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Réduire la douleur de l'enfant grâce à la réalité augmentée

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Douleur

Pour réduire les douleurs induites par les soins des jeunes patients paralysés cérébraux, deux centres de la Croix-Rouge française ont mis en place un dispositif digital avec réalité augmentée. Le projet Mini-Docs devrait ainsi améliorer la prise en charge de ces enfants. Explications.

Patient jouant avec une tablette tactile

Le projet Mini-Docs utilise la réalité augmentée pour distraire les enfants durant les soins et ainsi réduire leur douleur.

Le Centre Médico-Chirurgical de Réadaptation des Massues (Lyon) et le Centre de Médecine Physique et de Réadaptation pour Enfants (Bois-Larris) ont mis en place un dispositif innovant dans la prise en charge de la douleur induite par les soins auprès de jeunes patients paralysés cérébraux âgés de 3 à 8 ans. Mené par la Croix-Rouge française, le projet de recherche Mini-Docs utilise la réalité augmentée pour distraire l'enfant durant les soins.

Rendre les soins ludiques

Concrètement, l'application Mini-Docs est installée sur une tablette tactile ce qui permet à l'enfant de visualiser l'espace de soin et de jouer à différents mini-jeux. Il peut par exemple faire rouler un camion de pompier et créer un jet d'eau avec lequel il peut arroser virtuellement le médecin, le plaçant ainsi dans une position d'égalité face aux personnes présentes. Dans un autre jeu, l'enfant peut manipuler un papillon et explorer la salle de soin. Le troisième jeu offre la possibilité à l'enfant de cacher certains éléments de l'environnement en créant des nuages. L'enfant peut ainsi incruster de façon réaliste des objets virtuels dans les images réelles du soin.

« Notre équipe prend en charge des enfants paralysés cérébraux nécessitant des injections de toxine, et est de fait confrontée à deux réalités : les injections de toxine botulinique sont potentiellement douloureuses et répétées pendant la croissance, explique le docteur Emmanuelle Chaleat-Valayer, médecin rééducateur, chef de service hôpital de jour en Médecine Physique et de Réadaptation au CMCR des Massues. Ce traitement et la prise en charge globale associée (rééducation, appareillages, évaluations) sollicite et impacte durement les stratégies de faire face des enfants et des parents, qui sont déjà fortement bouleversés par l'histoire néonatale et le handicap. Les approches non-pharmacologiques, de la distractabilité à l'hypnose, permettent d'agir sur les composantes psychoaffectives et cognitivo-comportementales de la douleur et font partie de notre arsenal thérapeutique en routine clinique ».

Ces nouvelles technologies ont été pressenties comme prometteuses, même si nous devons rester vigilants. C'est pour cette raison qu'une étude scientifique rigoureuse a été mise en œuvre afin d'évoluer et d'expérimenter ce dispositif numérique de réalité augmentée.

Pour connaître les retombées cliniques du projet Mini-Docs, des enfants paralysés cérébraux sont recrutés depuis septembre 2015. D'ici avril 2018, 80 jeunes patients devraient ainsi participer à cet essai. Les résultats devraient être diffusés fin 2018, et les équipes s'attendent à de nombreux bénéfices pour les enfants et pour les parents :

  • meilleur vécu par les enfants, et leurs parents, des injections de toxine botulique ;
  • diminution de la douleur et de l'anxiété des enfants et des parents ;
  • amélioration de stratégie de « faire face » des enfants.

Comme l'indique le docteur Emmanuelle Chaleat-Valayer, les résultats rapportés lors des précédentes études montrent un bénéfice dans les phénomènes de mémorisation de la douleur par la distraction. Mais un défaut de représentation symbolique du soin peut aboutir à un syndrome de stress post traumatique. La démarche de l'équipe s'est donc inscrite dans une recherche de prévention antalgique réfléchie et adaptée à chaque enfant, par un moyen qui permettrait aussi d'améliorer leurs stratégies de faire face. L'équipe s'est alors intéressée à la place croissante des nouvelles technologies et de la réalité virtuelle et augmentée pour l'amélioration de la prise en charge.

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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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