AU COEUR DU METIER

Affirmer et défendre la place des infirmiers dans "l'après confinement"

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ONI

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Depuis le début de la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus, l'Ordre national des infirmiers (ONI) se veut au plus près de la communauté infirmière afin de recueillir ses ressentis, ses besoins, ses manques, ses souffrances et ses espérances afin de pouvoir faire des propositions concrètes et les communiquer au plus grand nombre, et notamment aux tutelles. L'idée est également de pouvoir se projeter dans "l'après confinement" et d'engager les infirmier(e)s, comme il se doit, avec la place et le rôle qui leur revient dans cette deuxième phase sanitaire. Une nouvelle consultation nationale de l'ONI auprès d'eux met en évidence leurs priorités. Plus de 70 000 infirmier(e)s ont répondu à cette nouvelle enquête, réalisée en ligne, du 7 au 12 mai 2020.

ombre infirmiers couple

Le Président de l'ONI le martèle, une fois encore : "Nous appelons les pouvoirs publics à engager dans les plus brefs délais la révision des textes qui encadrent l’exercice de la profession infirmière".

On ne le sait que trop, hélas, outre le nombre impressionnant de personnes décédées du coronavirus, la bataille du covid19 a fait également des victimes chez les professionnels de santé. Il y a un mois, explique l'ONI, nous avons présenté l'idée à des élus locaux et des parlementaires que les enfants des soignants décédés des suites du Covid-19 bénéficient d'une "juste reconnaissance" en tant que "Pupilles de la Nation". Cette proposition a été défendue dans l’hémicycle et dans les médias, notamment par Jean-Luc Moudenc, Président de France Urbaine et Maire de Toulouse. Nous poursuivons donc notre mobilisation pour qu’elle puisse être adoptée dans les meilleurs délais, d'autant que 86% des infirmiers interrogés soutiennent cette idée..

Réussir le déconfinement... avec les infirmiers

Autre question posée aux infirmiers (un tiers des répondants étaient des libéraux) lors de cette consultation, celles des mesures qu'ils jugent "prioritaires" pour que la période du déconfinement soit aussi sécure que réussie. Trois d'entre elles sont jugées comme "nécessaires", voire "indispensables" : prescription des tests de dépistage, développement du télésoin infirmier et fourniture d’équipements de protection.

Tester les Français ? Quelle place pour les infirmiers ?

La question du dépistage est, selon l'ONI, clé de voute d’un déconfinement réussi. Cependant, la capacité à réaliser massivement des tests de dépistage reste encore conditionnée à la possibilité matérielle et humaine d’y parvenir. Un renfort des infirmiers, présents partout en France, et intervenant notamment au domicile des patients, pourrait considérablement changer la donne. Près des deux tiers des infirmiers souhaitent être autorisés à prescrire ces tests. Nous l'avons malheureusement rappelé très récemment, à l'heure du 12 mai, Journée internationale des Infirmières et des infirmiers, cette disposition a été portée par plusieurs députés sous forme de proposition d’amendement à la loi sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire mais l'amendement n’a toutefois pas été adopté. Pourtant, souligne l'ONI, pour déployer une stratégie de dépistage du plus grand nombre, il nous semble pourtant essentiel de s’appuyer sur la première profession de santé par le nombre. L'ensemble des infirmiers adhèrent à cette demande et les infirmiers libéraux ont, sur ce sujet, manifesté leur colère, se disant "déconfis à l'heure du déconfinement".

Le télésoin infirmier, oui mais...

A l'heure à la fois de la distanciation sociale et de la continuité des soins qui doit se dérouler au mieux, faciliter la mise en oeuvre du télésoin infirmier est plus qu'une nécessité. Alors que l'ONI a obtenu sa mise en place "en urgence" le 19 mars dernier, afin de permettre aux patients atteints du Covid-19 de bénéficier, sur prescription médicale, d’une surveillance à distance (via vidéo ou téléphone) réalisée par un infirmier, 46% des soignants consultés estiment que toutes les conditions ne sont pas réunies pour le mettre en place alors qu'ils souhaitent en grande majorité (65% selon une précédente consultation début avril) l'inclure dans leur pratique quotidienne. De fait, le Président de l'Ordre, Patrick Chamboredon, souhaite valoriser plus encore le télésoin infirmier, et en accroître son usage en informant davantage la population, en permettant aux infirmiers de prescrire eux-mêmes le télésoin pour leurs patients et en demandant la publication des décrets d’application pour tous les patients (et pas exclusivement pour les patients atteints du Covid) comme le prévoit la loi santé promulguée en juillet 2019.

S'équiper pour se protéger... le sujet qui reste sensible...

Depuis le début de l'épidémie, la question des équipements de protection pour les soignants est au coeur de toutes les polémiques mais surtout de toutes les colères. Cela a été exprimé à maintes reprises mais foorce est de constater, qu'à l'heure du déconfinement, le compte n'est toujours pas bon. Les nouveaux résultats de cette consultation le montrent :  47 % des infirmiers déclarent ne pas disposer de protections adaptées en quantité suffisante (contre 74% début avril, avec la même méthode de consultation).

Comme les résultats d'une récente enquête réalisée par Imago Research le montraient également, une fois de plus, les infirmiers libéraux sont encore plus touchés : 63% manquent encore de matériel de protection. Les surblouses manquent toujours cruellement : 86% des infirmiers consultés déclarant manquer de matériel de protection indiquent ne pas disposer de surblouses en quantité suffisante, mais aussi de masques (-24 points par rapport à la consultation du mois d’avril). L'ONI le souligne : la situation reste alarmante, notamment dans certaines régions comme les DOM-TOM, en Île-de-France et en région PACA. L'Ordre rappelle donc le besoin critique de protéger les infirmiers, en leur garantissant l’accès à tous les équipements de protection nécessaires et ce, sur l’ensemble du territoire, et dans tous les lieux de soin. En dépit d’améliorations notables, l’approvisionnement reste encore très hétérogène et insuffisant même si comme Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, l’a annoncé, à partir de maintenant l’Etat a pour objectif de distribuer 100 millions de masques par semaine, selon des directives publiées par la Direction Générale de la Santé (DGS).

De la nécessité d'une évolution des textes encadrant l'exercice infirmier

Interrogés sur les premiers enseignements observés sur leur pratique durant la crise, les infirmiers ont relevé, pour plus de la moitié d’entre eux, qu’ils sont les derniers professionnels de santé à continuer à se déplacer au domicile de leurs patients. Plus de 80% des infirmiers libéraux partagent ce constat. Insuffisamment reconnus, les IDEL sont pourtant les derniers maillons du suivi à domicile, jouant un rôle essentiel dans le suivi et la continuité des soins, tant pour les patients chroniques que pour les patients contaminés au Covid. Ils doivent pouvoir constituer demain la pierre angulaire du système de santé à domicile. Autre enseignement, celui relatif au parcours de soins : 53% des infirmiers déclarent avoir pu observer des difficultés dans l’orientation ou l’accès aux soins des patients atteints de maladie chronique. Près de 35% des infirmiers consultés estiment que l’absence de prescription a parfois pu être un frein pour l’accès aux soins, par exemple en cas d’absence de médecin, de difficulté à se déplacer faute de transports...

Patrick Chambordeon, à l'issue de cette nouvelle consultation, le martèle, une fois encore : il semble indispensable de revoir l’organisation du système de soins et la place donnée aux infirmiers au sein de celui-ci. Sur la base de ces enseignements, les trois quarts des infirmiers estiment que leur champ de compétences doit être élargi. Nous appelons les pouvoirs publics à engager dans les plus brefs délais la révision des textes qui encadrent l’exercice de la profession infirmière.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (2)

loulic

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270 commentaires

#2

Le monde d’après.

L’ordre ne nous défendait pas avant, ça fait 13 qu´il existe et en dehors de menace et de procès il n’a jamais rien apporté ni à la profession ni aux professionnels.

Mieux, avec cet ordre merveilleux nous sommes les plus mal payés d’Europe.

Mais tout va changer ?

A d’autres, cet ordre ne sert à rien, il n’en a pas le pouvoir.

Phil

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36 commentaires

#1

Ordre inutile

Raz le bol de cet ordre qui prétend tirer sa légitimité des infirmières... et qui se plaint qu'elles n'adhèrent pas...

l'Ordre nous FORCE à adhérer : c'est le devoir de tout démocrate de le combattre !