GRANDS DOSSIERS

Grippe - "Je vous vaccine, je me vaccine"... l'ONI s'engage

par .

Cet article fait partie du dossier :

ONI

    Précédent Suivant

Chaque automne, la question de la vaccination antigrippale des soignants - et plus particulièrement celle des infirmiers - refait surface. En effet, la plupart d'entre eux s'y opposent, la jugeant inutile, voire inefficace, quand d'autres considèrent, au contraire, que ce geste citoyen est un "devoir déontologique". C'est en tout cas ce message que l'Ordre national des infirmiers rappelle dans le cadre d'une campagne de sensibilisation avec comme slogan "Je vous vaccine, je me vaccine". 

campagne vaccination grippe infirmiers ONI

Et vous, en tant que soignants, envisagez-vous de vous faire vacciner cette année contre la grippe ?

Et si l'épidémie de grippe à venir était aussi importante, voire plus active encore que celle de l'année passée ? Face à cette question et rappelant qu'au mois de janvier dernier, durant le pic de l'épidémie, les services d'urgences des hôpitaux de plusieurs régions ont été débordés et que certains ont du créer des unités de crise pour augmenter en urgence leur capacité d’accueil, l'Ordre national des infirmiers (ONI) rappelle, qu'en France, la couverture vaccinale pose problème et que la défiance à l'égard de la vaccination anti-grippale est grande alors que la dernière épidémie de grippe a tué près de 20 000 personnes en France.

Lors du coup d'envoi de la campagne de vaccination annuelle contre le virus de la grippe saisonnière par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, début octobre 2017, une enquête Ifop menée auprès d’un échantillon de 1003 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, révèlait que plus de 7 Français sur 10 ne se feront pas vacciner. 80% des 18-64 ans affirmant en effet ne pas avoir l'intention d'aller réaliser ce vaccin, contre 40% chez les plus de 65 ans. Un paradoxe cependant, les Français ne souhaitent pas se vacciner mais ils seraient à plus de 60 % pour la vaccination obligatoire des soignants...

L'Ordre des infirmiers affirme que "la vaccination des infirmiers est un devoir déontologique pour tous les infirmiers"

L'ONI souligne, qu'en 2016, la concertation citoyenne sur la vaccination présidée par le Professeur Alain Fischer avait préconisé une  recommandation forte de la vaccination des professionnels rappelant également que l'Académie nationale de médecine soutient également cette proposition qu’elle considère comme la mesure la plus efficace pour améliorer la couverture vaccinale. D'ailleurs, la question de l'obligation vaccinale des soignants avait été ouvertement posée le 11 janvier 2017 par le professeur Benoît Vallet,  directeur général de la santé, lors d’une conférence de presse consacrée à la gestion par les autorités sanitaires de l’épidémie de grippe qui embolisait depuis quelques jours les urgences des hôpitaux.

Cependant, pour l'ONI, force est de constater qu'en France, le discours anti-vaccinal, notamment contre la grippe, gagne dangereusement du terrain, chez les infirmiers, hélas, davantage que chez d’autres professionnels de santé, comme les médecins. Durant leur formation, les étudiants infirmiers sont pourtant parfaitement formés à la réalisation de l’injection vaccinale, mais très peu sensibilisés à une vision globale en matière épidémiologique, virologique et pharmacologique.

En vertu de l’article 10 du Code de déontologie des infirmiers, « L’infirmier agit en toutes circonstances dans l’intérêt du patient »

De fait, la campagne de sensibilisation de l'ONI, actuellement active notamment via les réseaux sociaux, souligne à nouveau son engagement pour cet enjeu de santé publique que constutie la couverture vaccinale anti-grippale des soignants. L'injonction est sans appel : dans l’intérêt des patients, considérant la forte mortalité liée à la grippe saisonnière, et au regard des dernières données relatives à la couverture vaccinale en France, en général, et chez les professionnels de santé, en particulier, la vaccination des infirmiers est un devoir déontologique pour tous les infirmiers. Et Didier Borniche, Président de l'ONI, de l'expliciter : La grippe représente un véritable enjeu de santé publique. C’est à nous, professionnels de santé, de prendre le temps d’informer, de dialoguer et de convaincre pour améliorer la couverture vaccinale. Rappelons qu’en vertu de l’article 10 du Code de déontologie des infirmiers, « L’infirmier agit en toutes circonstances dans l’intérêt du patient ». C’est bien pour répondre à ce devoir déontologique relatif à l’intérêt du patient que les infirmiers doivent se faire vacciner. L'hiver dernier, ce débat controversé avait fait réagir Martin Hirsch, directeur de l'Assistance publique–Hôpitaux de Paris, la réticence des paramédicaux est incontestable puisque seuls 10 % d'entre eux seraient vaccinés (contre 25 % de médecins) ; un taux que le directeur de l'AP-HP jugeait faible et anormal.

L'ONI réclame également un élargissement du rôle des infirmiers en matière de vaccination

Plus largement, l'Ordre des infirmiers réitère également son souhait de voir un élargissement du rôle des infirmiers en matière de vaccination. En effet, les infirmiers peuvent administrer un vaccin en application d’une prescription médicale et, depuis 2008, ils peuvent également vacciner contre la grippe, et ce, sans prescription médicale préalable mais à l’exception de la primo-vaccination, les personnes âgées de plus de 65 ans et les personnes atteintes de certaines pathologies chroniques. Didier Borniche le rappelle, cette mesure de santé publique permet ainsi chaque année la vaccination de près d’1 million de personnes par des infirmiers. Et de préciser qu'un décret à paraître très prochainement devrait élargir cette liste des populations à risque, et notamment aux « personnes obèses (IMC supérieur ou égal à 40kg/m2) », « personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ou un établissement médico-social d’hébergement » ainsi qu’à « l’entourage des nourissons de moins de 6 mois présentant un risque de grippe grave ». Pour le Président de l'ONI, les infirmiers réalisent déjà des vaccins sur prescription médicale et maîtrisent parfaitement ce geste qu’ils savent réaliser en toute sécurité. Rappelons aussi, qu’au contraire de la démographie médicale, déclinante et inégalement répartie, la démographie infirmière est croissante et mieux répartie notamment en zones rurales ou péri-urbaines : plus de 600 000 professionnels dont 100 000 se rendent quotidiennement au domicile des patients sur tout le territoire. Cependant, malgré nos demandes répétées, aucune mesure concrète et significative n’a encore été prise pour saisir cette opportunité d’élargissement de la couverture vaccinale. L'ONI demande donc l’élargissement de la vaccination antigrippale à tous les adultes et l’élargissement à d’autres vaccins (contre le ROR, le DT polio, la coqueluche, l’hépatite B, le papillomavirus humain, le méningocoque C ou encore la varicelle).

Serez-vous convaincus ? Alors, envisagez-vous de vous faire vacciner cette année contre la grippe, faites-le nous savoir !

Creative Commons License

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

Retour au sommaire du dossier ONI

trouvez votre poste en quelques clics

Publicité

Commentaires (1)

ephedrine31

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#1

vaccination conseillée mais pas obligatoire

Depuis la grippe A, les professionnels de santé subissent une pression sur leur lieu de travail concernant la vaccination contre la grippe (je me rappel de l’époque où la médecine du travail nommait des responsables chargés de lister dans chaque service les agents vaccinés, et passait voir les non vaccinés pour leur conseiller fortement de faire ce vaccin). Cela reste un choix qui appartient a chacun, et cette manière de culpabiliser les agents soignants qui ne se vaccinent pas est intolérable. Tout ce lobbying est fatigant et à même tendance à avoir l'effet inverse que celui désiré. Si déjà les populations a risque étaient vaccinées pensez vous qu'il y aurait autant de décès chaque année? visez donc la bonne population. Au passage savez vous où consulter les chiffres demographiques annuels concernant les deces liés a la grippe car cela m'interresse? http://sante.lefigaro.fr/article/combien-de-gens-meurent-reellement-de-la-grippe-/