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Edito - Marisol Touraine peine à convaincre les infirmiers

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Du 24 au 26 mai 2016, les professionnels de la santé se sont donné rendez-vous à la Paris Healthcare Week où se déroule notamment  cette année – grande première - le Salon Infirmier 2016. Même si, contrairement à la dernière édition du salon, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a fait le déplacement pour rencontrer les professionnels infirmiers, ces derniers déplorent toujours un manque de considération persistant à leur égard...

Marisol Touraine Salon Infirmiers 2016

Marisol Touraine a, une nouvelle fois, manqué son rendez-vous avec les infirmiers durant la Paris Healthcare Week.

Cette année, le Salon Infirmier s'est déroulé durant la Paris Healthcare Week1, du 24 au 26 mai 2016. Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, s'est déplacée pour l'occasion et a rencontré les professionnels de santé, notamment infirmiers. La ministre, qui a boudé le dernier Salon Infirmier, était en effet très attendue par les IDE…

Des professionnels infirmiers peu écoutés

Cette année encore, et ce malgré sa venue au Salon Infirmier, Marisol Touraine a déçu la profession infirmière, en attente de réponses concrètes aux problématiques rencontrées quotidiennement. La ministre s'est contentée de déambuler dans les allées du salon, se renseignant, entre autres, sur la simulation en santé, et visitant le village Bloc animé par l'Unaibode.

  • Marisol Touraine salon infimier
  • Marisol Touraine salon infimier

Ainsi, comme l'a souligné Nathalie Depoire, présidente de la Coordination Nationale Infirmière (CNI), la ministre n'a pas répondu à nos questions, notamment sur la formation, la pratique avancée, la dégradation des conditions de travail ou encore la gestion des absences. La santé physique et mentale des soignants est de plus en plus préoccupante. Il faut ainsi pouvoir proposer des postes adaptés aux personnes souffrant, par exemple, de troubles musculosquelettiques ou d'épuisement professionnel. Il est également indispensable de mettre en place des indicateurs sur le terrain pour travailler sur les causes de l'absentéisme, et ce dans toutes les structures. Pour agir, il est impératif d'identifier s'il s'agit d'épuisement lié à des rythmes de travail anarchiques, au non respect des temps de repos ou encore à des problématiques de retour au poste de travail liées à des restrictions médicales. De son côté, Karim Mameri, secrétaire général de l'Ordre national des infirmiers (ONI), déplore le manque de reconnaissance vis-à-vis de la profession infirmière. Au-delà des bonnes intentions, il est nécessaire de considérer les infirmiers comme des professionnels de santé compétents. Nous devons faire en sorte que les IDE soient entendus, mais aussi et surtout écoutés. Dans son discours à la profession infirmière, Didier Borniche, président de l'ONI, a appelé les IDE à s'exprimer, affirmant que la reconnaissance de l’expertise infirmière passe aussi par la participation des infirmier(e)s dans les politiques de santé. (...) Nous (...) devons être convaincus que nous avons des choses à dire et à proposer dans l’élaboration des politiques de santé. Ayons conscience de la légitimité de notre voix, de notre prise de parole

Notons que Marisol Touraine était également attendue de pied ferme par les étudiants en soins infirmiers, mais la ministre n'a pas fait de halte sur le stand de la Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers (FNESI). L'enseignement de la recherche en IFSI et l'intégration universitaire des ESI sont en effet des sujets sensibles sur lesquels il est indispensable de progresser.

Les groupements hospitaliers de territoire (GHT) ne sont ni une nouvelle strate administrative, ni une fusion d’hôpitaux, mais bien une construction innovante qui permettra à l’ensemble de nos établissements de penser leur coopération autour d’un projet médical territorial et partagé
Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé

Un discours qui se veut rassurant

Lors de son intervention à la Paris Healthcare Week, Marisol Touraine s'est voulue rassurante, arguant que malgré un contexte d’effort, il n’y a pas eu de suppressions de postes à l’hôpital et que 23 000 personnes de plus travaillent à l'hôpital public en 2016 qu'en 2012. Néanmoins, ce bilan est à relativiser selon Nathalie Depoire qui constate que l'on voit des départs non remplacés. Et d'ajouter je veux que l'on parle d'effectifs au lit du patient.

De son côté, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), a fait part de l'inquiétude des professionnels hospitaliers sur la mise en œuvre des réformes dans le secteur médico-social et plus particulièrement sur l'application de la loi d'adaptation au vieillissement. Il souligne également que pour prendre soin de nos équipes, pour être à la hauteur de leurs engagements, nos établissements publics ont besoin de nouveaux outils managériaux et d'un cadre plus adapté au monde moderne. Frédéric Valletoux souhaite ainsi que la réglementation, notamment sur le temps de travail, soit simplifiée.

Par ailleurs, la ministre des Affaires sociales et de la Santé a confirmé que les hôpitaux bénéficieraient d'une aide de deux milliards d'euros sur cinq ans. Elle est également revenue sur la T2A, qui a profondément transformé l'hôpital, souvent tendu les relations entre professionnels et généré des incompréhensions entre soignants et personnels administratifs. Ainsi, pour la ministre, il faut en finir avec le tout T2A. C'est pourquoi elle a instauré, au travers de réformes, un financement des activités isolées, un financement à la qualité ainsi qu'un financement spécifique pour les hôpitaux de proximité.

La santé physique et mentale des soignants est de plus en plus préoccupante
Nathalie Depoire, présidente de la CNI

La santé au coeur des campagnes électorales

La Paris Healthcare Week a vu défiler différentes personnalités politiques qui n'ont pas manqué d'émettre un certain nombre de promesses en vue des élections (primaire des Républicains et présidentielles de 2017). Les différents candidats mettent notamment l'accent sur la nécessité d'une gestion plus autonome des établissements de santé.

  • Nicolas Sarkozy, ancien président de la République et président des Républicains, a appelé, le 25 mai 2016, à réformer le système de santé français en profondeur. Il a notamment promis une « grande loi »  pour accompagner un grand plan « Médecine libérale 2020 » qui redonnerait à la médecine libérale de proximité toute sa place. Il souhaite également réformer en profondeur le secteur hospitalier et moderniser l'hôpital public, en lui offrant davantage de liberté de gestion.
  • François Fillon, candidat aux élections primaires des Républicains, désire donner une nouvelle vie à l'autonomie de l'hôpital public. Il estime nécessaire de permettre aux professionnels qui le veulent de travailler davantage, et de voir ce travail justement reconnu et rémunérer. Et d'ajouter que parce que le choix de l'engagement dans le service public a des contraintes qui sont fortes, il doit être encouragé et valorisé.
  • Bruno Lemaire, lui aussi candidat à la primaire des Républicains, a déclaré mettre la question de la santé au coeur de son projet présidentiel pour 2017. Ainsi, le député de l'Eure estime que chaque hôpital doit pouvoir négocier le temps de travail. Je fais également un choix majeur : celui de ne pas faire porter les efforts que j'engagerai sur les effectifs de fonctionnaires sur les postes de soignants au lit du malade, a-t-il souligné.
  • Alain Juppé a quant à lui défendu le caractère pluraliste du système hospitalier français. Pour le candidat aux primaires des Républicains, il faut laisser aux établissements plus d'autonomie et de souplesse pour qu'ils gagnent en efficacité et s'adaptent en permanence aux évolutions du progrès médical. Il note également que « l'accumulation incessante des réglementations, l'alourdissement des tâches administratives ont créé un sentiment de lassitude ».

De son côté, la FHF a lancé un site de concertation numérique en vue de l'élection présidentielle de 2017. Cette plateforme vise à émettre des propositions sur l'avenir du système de santé et permet à chaque citoyen, à titre personnel ou professionnel, à donner son avis sur l'avenir de l'hôpital, des établissements médico-sociaux et du système de santé français, selon un communiqué de presse. Les internautes peuvent ainsi s'exprimer sur :

  • la régulation de l'installation des médecins libéraux ;
  • le renforcement des délégations de compétences aux professionnels paramédicaux ;
  • la généralisation d'un objectif de 30 minutes de temps d'attente maximum pour les consultations à l'hôpital ;
  • l'association des usagers et de leurs représentants à la préparation du projet médical partagé dans le cadre des groupements hospitaliers de territoire (GHT).

Au-delà des bonnes intentions, il est nécessaire de considérer les infirmiers comme des professionnels de santé compétents
Karim Mameri, secrétaire général de l'ONI

Un an avant les prochaines élections présidentielles, Marisol Touraine a tenu à faire le bilan des réformes qu'elles a portées durant le quinquennat. Même si les infirmiers ont pu, entre autres, bénéficier de certaines avancées (faibles revalorisations salariales, actes supplémentaires pour les IBODE, grade master pour les IADE, pratique avancée...) beaucoup de questions restent en suspens. La ministre a encore un an pour y répondre à moins qu'elle ne retarde l'échéance et retrouve à nouveau son poste à l'issue des prochaines élections présidentielles, mais cela reste à voir… En tout cas, Marisol Touraine semble y croire. Quant aux professionnels de santé… Joker !

Note

  1. La Paris Healthcare Week regroupe les salons HIT (salon dédié aux technologies et systèmes d'information appliqués à la santé), HopitalExpo / GerontHandicapExpo, Intermeditech (salon professionnel de l'industrie des dispositifs médicaux) et le Salon Infirmier.
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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Commentaires (9)

TaGaDa45110

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4 commentaires

#9

pas tous les infirmier(e)s ....

J'étais présente au salon. très déçue car la profession est assez peu représentée. si vous n'êtes ni Idel ni cadre de santé ni étudiant infirmier , peu de stands sont pour vous.
combien de fois aux stands j'ai précisé être infirmière en entreprise : infirmière en quoi ???? vous êtes en EHPAD ?? en clinique ??
aucun stand du Groupement des Infirmiers du travail : d'habitude, ils sont présents au salon .
non, infirmière de santé au travail !! en secteur industriel .
pour les étudiants : peu de stands pour eux .
j'étais avec une étudiante infirmière: elle n' y a pas trouvé son compte non plus. il y a un grand fossé entre la réalité et ce qui est présenté au salon.

loulic

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258 commentaires

#8

requisition

Seul le préfet a le pouvoir de vous réquisitionner.

Skerik

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7 commentaires

#7

Virés

Et une fois que les 600000 infirmiers seront virés?

tijules2

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2 commentaires

#6

Réponse grève

Si les agents disent non à la réquisition c'est considéré comme un abandon de
Poste et donc tout simplement :"vous êtes viré"!!!

Skerik

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#5

Grève

Ça je le sais. Mais si tous les ide disent non à la réquisition le même jour, et que personne ne travaille au même moment, il ne faudra pas très longtemps avant que nos revendications soient prises en compte.

tijules2

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2 commentaires

#4

Réponse grève

Le problème avec la grève dans la fonction publique hospitalière est que systématiquement les agents qui s'inscrivent à cette grève sont réquisitionnés pour assurer un service minimum car bien entendu on est jamais en sureffectif pour prétendre à faire grève . Et c'est cela qui fait que nous ne sommes pas entendus et n'avons pas de moyens de pressions suffisants pour faire entendre nos voix .
Par exemple :Il est plus facile pour les iade ou les ibode de faire pression en bloquant les salles pour paralyser l'activité du plateau technique... que pour nous (ide en soins généraux )

Skerik

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#3

Grève

De toute façon, tant qu'on ne fera pas une vraie grève, personne ne s'intéressera jamais à notre situation.

eusèbe

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497 commentaires

#2

Ou alors...

au chevet des patients...?

Fanny1408

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83 commentaires

#1

Thierry Amouroux absent du Salon ?

Aucun commentaire, aucune interview ou encore photo du sémillant secrétaire général du SNPI, président Ordre infirmier 75, vice président du Collège Infirmier Français, etc ...
Serait il souffrant ou en congés ?