 du 11 février 2005.

La consultation douleur en milieu psychiatrique du centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu : une expérience exceptionnelle et pourtant indispensable

Le Centre Hospitalier Saint-Jean-de-Dieu à Lyon est un établissement de santé privé d'intérêt collectif, spécialisé en psychiatrie. Sa consultation douleur reçoit les patients de Rhône-Alpes souffrant d’une pathologie psychiatrique et présentant un tableau douloureux chronique. Cette consultation reconnue par l’Agence Régionale de Santé en 2010 est devenue en 2011 « Centre de traitement et d’évaluation de traitement de la douleur en psychiatrie ». Le Centre régional anti douleur se compose d’une consultation douleur et d’un hôpital de Jour. L’équipe du centre douleur est pluridisciplinaire (médecin algologue, secrétaire, psychiatre, psychologue, infirmiers, ostéopathe, psychomotricienne, médecin somaticien hypnothérapeute).

182 patients ont été suivis au centre douleur en 2013 (soit une augmentation de 22 % par rapport à 2012). 1 839 actes ont été réalisés sur l’année, soit une moyenne par patient de 10,2 actes. On compte autant de femmes que d’hommes venant consulter au centre douleur avec une moyenne d’âge de 54 ans. Les 2/3 de la population présentaient en 2013 une dépression associée au syndrome douloureux.

Année charnière, 2013 a vu le renforcement de l’effectif en personnel, ce qui a permis de mettre en place et de développer :

  • des prises en charge individuelles par hypnothérapie, psychothérapie de soutien et d’évaluation, éducation thérapeutique, toucher-massage ;
    l’hôpital de jour, démarré en octobre 2013 avec propositions de différents groupes : photo
    langage, relaxation bien être, psychomotricité et éducation thérapeutique, thérapie par le jeu (Wii
    thérapie).

A noter également

  • le développement d’une technique innovante de soins anti douleur, grâce à l’acquisition d’une stimulation magnétique transcrânienne répétée pour le développement d’une prise en charge en hôpital de jour ;
  • le développement de la formation auprès d’établissements psychiatriques extérieurs ;
  • le travail de recherche sur le polyhandicap ;
  • la mise en place de l’étude « Évaluation de la douleur en chambre d’isolement et d’apaisement » auprès des établissements de l’Interclud.

L’équipe du centre douleur est pluridisciplinaire (médecin algologue, secrétaire, psychiatre, psychologue, infirmiers, ostéopathe, psychomotricienne, médecin somaticien hypnothérapeute).

La consultation douleur du CH Saint-Jean-de-Dieu est née du constat d’un déficit de prise en charge de la douleur chez les patients présentant une pathologie psychiatrique, tant dans le cadre des unités fonctionnelles de l’établissement que des consultations douleur classiques. Elle s’adresse à tous les patients du Rhône souffrant d’une pathologie psychiatrique et présentant un tableau douloureux chronique. Elle s’appuie sur un fonctionnement pluriprofessionnel et une expérience en soins psychiatriques pour permettre la prise en charge de patients qui, du fait de leurs troubles psychiques, ne peuvent que rarement être reçus dans les consultations de la douleur plus classiques. La cohésion et le dialogue entre les différents praticiens est en effet un facteur important d’adhésion aux soins pour les patients douloureux qui ont souvent fait l’expérience d’avis diagnostiques contradictoires ou de stratégies thérapeutiques divergentes. Quand, à la douleur, sont associés des troubles psychiatriques, cette interdisciplinarité devient essentielle pour dépasser les processus de clivage et de morcellement. Ainsi, les temps en commun réguliers (réunions cliniques, réunions de synthèse, réunions institutionnelles) et l’articulation avec le réseau de santé mentale du Rhône participent à proposer un cadre de soins convenant à ces patients particulièrement vulnérables. Chaque patient bénéficie d’une consultation médicale conjointe avec le médecin algologue et le psychologue. Ensuite, trois consultations sont prévues avec le psychologue, et, parallèlement à une consultation auprès de psychiatres, à des prises en charge auprès des différents intervenants infirmiers, psychomotricienne, kinésithérapeute, ostéopathe, qui donnent lieu à une synthèse pluriprofessionnelle. Après deux mois de prise en charge, une réunion de synthèse avec l'ensemble des intervenants auprès du patient permet de définir les techniques de prise en charge à mettre en place. Cette synthèse fait l'objet d'un courrier transmis au médecin traitant et/ou au médecin adresseur. À l'issue de cette synthèse, le patient peut être adressé en suite de prise en charge, en centres médicaux psychologiques, en secteur libéral... Quelles que soient les suites proposées, une évaluation du patient est prévue à six mois. Elle est réalisée par le binôme médecin algologue et psychologue.

L’hôpital de jour est une structure proposant aux patients psychiatriques des séquences de soins intensifs sur une période de quelques mois : après des consultations bilans et une synthèse pluridisciplinaire, l’indication d’admission à l’hôpital de jour sera posée par l’algologue en concertation avec l’équipe pluridisciplinaire. Le patient en hôpital de jour bénéficiera d’une prise en charge plurifocale associant soins individuels et participation à des groupes. La prise en charge sur la journée permet de créer une dynamique groupale très précieuse pour ces personnes qui présentent souvent un isolement socio-affectif important du fait de la douleur. Les soins proposés peuvent comporter des soins techniques médicaux (perfusions, application spécifiques de traitement analgésiques) en passant par des prises en charge corporelles, ostéopathiques, aux soins actuels les plus innovants comme la stimulation magnétique transcrânienne répétée. Cet hôpital de jour se distingue nettement des structures psychiatriques de type CMP / CATTP : en effet si la dimension psychiatrique est largement prise en compte, elle n'est jamais dissociée de la prise en charge somatique. Ce point essentiel permet à des patients réticents, voire opposés aux soins psychiatriques (qui leur ont souvent été indiqués par les nombreux médecins consultés dans leur parcours), de bénéficier de ces soins intégrés dans une prise en charge plus globale. L’intensité de la prise en charge contribue à diminuer le nomadisme médical et permet au patient de s’inscrire dans des soins plus cohérents : en effet, les différents professionnels (algologue, psychiatre, ostéopathe, psychologue, psychomotricien…) interviennent auprès du patient de façon coordonnée.

L’équipe de l’hôpital de jour travaille en articulation avec les équipes de secteur ; cette collaboration permet d’améliorer la prise en charge de patients déjà suivis en psychiatrie et chez qui la douleur chronique rend les soins particulièrement complexes. Elle permet également, pour certains patients qui ont pu progressivement prendre conscience de l’intérêt des soins psychiatriques, un meilleur adressage vers les structures de secteur.

Les prises en charge intensives permettent au Centre Douleur d'accueillir et de soigner des patients réputés difficiles (patients hypocondriaques, délirants) et l'expertise acquise dans ce domaine est transmise aux équipes soignantes des hôpitaux de la région par le biais de sessions régulières de formation.

Cet hôpital de jour se distingue nettement des structures psychiatriques de type CMP / CATTP : en effet si la dimension psychiatrique est largement prise en compte, elle n'est jamais dissociée de la prise en charge somatique.

Un colloque sur la prise en charge de la douleur en psychiatrie

Le Centre Douleur a récemment organisé un colloque soutenu par la Fondation APICIL intitulé "Acteurs, réseau et articulation de la prise en charge de la douleur en psychiatrie" qui, devant un large auditoire (plus de 200 participants), a réuni des intervenants très variés (universitaires, médecins généralistes, addictologue, associations de familles... ). Les retours ont été élogieux, car l’attente des professionnels de terrain est réelle et présente autour de cette thématique. Quelles évaluations de la douleur en psychiatrie ? Quelle prises en charge possible ?

Pour conclure

Le centre douleur en psychiatrie :

  • répond à un manque criant dans ce domaine criant dans ce domaine ;
  • s'appuie sur une équipe capable de s'adapter au type de patients reçus grâce à un panel élargi de propositions thérapeutiques ;
  • est en pleine expansion ;
  • est à l'initiative de nombreuses actions mobilisant les professionnels (formation, interclud, colloque, collaboration inter-équipe ) ;
  • développe des axes de recherche (rtms, douleur chronique et suicide).

La fondation Apicil contre la douleur : 10 ans d'actions

Depuis 2004, la Fondation APICIL accompagne et finance des projets d'intérêt général dans le domaine de la lutte contre la douleur. Elle répond aux besoins des chercheurs, des équipes médicales et des associations, qui ont des idées mais pas toujours les moyens de les réaliser. En 10 ans, la Fondation APICIL a gagné sa place parmi les acteurs majeurs du monde de la santé en France. Souvent précurseur, elle participe activement au soulagement de la douleur en privilégiant innovation et humanité. A ce jour, 6,5 millions d'euros ont été consacrés à PLUS DE 400 PROJETS qui ont pu être mis en place dans toute la France, à travers des actions de recherche, de formation, d'information... La Fondation est reconnue d'utilité publique depuis sa création en 2004. Elle est dirigée par Nathalie Aulnette et présidée par Michel Bodoy.

Communiqué de presse de la Fondation APICIL – 4 décembre 2014

Christophe MONTFORT http://www.fondation-apicil.org/

Retour au sommaire du dossier Psychiatrie

Publicité

Commentaires (0)