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Ebola : mise en place d'une cellule d'adaptation

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Epidémiologie

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Une cellule d'anticipation va être mise en place en vue d'envisager différents scénarios possibles d'évolution de l'épidémie due au virus Ebola, afin de prévoir les évolutions nécessaires de la réponse à cette épidémie, a annoncé le 30 octobre 2014 le directeur général de la santé (DGS), Benoît Vallet, lors du point presse hebdomadaire sur Ebola.

réunion concertation

Ebola : une cellule d'adaptation prochainement mise en place

Sans dire précisément quand cette cellule d'anticipation serait opérationnelle, il a indiqué qu'elle serait liée au Haut conseil de la santé publique (HCSP). L'objectif est de réfléchir sur l'adaptation du système sanitaire français en fonction de l'évolution de la situation en Afrique.

Jean-François Delfraissy, coordonnateur interministériel de la lutte contre Ebola, a indiqué que cette cellule devrait être composée de "cliniciens, épidémiologistes, virologistes", qui participent déjà au HCSP, mais il souhaite ajouter des géographes et d'autres spécialités ayant une connaissance des pays africains concernés, afin de pouvoir construire des scénarios sur ce qui pourrait se passer dans ces pays. Alors qu'un cas -d'importation- a été diagnostiqué au Mali, il s'inquiète particulièrement des risques d'extension de l'épidémie aux pays voisins, en premier lieu à la Côte-d'Ivoire, voire au Burkina Faso où il y a depuis peu une instabilité politique.

Contrôles dans les ports

Benoît Vallet a indiqué qu'il n'y avait pas eu de nouveau cas suspect en France depuis la semaine dernière. On est toujours à 18 cas qualifiés de possibles, qui ont tous été écartés, depuis le début de l'épidémie. Il a noté que le nombre d'appels à la plateforme téléphonique (environ 3 000 au total depuis sa mise en place) tend à diminuer.

Par ailleurs, le suivi est désormais terminé pour tous les soignants de l'hôpital Bégin à Vincennes (Val-de-Marne) s'étant occupés de l'infirmière qui avait contracté Ebola et avait été hospitalisée dans cet hôpital militaire (et est maintenant guérie). Aucun n'a contracté le virus.

Le directeur général de l'offre de soins (DGOS), Jean Debeaupuis, a rappelé que pratiquement tous les établissements sièges d'un Samu-Smur avaient réalisé des exercices de mise en condition pour le cas où ils auraient à prendre en charge une personne infectée ; les derniers auront fait cet exercice dans les prochains jours. C'est également le cas -pour un exercice plus simple- des quelque 600 établissements ayant un service d'urgence.

Quant aux 12 hôpitaux référents désignés pour pouvoir prendre en charge une personne malade, la préparation très intensive a été poursuivie, et non seulement ils ont eu des exercices de mise en condition mais la majorité d'entre eux ont eu à prendre en charge un cas possible.

Après les mesures de contrôle (prise de température des passagers) entrées en vigueur dans les aéroports à l'arrivée d'avions venant de Guinée, des mesures similaires sont mises en place depuis le début de la semaine pour les navires venant des pays touchés par Ebola, dans les ports français. Cela sera mis en place aussi à La Réunion.

Il y a des médecins et infirmières qui souhaitent y aller, mais "certains ne se rendent pas totalement compte de ce que c'est que d'être professionnel de santé dans ces zones à risque".

Guinée : des centres de taille moyenne

Mais pour Jean-François Delfraissy, très clairement, si quelques cas pourraient survenir en France, le risque d'épidémie au Nord est extrêmement faible et l'enjeu est au Sud, et tout de suite. C'est maintenant que se jouent les points-clés de l'épidémie, a-t-il déclaré en insistant de nouveau sur la nécessité d'"éviter l'atteinte de la Côte-d'Ivoire" qui changerait la donne.

Sur le sujet de l'aide apportée par la France, lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat le 30 octobre 2014, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, a indiqué qu'une une équipe de 12 réservistes sanitaires partirait le 1er novembre. Ils devront installer le centre de traitement que la France met en place au centre de la Guinée forestière à Macenta, à l'initiative et à la demande du président de la République, a-t-elle précisé, répondant à une question de la sénatrice Hélène Conway-Mouret (PS, Français établis hors de France).

Lors du point presse, le coordonnateur interministériel a rappelé que plusieurs centres de soins seraient installés en Guinée par la France, qui se concentre sur ce pays (le Royaume-Uni se concentre sur la Sierra Leone et les Etats-Unis sur le Liberia). Il a précisé que le centre de Macenta serait opérationnel fin novembre. Initialement la mi-novembre avait été évoquée, mais il a souligné que cette région -d'où a démarré l'épidémie- est particulièrement difficile d'accès : elle est à trois jours de la capitale Conakry, à sept heures du premier aéroport.

De plus, alors que 100 lits étaient prévus initialement, on table désormais sur 50 lits, et les autres centres de traitement qu'installera la France seront de 30-40 lits, a-t-il rappelé. D'une part, pour les organisations non gouvernementales (ONG) amenées à gérer ces centres, c'est une taille plus adaptée à leurs capacités ; d'autre part, de trop gros centres peuvent avoir un effet de repoussoir pour la population.

Interrogé par l'APM sur l'implication d'autres pays, il a indiqué que le Canada pourrait s'occuper d'un des centres mis en place par la France. Les autres centres devraient être gérés par des ONG (c'est la Croix-Rouge française pour le centre de Macenta).

Il a souligné l'importance d'avoir des soignants parlant une langue connue des malades, en l'occurrence le français pour la Guinée. De ce fait, il ne se montre pas favorable à la venue de soignants non francophones, chinois ou cubains par exemple.

Jean-François Delfraissy a également rappelé que serait installé un centre de traitement des soignants qui sont tombés malades, opérationnel courant décembre, et qu'il y aurait deux centres de formation des soignants : un en France à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) qui va être actif après le mardi 11 novembre, et un à Conakry pour former les personnels soignants guinéens, opérationnel dans la première quinzaine de décembre. Un laboratoire P4 sera aussi installé en Guinée.

Interrogé par l'APM sur la recherche de volontaires pour partir en Guinée dans un des centres, Jean-François Delfraissy a estimé que c'était un vrai problème. Il y a des médecins et infirmières qui souhaitent y aller, mais certains ne se rendent pas totalement compte de ce que c'est que d'être professionnel de santé dans ces zones à risque. Ca n'est pas facile de recruter sur la distance, mais on continue à chercher.

Il faudrait environ 80 soignants par centre, un chiffre qui double si l'on compte les personnes se chargeant des aspects opérationnels.

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