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Fin de vie : l'expérience des paramédicaux peine à être reconnue

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Soins palliatifs

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Les professionnels paramédicaux n'ont pas toujours le sentiment d'être reconnus lors des réunions de concertation pluridisciplinaire relatives aux situations de fin de vie. Ils apportent pourtant un regard différent, dans une autre temporalité, sur cette prise en charge. Leur implication prévient également les risques psychosociaux.

Collaboration équipe de soignants

Les infirmiers disposent pourtant d'une triple compétence à faire valoir pour participer à la prise de décision : relationnelle, technique et organisationnelle.

La procédure collégiale peine à inclure les professionnels paramédicaux dans la prise de décision, en dépit du fait qu'elle a été instaurée par la loi depuis 2005. Avec la loi Claeys-Leonetti, cette collégialité est étendue aux situations de fin de vie concernant la sédation profonde et continue. Les réunions d'équipe sont difficiles à mettre en place, elles nécessitent une synergie médico-administrative, avance Noëlle Carlin, cadre de santé retraitée et membre de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (Sfap), lors d'une table ronde le 29 mai dernier sur la prévention des risques psychosociaux lors du salon infirmier de la Paris Healthcare Week 2018.

Des pratiques hétérogènes

À son sens, la place des professionnels paramédicaux est "évidente" lors des prises de décisions relatives à la fin de vie. C'est clair, mais ce n'est pas si simple. Il existe de grandes différences entre les pratiques délibératives sur le terrain, poursuit Noëlle Carlin. Ainsi, un infirmier sur cinq estime que son avis n'est jamais pris en compte lors des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP). Il existe par ailleurs un hiatus de perception entre les médecins et les paramédicaux. Une grande majorité (88%) des premiers assure impliquer les seconds dans la procédure. Pourtant, seul un professionnel sur deux se sent réellement impliqués.

Pour Noëlle Carlin, les infirmiers disposent pourtant d'une triple compétence à faire valoir pour participer à la prise de décision : relationnelle, technique et organisationnelle. Du fait de leur rôle dans la prise en charge, les infirmiers sont en proximité physique et relationnelle avec le patient dont ils garantissent la continuité des soins. "Le projet de soins est mesuré à l'aune de ses conséquences et ses effets sur le patient plutôt que sous l'angle de l'efficacité des traitements", explicite l'ancienne cadre de santé de l'équipe mobile de soins palliatifs du CHU de Grenoble (Isère), désormais formatrice indépendante. Elle insiste également sur le rôle de sentinelle et d'alerte aux manquements éthiques.

La place des professionnels paramédicaux dans la démarche

Sur ce constat, elle précise le rôle des professionnels paramédicaux dans les RCP. Outre le simple fait de rapporter des informations recueillies sur le patient, il consiste en l'apport d'une autre parole légitime, dans l'intérêt du patient. Noëlle Carlin oppose les émotions des paramédicaux au contact du patient à la rationalité des médecins. "Ils doivent reconnaître l'égale valeur de tous. Ce n'est pas donné, les médecins doivent abandonner le rôle hiérarchique pendant la délibération et accepter des critères subjectifs dans la décision", résume-t-elle. La hiérarchie médecins/paramédicaux n'est néanmoins pas remise en cause à propos de la prise de décision, les premiers endossant la responsabilité pénale. "Chaque geste d'un infirmier est précédé d'un jugement professionnel et moral. Les soins de l'après-décision ne sont pas que l'application d'une prescription", souligne néanmoins Noëlle Carlin.

Cette implication des paramédicaux dans la délibération participe également à la prévention des risques psychosociaux de ces professionnels impliqués quotidiennement dans des situations de fin de vie. "Lors de la démarche collégiale, une part de l'identité professionnelle de chacun se joue. Cela permet d'être responsabilisé et reconnu par le patient, par l'équipe et par soi-même", considère-t-elle. Noëlle Carlin évoque ainsi la puissance émancipatrice de la participation des professionnels paramédicaux à la procédure collégiale.

Jérôme ROBILLARD @RobillardJerome

Cet article a été publié le 29 mai 2018 par nos confrères d'Hospimedia que nous remercions de ce partage.

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