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Infection par Covid-19 : des soignants plus vulnérables ?

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Epidémiologie

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L’épidémie de Covid-19 a bousculé la planète. Et celle des acteurs de santé en particulier. En pleine deuxième vague, qu’un lot d’annonces dissonantes accompagne et au milieu desquelles l'espoir d'un vaccin se dessine - la question mérite d’être (re)posée : pour tous les acteurs de santé, exposés quotidiennement au Covid-19, le risque de contracter l’infection est-il plus important ? Et surtout, quel est celui de transmettre la maladie à l’entourage en cas de contamination par un virus qui fait frémir le monde entier ? Menée pendant la première vague, une étude écossaise publiée récemment apporte quelques éléments de réponse et pourrait aider à mieux organiser les services de soins pour réduire les risques et les contaminations collatérales.

Les personnels qui ne font pas directement face aux patients pour une prise en soins ont un risque équivalent à celui observé en population générale. Mais pour les autres, les choses sont plus complexes.

Depuis mars dernier, tous les professionnels du soin se sont retrouvés sur le pont, sans exception, quelles que soient les conditions. On se rappelle de la sidération, des applaudissements quotidiens (qui ont aujourd’hui déserté les balcons malgré la récidive automnale) ; des coups de gueule – en ville comme à l’hôpital – en raison du manque de matériel (masques, gants, surblouses…) ; plus récemment, de ceux, asymptomatiques, renvoyés au front malgré la maladie, les dispositions législatives et les avis experts étant assez flous pour le permettre. Au printemps dernier, c'est vrai que j'allais travailler la peur au ventre : l'afflux de patients et le manque de matériel étaient tels qu'on se demandait à quel moment on tomberait malade nous aussi, se souvient Sylvie, infirmière dans un hôpital francilien, qui projette depuis de s'orienter vers l'exercice libéral.

Une base robuste

Le recul est faible, les données encore peu nombreuses, mais la cohorte conséquente. Partant de l’hypothèse que les acteurs du soin sont davantage exposés au virus et enclins à être infectés compte tenu de leur proximité avec les malades dans des lieux clos, les chercheurs ont assis leur analyse sur une base robuste : près de 160 000 acteurs de santé et environ 230 000 membres de l’entourage, âgés de 18 à 65 ans. Seul un critère a été observé : celui de l’admission à l’hôpital pour Covid - ce qui, au passage, braque le regard sur les formes préoccupantes, voire sévères - de soignants ou de membres de leur famille. Durant la première vague épidémique de mars à juin 2020, médecins et infirmières y ont participé, de même que des laborantins et d’autres personnels plus éloignés du soin (systèmes d’information par exemple).

Les soignants en face à face avec les patients, ceux qui assurent l'accueil primaire des patients et enfin ceux qui exercent dans des services où sont générés des aérosols présentent un risque deux à trois fois plus élevé d’être admis à l’hôpital

Deux à trois fois plus de risque

La surprise n’a pas eu lieu. Les personnels qui ne font pas directement face aux patients pour une prise en soins ont un risque équivalent à celui observé en population générale. Mais pour les autres, les choses sont plus complexes. Quel que soit l'âge ou le sexe, les soignants en face à face avec les patients, ceux qui assurent l'accueil primaire des patients et enfin ceux qui exercent dans des services où sont générés des aérosols présentent un risque deux à trois fois plus élevé d’être admis à l’hôpital. Et le risque semble corrélé à celui de l'entourage privé : plus de 17 % des malades admis à l'hôpital pour Covid étaient des soignants et des membres de leur famille, même si le risque demeure peu élevé pour les moins de 18 ans. Le risque absolu de contracter l’infection demeure toutefois faible compte tenu des protocoles drastiques en vigueur en milieu hospitalier. La pénurie de matériel indispensable à la prise en charge des patients étant bien moins prégnante en cette deuxième vague épidémique, les professionnels de santé perçoivent l'hôpital comme un milieu plutôt sûr. Au quotidien, s'il y a un lieu où on ne craint pas d'être contaminé, c'est bien l'hôpital, confie un médecin marseillais interrogé par notre rédaction. Ceux de mes collègues qui ont été infectés l'ont presque tous été dans le cadre privé, et familial notamment, constate-t-elle. Une observation qui rejoint les conclusions d'une toute nouvelle étude, qui désignent les restaurants, cafés, hôtels et autres salles de sport comme de hauts lieux de contamination.

Directrice des rédactions paramédicalesanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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