HYGIENE

En Ehpad : 1 infirmier sur 4 rapporte un AES

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Hygiène hospitalière

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Une étude menée en région Rhône-Alpes en 2014 a montré que les accidents exposant au sang (AES) sont fréquents dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD). Alors que la prise en charge des AES en EHPAD nécessite une optimalisation, près d'un infirmier sur quatre rapporte avoir été victime.

prise de sang

Un tiers de ces AES est arrivé lors d'une prise de sang et 10% à l'occasion de la pose d'une voie sous-cutanée.

Sensibiliser l'ensemble des professionnels et permettre la mise en place d'actions de prévention des AES en EHPAD. C'est le principal objectif de cette étude qui a eu lieu du 22 septembre au  21 novembre 2014. Parmi les 679 EHPAD présentes en Rhône-Alpes, 163 y ont participé et 801 (sur 1123, soit 71%) infirmiers employés ont accepté de répondre volontairement à un questionnaire en ligne. Or, les résultats sont alarmants : 1 AES est survenu chez 183 infirmiers au cours de leur activité, dont 63 durant les 12 derniers mois, soit un taux de 7,9 % dans l'année écoulée.

1. Making all injections safe, Organisation mondiale de la santé, 2015

2. European Parliament. Preventing needle-stick injuries in the health sector, 11th February 2010

3. J.Perlbag et al. « Evaluation du taux de sous-déclaration des AES », 2009

L'utilisation du stylo injecteur : l'une des principales sources d'AES

Dans 60 % des cas, les infirmiers ont été victimes d'AES en utilisant un stylo-injecteur. D'une façon générale, l'injection sous-cutanée demeure le soin le plus risqué. Celui-ci est responsable de 47,5 % des AES déclarés. Vient ensuite le prélèvement sanguin (32,6 %), et particulièrement le prélèvement capillaire (55,9%). Enfin, la pose de voie sous-cutanée aurait provoqué 10 % des AES et 1/3 d'entre eux sont survenus lors du retrait d'un matériel ou dispositif médical.  En effet, 30 % des infirmiers ont tendance à faire saigner une plaie.

Dans 60 % des cas, les infirmiers ont été victimes d'AES en utilisant un stylo-injecteur.

6. Lot F. Surveillance des contaminations professionnelles par le VIH, le VHC et le VHB chez le personnel de santé. Situation au 30 juin 2012

Les accidents exposant au sang en quelques chiffres...

  • 16 milliards d'injections sont réalisées chaque année dans le monde selon l'OMS ;
  • En Europe, il y aurait 1 milliard de blessures par piqûre d'aiguilles chaque année ;
  • 70 % de ces blessures ou AES ne seraient pas déclarés ;
  • 30 000 AES auraient été déclarés en 2012 aux médecins du travail de l'ensemble des établissements de santé en France ;
  • Les AES peuvent transmettre des maladies infectieuses aux soignants non vaccinés ou non immunisés (2 à 40 % de risques de transmission pour l'hépatite C, 0,5 à 3 % pour le VIH et 0,3 % pour l'hépatite B) ;
  • Les premières victimes des AES sont les infirmiers.

Gérer les risques d'AES : un objectif européen

Outre les principales situations d'AES, cette étude a mis en évidence une gestion déficiente de ces événements. Près d'un tiers des infirmiers interrogés (29,3%) n'a pas consulté de médecin après l'accident et seul un tiers (34,8%) a obtenu un avis spécialisé dans les 4 à 6h. Pourtant, en 2013, la directive européenne 2010/32 est entrée en vigueur en France afin d'identifier, maîtriser et gérer les AES. Elle vise en outre à prévenir les blessures par objets tranchants dans le secteur hospitalier et sanitaire. Elle fut transposée en France au travers de deux textes :

  • un décret n° 2013-607 du 9 juillet 2013 relatif à la protection contre les risques biologiques auxquels sont soumis certains travailleurs susceptibles d’être en contact avec des objets perforants ;
  • un arrêté du 10 juillet 2013 relatif à la prévention des risques biologiques auxquels sont soumis certains travailleurs susceptibles d’être en contact avec des objets perforants.

Pour Thierry Casagrande, directeur juridique d’Analys Santé, Incontestablement, la mise en oeuvre de ce dispositif est de nature à réduire le risque AES. L'indemnisation des salariés ou agents publics victimes d’AES est facilitée, ainsi que la mise en cause de la responsabilité pénale de l’employeur […]. Les impacts attendus sont la diminution du nombre d’AES et un meilleur traitement des accidents. La traçabilité des formations du personnel devra cependant être plus rigoureuse, avec une information sur les risques et la réglementation en vigueur. Une évaluation spécifique des risques devra systématiquement être réalisée.

4 -Surveillance des accidents avec exposition au sang dans les établissements français en 2012 Raisin, GERES, InVS

L'indemnisation des salariés ou agents publics victimes d’AES est facilitée, ainsi que la mise en cause de la responsabilité pénale de l’employeur.

Directeur d'établissement, médecin coordonnateur et infirmière coordinatrice : un trinôme indissociable

L'employeur, en la personne du directeur d'EHPAD, est responsable juridiquement de son personnel soignant. Après une évaluation des risques, il est doit s'assurer que l'exposition est évitée ou réduite. Il est nécessaire pour lui de s'entourer d'un médecin du travail et d'un professionnel de santé référent pour la prévention des risques infectieux. C'est au directeur d'établissement que revient l'établissement d'un programme d'action destiné à prévenir les AES, ainsi que la mise en œuvre de mesures de protections (équipements individuels de protection, matériels et dispositifs médicaux sécurisés). Il est garant du respect des bonnes pratiques des soignants, notamment en organisant des sessions d'information et de formation sur la prise en charge des AES. Celle-ci ainsi que le suivi  doivent être optimisés avec les services de santé au travail.

Cette politique de prévention et de prise en charge  des AES  est mise en place avec le concours du médecin coordinateur. Il participe à la diffusion de l'information auprès du personnel et aide le directeur à identifier les situations particulièrement à risque. Intervient ensuite l'infirmière coordinatrice qui gère la qualité des protocoles mis en place, les évalue et les réajuste. Ainsi, ces mesures, condition qu'elles soient appliquées, devraient contribuer efficacement à la diminution des risques d'AES (plus que jamais) présents dans les EHPAD.

Source - Déjeuner de presse "Risques d'accidents d'exposition au sang (AES) et protection des personnels en Ehpad : quand la réalité s'oppose auxc perceptions" - Lundi 15 juin 2015, Laboratoires BD, Arlin Rhône-Alpes.
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Gwen HIGHT  Journaliste Infirmiers.comgwenaelle.hight@infirmiers.com@gwenhight

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