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"J’ai fait un AES et c’est une véritable angoisse pour moi le VIH" !

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AES

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Etre victime d'un accident d’exposition au sang (AES), cela arrive à nombre de professionnels de santé. Au vu des risques plus ou moins importants qui en découlent en fonction de la situation de départ, il y a une procédure stricte à suivre que l’on connaisse le bilan sérologique du patient ou non. Des étudiantes en soins infirmiers sont inquiètes et ont décidé de demander conseils à la communauté soignante sur le forum d’infirmiers.com. Il est vrai que ce type d’accidents n’est pas toujours facile à gérer surtout quand le patient en question s’avère… porteur du VIH.

C'est quand même dommage de ne pas faire les choses dans les règles même si "on" t'a dit qu'il n'y avait aucun risque...

Il y a 27 jours, lors d'un soin, je me suis légèrement piquée au bout du doigt. Le patient est connu pour être VIH positif compliant au traitement avec une dernière charge virale connue indétectable… J’ai contacté le service qui affirme que le risque est inexistant mais je suis très anxieuse et je dois faire mon test volontaire. J’ai si peur que je n’arrive pas à en parler autour de moi , raconte Armelle19902 sur le forum d’infirmiers.com.

Ses pairs se montrent vite rassurants et lui demandent de ne pas céder à la panique. La seule chose à faire c’est de respecter strictement le protocole à suivre après un AESIl y a une procédure à respecter dans ces cas-là : trempage immédiat du doigt dans le Dakin (ou autre chose), déclaration d'accident du travail, première sérologie aux urgences, sérologies au patient (même s'il est connu qu’il est VIH+), sérologies à plusieurs moments suivant le protocole.... As-tu fait les choses dans les règles ?, questionne Lenalan tout en rappelant que malheureusement le risque zéro n’existe pas ou du moins n’est pas quantifiable. Entre "aucun risque" ou "risque de…", je pense que personne n'est en mesure de te le dire. IDE-1981 ajoute, quant à elle, que le port de gants limite la contamination et espère pour Armelle19902 qu’elle en portait.

Protocole à suivre en cas d’AES dans le cadre professionnel

La procédure à suivre en cas d’AES est claire : Il faut nettoyer la plaie ou la peau lésée à l’eau courante et au savon. Puis, la rincer et désinfecter de préférence avec du Dakin® pur ou de l’eau de Javel à 0.1% pendant au moins cinq minutes. En cas de projection sur les muqueuses ou les yeux, rincer abondamment au sérum physiologique, au Dacryoserum® ou à l’eau du robinet (ordre de préférence) pendant cinq minutes.

Ensuite, il est nécessaire de signaler l’incident à votre responsable. Si possible, prélever le patient-source avec son consentement afin de réaliser les examens adéquats (sérologies VIH, VHC et éventuellement VHB si pertinent, charge virale si infection connue, etc.).

En outre, le professionnel victime d’un AES doit être examiné au plus vite par un médecin et orienté vers le service approprié. Il doit également faire une déclaration d’accident du travail (à la médecine du travail) dans les 24 heures avec certificat médical initial décrivant l’état de la personne et les conséquences éventuelles.

De même, un suivi sérologique précis doit être effectué. Celui-ci comprend : La réalisation d’une sérologie VIH, VHC et éventuellement VHB (à noter, la vaccination contre l’hépatite B est obligatoire pour les professionnels de santé, sauf dans les situations de contre-indications à la vaccination) dans les 8 jours suivant l’accident. Puis, des contrôles sérologiques à 2 mois et 4 mois si un traitement post-exposition (TPE) est prescrit (comme c’est le cas si le patient est séropositif au VIH);

Enfin, rappelons que le médecin du travail est tenu de recenser ces accidents. Les AES ayant entraîné une contamination d’un personnel de santé doivent être notifiés à l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS). Par ailleurs, qu’il y ait contamination ou non, les circonstances des accidents d’exposition au VIH sont systématiquement analysées afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent.

Source COREVIH Île-de-France Nord

Le traitement post-exposition doit être commencé le plus tôt possible après l’exposition au risque, dans l’idéal dans les 4 heures qui suivent, et au plus tard dans les 48 heures.

N’écoute pas les « on », suis la procédure !

Lenalan souligne aussi que normalement un traitement est prévu et doit être mise en place immédiatement pour éviter la transmission du virus. C'est quand même dommage de ne pas faire les choses dans les règles même si "on" t'a dit qu'il n'y avait aucun risque... Toutefois, ce traitement prophylactique doit être pris rapidement, dès l’AES constaté et déclaré comme le martèle IDE-1981, après c’est trop tard. Je pense qu'Armelle n'a pas consulté le médecin référent AES lors de cet accident. C'est le problème des "on" qui se sont avérés de mauvais conseils... s’agace-t-elle.

Quant à Binoute 1, elle clame simplement son incompréhension face à une situation qui lui parait courante. J'ai eu un AES une fois, j'ai tellement eu peur, ... même en sachant que le patient n'avait rien, que j'ai fait tout ce qu'il fallait faire. Ce n'est pas la première fois sur ce forum que l’on voit des ESI qui n'ont pas fait les démarches, parce qu’ils craignent de le dire dans le service qui les accueille en stage. J'avoue que je ne comprends pas ! La trouille de choper une cochonnerie prend le dessus, non ?

Source : GERES

Je ne comprends pas !! La trouille de choper une cochonnerie prend le dessus sur celle de le dire au service, non ?

Une angoisse justifiée

Une autre ESI, Nanie80, se retrouve dans la même situation, mais elle assure avoir suivi la procédure : Je suis étudiante infirmière 1ère année. Voilà deux semaines, je me suis piquée avec une aiguille en effectuant un prélèvement sanguin. Malheureusement la patiente que j'ai prélevée était séropositive, j'ai fait une déclaration AES et j'ai pris le traitement 10 heures après l'accident ; traitement que je dois prendre pendant 28 jours. Je suis en stress depuis et j'ai peur d'être contaminé. Je cherche quelqu'un à qui c'est arrivé pour en parler et me rassurer. Wanille lui affirme que les risques de transmission par le VIH sont rares, contrairement au VHC qui se communique facilement via quelques gouttes de sang. Ma source étant une IDE avec dix ans d’expérience spécialisée dans le sujet avec qui j'étais en formation la semaine dernière.

De son côté, Efab comprend parfaitement ce que vit la future soignante : on a tous peur d'avoir un AES avec un patient source porteur d'une maladie virale ou d'un germe résistant comme le staphylocoque, moi ça m'est arrivé en stage aussi. J'ai beaucoup angoissé à l’idée d’être peut-être contaminé.

Elle argumente néanmoins que le risque de transmission dépend de plusieurs facteurs notamment de la charge virale du patient qui peut être infime s’il suit bien son traitement de trithérapie. J'avais vu dans des docs santé que quand quelqu’un est porteur du VIH, s'il suit bien son traitement, sa charge virale diminue largement jusqu'au point où le virus est indétectable dans le sang par des analyses (mais reste toujours porteur du VIH). La personne présente moins de risque de contaminer d'autres personnes en cas de contact avec son sang, contrairement à quelqu'un qui est VIH + et qui, lui, ne suit pas de traitement, donc à une charge virale très importante et reste très contagieux pour les autres. Il faut savoir si le patient source avait un suivi médical et thérapeutique régulier pour sa séropositivité et si les médicaments était bien pris par le patient.

Effectivement, le risque de contamination dépend de trois facteurs principaux : la gravité de l’AES, les caractéristiques du patient source (comme une virémie élevée), l’absence de traitement post-exposition, selon le GERES. Plus précisément, la probabilité de transmission est directement liée à la profondeur de la blessure et au type d’aiguille ou de matériel en cause. Par exemple, les piqûres par aiguille creuse de gros calibre souillée de sang sont les plus susceptibles d’entraîner une contamination. En ce qui concerne plus spécifiquement la séroconversion au VIH, d’après l’association ARCAT, seul le sang ou les liquides biologiques contenant du sang ont été à l’origine de cas prouvés de contamination professionnelle. De même, comme l’a fait remarquer plus haut Efab, la charge virale du patient est un facteur déterminant. Toujours selon l’ARCATle risque de transmission après une exposition percutanée à du sang contaminé par le VIH est estimé à 0,32 %. En d’autres termes, sur 312 piqûres potentiellement contaminantes, une seule entraînera effectivement une infection par le VIH. Ces risques très faibles peuvent devenir importants si l’exposition est massive ou si la charge virale de la personne source est élevée. Ils demeurent néanmoins très inférieurs à ceux présentés par d’autres virus, notamment celui de l’hépatite C (entre 2 et 3 %) ou de l’hépatite B (autour de 30 %).

Source: GERES

Espérons que nos deux ESI n’aient finalement rien contracté. Si, vous aussi, vous souhaitez partager votre témoignage sur le sujet, n’hésitez pas à réagir sur le forum d'infirmiers.com

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (2)

ju63

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1 commentaires

#6

Quelques réalités incontournables sur le VIH

Il me semble important, au regard de cet article qui a choqué beaucoup de personne de faire une mise au point. N'ayant pas eu de retour sur un éventuel droit de réponse, je me permet de le faire ici, tant l'enjeu semble important.

Je m'appelle Julien Martinez, je suis IDE en psychiatrie, j'ai aussi fais du soin intensif neuro mais je publie ce soir en qualité de militant associatif et d'intervenant en santé sexuel. J'ai aussi publié sur la question du VIH et des méconnaissances des équipes paramédicales à ce sujet. Si cet article se veut pédagogue (peut être à juste titre) sur les AES, il est intolérable de laisser planer des doutes sur les hypothétiques risques de contaminations aux VIH, en laissant des commentaires triviaux telle que "attraper une cochonnerie" ou "j'ai vu dans un reportage santé" ... les personnes concernées vivant avec le VIH méritent mieux qu'une discussion de comptoir.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tenais à dire que je n'ai pas été la seule personne choqué par le mélange des genres dans l'articles, et bon nombre de personnes qui travaillent sur le sujet, ou qui vivent avec le VIH m'ont interpellé tant ils leur semblaient que cet article était lacunaire.

Tachons d'essayer de combler ça.

La première des choses, c'est qu'en cas d'AES, il n'y a pas de "on". L'article le dit bien. La personne suit la procédure. Point. L'objectif de ce post n'est pas d'aller contre ça. Mais pour exorcisez les peurs, le mieux est encore de savoir de quoi on parle.

A l'heure actuelle, les personnes séropositives au VIH bénéficient toute du TASP dès lors qu'elles sont dépistées et dans un parcours de soins.
Le TASP, ça veut dire "Threatment As Prévention" ou le traitement comme mesure préventive. En d'autre terme, aujourd'hui, une personne dépistée VIH+ se verra proposée un traitement. Ce traitement lui permettra de voir baisser sa charge virale jusqu'à ce qu'elle devienne indétectable.

brumelle

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4 commentaires

#1

Les risques du métier

Cela me renvoie à la réaction d'une cadre, plus soucieuse de son planning à remplir que de l'angoisse de la concernée, dans un épisode raconté par une infirmière victime d'un AES qui vient de publier un témoignage (C'est aussi ça la vie).