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Accidents d’Exposition au Sang : législation, réalité, impact, prévention

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Hygiène hospitalière

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A moins d’un an de la date butoir de la mise en œuvre dans les états membres de la Directive européenne 2010/32 visant à prévenir les blessures par objets tranchants susceptibles de causer une infection chez les professionnels de santé, quelle est la réalité des Accidents d’Exposition au Sang (AES) en France et en Europe et comment leur prévention s’organise-t-elle ? Synthèse d’un atelier d’information sur le sujet à l’initiative des laboratoires BD le 27 juin 2012 à Paris.

Accidents d’Exposition au Sang : législation, réalité, impact, préventionRappelons-le en préalable, selon le Geres (Groupe d’Etude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux), un Accident Exposant au Sang (AES) est défini « comme tout contact avec du sang ou un liquide biologique contenant du sang et comportant soit une effraction cutanée (piqûre ou coupure) soit une projection sur une muqueuse (oeil, bouche) ou sur une peau lésée. ». Le Pr Christian Rabaud, infectiologue au CHU de Nancy (hôpitaux de Brabois), vice-président du Geres, responsable du CClin Est, et président de la SPILF (Société de pathologie infectieuse de langue française) l’a souligné : « lors de ce contact, le risque de transmission d'agents pathogènes existe et concerne l'ensemble des germes véhiculés par le sang ou les liquides biologiques (bactéries, virus, parasites et champignons). On compte plus de 50 pathogènes qui sont directement transmissibles par le sang. Le risque de transmission après exposition au sang d'un patient infecté est de 0,3% pour le virus du Sida, 2 à 3% pour le virus de l’hépatite C, et 2 à 40% pour le virus de l’hépatite B. Des taux certes faibles mais qui entraînent des risques pour les patients à leur tour, d’autant plus que 70% des AES ne seraient pas déclarés1. » Pierre Parneix, praticien hospitalier et médecin hygiéniste, responsable du CCLIN Sud-Ouest et vice-président de la SF2H (Société française d’hygiène hospitalière), a précisé que « la sous-déclaration des AES demeure un problème considérable. La littérature évalue entre 50 à 90% le taux de non déclaration des AES. Une étude française réalisée dans un CHU Parisien en 20091 révèle également que certaines catégories de professionnels ne déclarent quasiment jamais leurs AES (chirurgiens). L’étude démontre aussi que plus on subit d’AES, moins on les déclare. »

Les infirmières en première ligne

Le contexte est posé et il reste préoccupant car ces blessures par piqûres d’aiguilles sont considérées comme l’un des risques les plus graves dans le domaine de la santé, sur les lieux de travail en Europe. En effet, elles sont estimées être à l’origine d’un million de blessures chaque année2, en Europe, soit environ 150 000 en France. En 2009, 16 472 AES ont été recensés dans 728 établissements participants aux études du réseau français RAISIN, le Réseau d’Alerte, d’Investigation et de Surveillance des Infections Nosocomiales. « Parmi les accidents percutanés (79,7% des AES) les piqûres d’aiguilles représentent 70 % des accidents2 et les infirmiers sont en première ligne, impliqués dans 48% des accidents3 », a poursuivi Christian Rabaud, rappelant au passage combien la question de la sécurité des soignants est prégnante aujourd’hui mais surtout le fait que « la profession infirmière estime avoir du mal à assurer une sécurité de soins optimale ». Parmi les facteurs en cause, la dégradation des conditions de travail (surcharge de travail, stress, manque de moyens adaptés...) comme une récente enquête du Conseil national de l’Ordre des infirmiers l’a mis en évidence soulignant que « près d’un infirmier sur deux estime ne pas pouvoir assurer une sécurité des soins optimale à ses patients au regard de ses conditions d’exercice. » Or, protéger la santé des soignants contribue à protéger celle des patients. En 2008, une circulaire relative aux recommandations de prise en charge des personnes exposées à un risque de transmission du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) l’a rappelé. Depuis 1982, Pour l’ensemble des professionnels de santé, 12 contaminations par le VIH ont été prouvées sur les 14 répertoriées au total.

Des chiffres révélateurs

  • On recense 1 million de blessures par piqûres d’aiguilles chaque année en Europe.
  • Les infirmiers sont les premières victimes et sont impliqués dans 48% des accidents.
  • 70 % de ces blessures et des expositions accidentelles au sang ne seraient pas déclarées.

Les infirmiers libéraux surexposés ?Marie-Odile Guillon, infirmière libérale, présidente de la Fédération nationale des Infirmiers de l’Oise, a raconté la façon dont elle s’était accidentellement piquée. « Je venais de réaliser une prise de sang, j’étais en voiture et j’ai freiné un peu brusquement. Les boîtes à aiguilles que nous utilisons sont difficiles à ouvrir, souvent nous ne les refermons pas complètement. Suite au coup de frein, ma...

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