HYGIENE

Ehpad : 30 % de décès en moins grâce au lavage des mains

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Hygiène hospitalière

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Une bonne hygiène des mains en Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) permettrait de réduire la mortalité de 30 % selon les résultats d'une étude réalisée par l'Institut du Bien Vieillir Korian et le Conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam) à l'occasion de la Journée mondiale du lavage des mains qui s'est déroulée le 15 octobre 2015.

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En Ehpad, une meilleure hygiène des mains engendre moins de décès et une diminution de la consommation d'antibiotiques.

En Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), la mise en place de plusieurs mesures liées à l'hygiène des mains permettrait de réduire la mortalité de 30 %, selon les résultats d'une étude menée par l'Institut du Bien Vieillir Korian et le Conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam)1.

Moins de décès et une baisse de la consommation des antibiotiques

Durant un an, 27 Ehpad ont été suivis : 1 établissement pilote, 13 Ehpad faisant partie du groupe intervention et 13 Ehpad appartenant au groupe témoin. Différentes actions ont ainsi été mises en place au sein des Ehpad du groupe intervention :

  • un accès renforcé aux solutions hydro-alcooliques ;
  • un programme éducatif sur les pratiques de prévention du risque infectieux et les recommandations de bonnes pratiques pour l'hygiène des mains ;
  • la création d'un groupe de travail local pour s'approprier les recommandations sur l'hygiène des mains et adapter les outils proposés ;
  • la mise en place d'une campagne de sensibilisation à l'hygiène des mains destinée aux résidents, visiteurs et personnels de santé et administratif, rappelant les principales recommandations établies par l'établissement ;
  • un suivi et un accompagnement des établissements sur le respect des bonnes pratiques d'hygiène des mains par une infirmière hygiéniste.

Cela a permis de constater une baisse de la mortalité d'environ 30 % par rapport au groupe témoin (720 décès en tout, dont 322 dans le groupe intervention et 398 dans le groupe témoin) ainsi qu'une diminution de la consommation d'antibiotiques de 10 %. De plus, les personnels des établissements du groupe intervention se sont montrés particulièrement vigilants et réactifs durant la saison épidémique (janvier, février, mars 2015) ce qui a contribué à un taux de décès moindre dans ces Ehpad. En revanche, le taux d'hospitalisation n'était pas différent entre les deux groupes.

Des établissements suivis par une infirmière hygiéniste

Marie Arduin, infirmière hygiéniste, a suivi les Ehpad du groupe intervention. Il a fallu environ un trimestre pour tout mettre en place au sein de ces établissements, mais les bénéfices ont été non négligeables. Elle constate notamment que les Ehpad sont en demande d'accompagnement concernant l'hygiène des mains. Marie relève également que la mise en place d'actions au sein des groupes intervention a engendré une modification des pratiques et une amélioration de l'hygiène des mains des personnels, des résidents et des familles. Elles ont également permis une baisse des épidémies. Les petites épidémies ont très vite été enrayées, souligne Marie. De plus, les initiatives menées par les établissements ont contribué à un meilleur respect du port de la tenue manches courtes et du non port de bijoux.

Rester vigilant et installer des actions durables

Malgré les pratiques mises en place, les Ehpad doivent rester vigilants afin qu'elles perdurent. Comme le souligne le Dr Philippe Denormandie, directeur général de l'Institut du Bien Vieillir Korian, le lavage des mains n'est pas forcément acquis. D'où l'intérêt de savoir détecter quand il faut utiliser une solution hydroalcoolique ou le savon. Le SHA ne s'emploie que sur des mains propres, rappelle ainsi Marie Arduin. Et d'ajouter : Il faut aussi respecter la quantité et le temps nécessaire pour une friction efficace. De plus, l'utilisation des gants est très hétérogène, selon le Dr Denormandie. Il faut donc savoir à quel moment il faut les porter car ils ne sont pas toujours nécessaires ou gardés trop longtemps, précise Marie Arduin. Autre point de vigilance : inciter les intervenants extérieurs (ambulanciers, médecins, kinésithérapeutes...) et les visiteurs à utiliser les SHA.

Pour William Dab, professeur titulaire de la chaire d'Hygiène et Sécurité du Cnam et responsable des enseignements de sécurité sanitaire au Cnam, il faut des actions durables car lorsqu'elles sont ponctuelles, elles n'ont que de brefs effets. D'où l'intérêt de penser une stratégie sur le long terme, et de procéder à un suivi optimal et régulier, dans l'idéal, par un référent hygiène…

Note

  1. Étude menée entre avril 2014 et avril 2015 auprès de 27 Ehpad du groupe KORIAN répartis sur le territoire français.
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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