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"Ce vaccin, c'est notre grand espoir" : coup d'envoi de la campagne vaccinale anti-Covid en France et en Europe

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Epidémiologie

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La France - qui déplore à ce jour plus de 62 000 morts du Covid-19 et une remontée des contaminations (l'hypothèse d'un 3e confinement n'est à cette heure pas exclu par Olivier Véran) - était dans les starting-blocks. Après plusieurs mois de recherche-éclair, d'essais, de négociation, et l'obtention du feu vert des autorités sanitaires européenne et nationale pour l'utilisation du vaccin développé par Pfizer-BioNtech, la campagne de vaccination anti-Covid y a débuté en coordination avec plusieurs autres pays d'Europe hier, dimanche 27 décembre. Les premières injections ont été réalisées selon les critères recommandés par la Haute Autorité de Santé, à savoir les personnes les plus âgées résidant en établissement et celles, vulnérables, y exerçant (plus de 65 ans, comorbidités). Deux sites ont ouvert la marche : l'un en Ile-de-France et l'autre en Bourgogne, l'une des régions les plus touchées actuellement par l'épidémie. Lors d'une conférence de presse la veille du lancement, le gouvernement a exposé ses choix et précisé la place des professionnels dans la stratégie mise en oeuvre.

Le vaccin contre le Covid-19 ne sera pas obligatoire : l'exécutif l'a décidé et annoncé ; le schéma français est celui du libre-arbitre par le consentement

Deux jours seulement après Noël, la France et l'Europe ont emboîté le pas aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à certains pays d'Amérique latine en donnant, par décret, le coup d'envoi de la campagne vaccinale contre le coronavirus grâce au vaccin à ARN messager baptisé "Comirnaty", mis au point par Pfizer-BioNtech et estamplillé d'une AMM conditionnelle. Le 27 décembre, une septuagénaire prénommée Mauricette - première vaccinée de France - neuf autres résidents de l'Unité de Soins de Longue Durée (USLD) de l'Hôpital René-Muret de Sevran (Seine - Saint-Denis) ainsi qu'un professionnel de santé de plus de 65 ans exerçant dans la structure ont inauguré la campagne vaccinale française anti-Covid ; ont suivi dans l'après-midi celles réalisées sur plusieurs pensionnaires et un professionnel de santé senior dans un Ehpad dijonnais.

15 millions de Français devraient être vaccinés d'ici le printemps prochain, et 27 millions à l'été

Montée en puissance

Au-delà de ce lancement et sur la foi des recommandations émises par la HAS, 23 établissements répartis dans quatre régions (Paris, Lyon, Lille et Tours, où un patient atteint du variant anglais de coronavirus a été détecté) entreront dès aujourd'hui dans le processus. A partir de la première quinzaine de janvier et jusqu'à début février, la vaccination s'intensifiera d'abord auprès des seniors et concernera plusieurs centaines d'établissements ; elle sera ensuite ouverte à d'autres populations plus jeunes (plus de 65 ans, puis plus de 50 ans) et/ou présentant des risques (comorbidités, exposition accrue comme celle concernant les professionels de santé), et enfin à la population générale à compter de juin, l'objectif étant de vacciner 15 millions de Français d'ici le printemps, et 27 millions à l'été 2021. Sans oublier la contrainte d'une vaccination en deux temps, les injections étant réalisées à trois semaines d'intervalle. La montée en puissance est garantie par deux flux distincts de distribution, l'anticipation des retards et pertes potentiels, des commandes supérieures aux besoins et la diversité du portefeuille français, a indiqué le Cabinet d'Olivier Véran. Contrairement aux choix de certains de nos voisins, les professionnels de santé ne sont pas prioritaires, sauf s'ils ont plus de 65 ans ou s'ils présentent une vulnérabilité particulière.

Répartition par laboratoire des 67,9 millions de doses de vaccin commandées en juin 2020 par la France

- Pfizer-BioNtech: 16,4 millions
- Astra Zeneca: 27,9 millions
- Moderna: 6,9 milllions
- Curevac: 8,3 millions
- Janssen: 8,4 millions

Des négociations sont toujours en cours au sujet de la commande de doses complémentaires, déjà contractualisées en partie.

Pour l'instant, les infirmiers pourront pratiquer l'acte de vaccination en établissement, uniquement sous supervision médicale

Un schéma français

Dans l'hexagone, l'acte est conditionné en amont par la consultation pré-vaccinale et le recueil du consentement éclairé (non-écrit) des patients. Un schéma français fondé sur la confiance et le libre choix par le consentement, a insisté le Cabinet du Premier Ministre. Une garantie sur le plan éthique, mais dont l'organisation est complexe et pose question, comme l'a rappelé le 21 décembre le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE), et ce alors que les médecins coordonnateurs en Ehpad sont souvent rares et que les souhaits de vaccination chez les soignants eux-mêmes - comme en population générale - sont mitigés. Il n'empêche : le médecin est placé au coeur du dispositif, a expliqué le Cabinet de Brigitte Bourguignon. C'est lui qui a la connaissance du patient, lui qui instaure une relation de proximité et de confiance, et lui qui recueille le consentement. Le principe de l'autonomie est celui qui doit primer ; si le patient n'a ni médecin, ni tiers de confiance ni famille ou si les conditions nécessaires ne sont pas réunies, la vaccination n'aura tout simplement pas lieu. Le cadre déjà fourni par le Code de la santé publique et le Code de déontologie est clair et éprouvé ; c'est lui qui fera foi . En conséquence, les pharmaciens auront, pour l'instant, un rôle de réception et de redistribution des produits auprès des structures ; les infirmiers (salariés ou libéraux) pourront pratiquer l'acte de vaccination en établissement, uniquement sous supervision médicale. En la matière, la cotation proposée par la CNAM (AMI 2,1) mécontente d'ores et déjà les professionnels concernés, a annoncé Convergence Infirmière.

Une surveillance optimale est prévue malgré le faible recul, et ce dès la première piqûre

Remontée de données

Alors qu'une dizaine d'années en moyenne est nécessaire au développement d'un vaccin, il n'aura fallu que quelques mois pour mettre au point celui-ci. Un chapelet d'outils a donc été mis en place (relais régional assuré par chaque ARS, collecte de données en temps réel concernant les effets indésirables inattendus via 31 centres régionaux de pharmacovigilance, production d'un rapport hebdomadaire par l'ANSM...) pour assurer une surveillance optimale malgré le faible recul, et ce dès la première piqûre, rappelait mi-décembre Martin Lévrier, Sénateur LREM des Yvellines. Cela étant et comme pour tout acte de vaccination, une fièvre faible à modérée, une rougeur ou une douleur au point d'injection font partie des symptômes potentiels sans gravité classiquement observés et qui disparaissent d'eux-mêmes très rapidement. Pour parer à toute réaction allergique en revanche, quinze minutes de surveillance stricte sont à observer pour tout patient juste après l'injection.

Rappel des niveaux de surveillance

- 1er niveau, la vaccinovigilance : remontée de données réalisée par les professionnels de santé et par les citoyens pour assurer un traçabilité individuelle renforcée
- 2ème niveau, la vaccinosurveillance : surveillance organisationnelle du dispositif (approvisionnements...)
- 3ème niveau, la pharmacoépidémiologie : confrontation des données expérimentales (usage, efficacité, risque) aux conditions d’utilisation sur le terrain sur de grandes populations
- 4ème niveau, l'étude bénéfice/risque avale à la vaccination sur une cohorte significative

Trois piliers incontournables

Ce vaccin, c'est notre grand espoir, a concédé Matignon, même si ne "griller aucune étape" demeure essentiel. Les connaissances sur les coronavirus en général sont anciennes, mais prévoir avec précision l'impact de la vaccination sur le SARS-CoV-2 en particulier est très complexe en raison de l'émergence du virus. Nous cherchons avant tout à éviter les formes graves de la maladie, et les experts considèrent que les vaccins déjà développés sont efficaces sur les mutants observés en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, a affirmé la Direction Générale de la Santé, qui a par ailleurs ajouté que les laboratoires s'adapteraient si les circonstances le nécessaient. Au-delà du bénéfice que tous les pays appellent de leurs voeux, l'Organisation Mondiale de la Santé a rappelé les trois piliers incontournables de la lutte contre la pandémie : gestes-barrière, stratégie de tracing et d'isolement, et bien sûr accès pour tous à la vaccination, qu'Emmanuel Macron a lui-même déjà qualifiée de nouvelle arme contre le virus.

Information aux professionnels concernés par la vaccination, aux résidents et familles ainsi qu'aux soignants

Guide à destination des professionnels pour la campagne de vaccination anti-Covid en Ehpad et USLD (Phase 1)

Guide à destination des professionnels pour signaler un événement indésirable lié à la vaccination contre le Covid-19

Guide d'utilisation du téléservice "Vaccin Covid" à destination des médecins et infirmiers

Liste des centres régionaux de pharmacovigilance

Plateforme de signalement par un patient d'un effet indésirable lié à la vaccination

Directrice des rédactions paramédicalesanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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