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"La grippe entraîne davantage de perte d’autonomie chez le senior qu’une fracture du fémur"

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Grippe

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La campagne de vaccination contre la grippe vient de débuter. Cette année, l’Assurance maladie met l’accent sur la vaccination des femmes enceintes et de l’entourage des personnes vulnérables, y compris les professionnels de santé. Des objectifs ambitieux étant donné que plus de 50% des personnes qui reçoivent le bon de vaccination ne l’utilisent pas !

La Cnam prend en charge à 100% les vaccinations des professionnels libéraux et un courrier aurait été envoyé aux directeurs d’Ehpad pour inciter leur personnel.

Près de 13 millions de Français vont bientôt recevoir où ont déjà reçu leur bon de vaccination contre la grippe. Cette année la Cpam compte mettre l’accent sur l’entourage des personnes fragiles et sur les femmes enceintes qui, malgré les recommandations, se vaccinent rarement. Elle souligne également le fait que moins de la moitié (47,2%) des personnes jugées à risque sont vaccinées. Il est avant tout important de convaincre ces personnes à passer à l’acte, affirme le Pr Bruno Lina, chef de service de virologie de l’hôpital de la Croix Rousse et directeur du Centre National de référence sur les virus respiratoires (dont la grippe).

Il est important pour les jeunes seniors qui viennent juste de franchir la barre des 65 ans de procéder à la vaccination d’autant plus s’ils sont en bonne santé, cela leur permettra de le rester

Le paradoxe français

Apparemment, d’après une étude de septembre 2018 du BVA, pour plus de 90% des Français, la grippe est une maladie qui peut être grave et 70% d'entre eux estiment que la vaccination est le premier geste de protection contre le virus. Toutefois, pour 53% des interrogés, le vaccin serait un danger pour la santé et 52% pensent que l’on peut être infecté suite à l’injection. C’est pourquoi, pour l’Assurance maladie, il est nécessaire de donner les moyens aux professionnels de santé pour informer, argumenter et stopper les idées reçues. Il y aura entre 2 et 6 millions de Français qui contracteront une infection grippale. Quelle autre maladie infectieuse cause autant de cas chaque hiver ? Aucune. Quelle autre pathologie engendre 10 000 décès en hiver ? Il n’y en a pas, argumente le Pr Lina.

Il est vrai que le vaccin de la grippe n’a pas le même niveau d’efficacité chaque année. En moyenne, c’est entre 60 et 65% d’efficacité. Par ailleurs, on a un meilleur taux pour H1N1 par rapport à H3N2 (75% contre 60%), précise le spécialiste. Celui-ci tient à rappeler que le virus est inactivé dans le vaccin et donc qu’il ne peut en aucun cas donner la grippe. De même, il est très bien supporté. Celui-ci a aussi souligné qu’il est important pour les jeunes seniors qui viennent juste de franchir la barre des 65 ans de procéder à la vaccination d’autant plus s’ils sont en bonne santé, cela leur permettra de le rester. En effet, aujourd’hui contracter la grippe pour un personne âgée c’est un facteur de perte d’autonomie plus important qu’une fracture du fémur.

Les probabilités d’être infecté passent de 5 à 10% pour un individu lambda à 5 à 22 % pour une femme enceinte 

Seulement 7% des femmes enceintes se vaccinent !

L’assurance maladie a tenu à faire le point sur une autre population fragile : les femmes enceintes. En effet, les modifications physiologiques et immunitaires dues à la grossesse les fragilisent et les rendent plus susceptibles de contracter le virus. Pourtant, même si les recommandations à ce sujet datent de 2012, actuellement seules 7% des femmes enceintes se vaccinent. Les probabilités d’être infecté passent de 5 à 10% pour un individu lambda à 5 à 22 % pour une femme enceinte, explique Bénédicte Coulm, sage-femme et épidémiologiste. Les risques concernant cette catégorie de la population sont souvent sous-évalués car ces femmes sont en bonne santé et il n’y a pas d’immunosénescence comme chez le sujet âgé. Pourtant, une infection grippale augmente les risques de fausses couches ou d’accouchements prématurés. En outre, les hospitalisations sont sept fois plus fréquentes chez des femmes gestantes par rapport à d’autres personnes du même âge. Autre fait remarquable, plus la grossesse avance plus les risques sont élevés.

Il subsiste une perception erronée concernant le vaccin. Mais les données de la littérature sont formelles : que ce soit au 1er, 2ème ou 3ème trimestre, aucune étude n’a suggéré un quelconque risque pour le fœtus, martèle la sage-femme. Au contraire en se vaccinant on réduit les risques de grippe avec complications de 50%. On diminue la sévérité et la durée des symptômes. Qui plus est, les anticorps passant dans le placenta, cela va permettre de protéger le bébé dans les 6 premiers mois de sa vie où il ne pourra pas être vacciné .

Se vacciner c’est un acte citoyen, et un acte d’hygiène pour un soignant. On se lave les mains donc on se vaccine

Un cocooning autour des personnes vulnérables

Pour la sage-femme, les professionnels de santé ont une double responsabilité quant à la vaccination antigrippale : celle d’informer les patients et leur entourage. Mais aussi se vacciner soi-même pour protéger les patients que l’on rencontre tous les jours. Un point de vue parfaitement partagé par le Pr Lina qui met l’accent sur ce point : Tout professionnel de santé qui s’empare du sujet devrait être dans l’obligation de se faire vacciner. La vaccination a un bénéfice collectif. C’est un acte citoyen et un acte d’hygiène : on se lave bien les mains, donc on se vaccine, conclut le Pr Lina. Apparemment, un travail a d’ailleurs été fait dans ce sens à l’hôpital de la Croix Rousse où il exerce. Ces travaux seraient en cours de publication. On a réussi à multiplier par deux le taux de vaccination du personnel soignant ce qui a réduit de moitié les taux de transmission du virus au sein de l’établissement. Ainsi, on a pu démontrer que lorsque la vaccination des professionnels de santé atteint un certain taux cela peut diminuer jusqu’à 80% les infections grippales associées aux soins, clarifie-t-il.

Evidemment, les soignants sont loin d’être les seuls dans l’entourage des patients fragiles : qu’en-est-il des proches ? Des familles ? Le Pr Lina est tout aussi intransigeant à leur sujet : on doit également parler à la famille. Les proches doivent être vaccinés s’ils veulent rendre visite à quelqu’un de vulnérable en établissement. En période épidémique, on doit aller jusqu’à proscrire les visites si l’entourage n’est pas vacciné. On ne fait pas garder un enfant malade par la mamie.

De son côté, Isabelle Vincent, responsable adjointe Département Prévention et Promotion de la Santé à la Cnam, a tenu à rappeler que l’Assurance maladie ne prenait pas la vaccination de l’entourage à sa charge, ce sont les recommandations qui fixent qui est couvert ou non. Elles peuvent changer bien sûr mais pour l’instant, les proches désireux de protéger leur entourage fragile doivent payer le vaccin. De même, en ce qui concerne la vaccination des professionnels de santé libéraux, si la Cnam la prend en charge à 100 %, rien n’est prévu pour les personnels hospitaliers ou médico-sociaux car c’est aux employeurs de s’assurer de la vaccination.

Quoi qu’il en soit, vaccin à charge ou non, pas sûr que les professionnels de santé soient prêts à franchir le pas. D’après un sondage réalisé sur les pages facebook d’infirmiers.com, sur 3300 votes, les infirmiers sont 62% à déclarer ne pas avoir l’intention de se faire vacciner. De même, pour les aides-soignants : sur 1400 votes, 77% affirment qu’ils ne le feront pas non plus. En revanche, sur la page facebook destinée aux IDEL, ils sont 46% à déclarer vouloir être vacciné, mais les votes étaient nettement moins nombreux (154). Comme l’an dernier, l’obligation vaccinale des professionnels de santé est revenu sur la table, et comme l’an dernier, face à cette éventualité les infirmiers et aides-soignants demeurent piqués au vif !

Un questionnaire pour inciter les professionnels de santé à la vaccination

 En se vaccinant, on se protège, mais on protège aussi les autres . Si l’évidence de ce slogan de la campagne pour la vaccination vaut aussi pour les professionnels de santé, ils sont seulement 25% à se faire vacciner contre la grippe, un chiffre qui plafonne depuis plusieurs années. Une start-up des Hauts-de-France, HEROIC santé, a ainsi mis au point un questionnaire pour inciter les professionnels à prendre conscience de l’importance de faire eux-aussi la démarche. Disponible en ligne du 8 juillet au 11 août 2019, il aura permis à 1204 professionnels de santé tout confondus de répondre et de tirer plusieurs conclusions :

28% des professionnels sondés non vaccinés en 2018 s’engagent à se faire vacciner contre la grippe en 2019 et 65% d’entre eux s’engagent à inciter leurs collègues à se faire vacciner. 21% d’entre eux ont accepté qu’on leur rappelle leur engagement en début de campagne vaccinale grippe et sont donc mobilisables pour promouvoir la vaccination antigrippale auprès de leurs collègues.

Par ailleurs, 99% des sondés professionnels de santé vaccinés en 2018 s’engagent à renouveler cette action et 67% d’entre eux s’engagent à inciter leurs collègues à se faire vacciner. Parmi eux également, 32% ont accepté qu’on leur rappelle leur engagement en début de campagne vaccinale grippe et sont donc mobilisables pour promouvoir la vaccination antigrippale auprès de leurs collègues. Le questionnaire a également permis de mettre en avant les arguments les plus convaincants pour encourager les professionnels à la vaccination : la principale motivation étant par exemple de protéger les personnes fragiles » et l’action la plus susceptible d’engager à la vaccination étant de "disposer d’avis d’experts en ligne.

 

Infirmiers.com

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