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La moitié des infirmiers vaccinés contre la grippe l’hiver dernier

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L’Ordre National Infirmier (ONI) et « Tous pour la Santé » ont mené une grande enquête auprès des infirmiers sur la vaccination. Les résultats montrent que si ces professionnels se vaccinent davantage contre la grippe, la couverture reste insuffisante. De même, les soignants demandent à être mieux formés afin d’être plus confortables face aux questionnements des patients et souhaitent l’extension de leurs compétences à ce sujet.

87% sont favorables à une extension de leurs compétences au niveau de la vaccination d'après une enquête auprès des adhérents de l'ONI

Les infirmiers demeurent très impliqués dans le domaine de la vaccination et de ce fait veulent davantage de formation et désirent voir leurs compétences s’élargir. C’est ce que révèle une grande enquête rendue publique lors de la 10ème matinale de l’Ordre National Infirmier début janvier. Pour Patrick Chamboredon, Président du Conseil de l’Ordre, cette problématique de la vaccination est majeure autant pour les professionnels que pour la santé publique et pour la qualité de vie en bonne santé de nos ainés .

Ainsi, afin de connaître la perception et les perspectives des soignants sur ce thème, une grande enquête a été réalisée par « Tous pour la Santé » et l’ONI auprès de ses adhérents. Les chiffres mettent l’accent sur la forte implication des professionnels dans ce domaine puisqu’ils ont été nombreux à répondre : près de 5 586 ! Les données sont relativement solides, l’échantillon étant assez représentatif de la profession, si l’on compare aux études de la DREES. On remarque sans surprise que les répondants sont en grande majorité des femmes (85%), qu’il s’agit d’une population jeune avec une moyenne d’âge de 43,5 ans. Les IDEL sont également particulièrement bien représentés (45% de l’échantillon).

Les infirmiers sont des acteurs incontournables auprès des populations fragiles : 97,5% exercent auprès de cette population et 93% auprès de patients chroniques

Des acteurs majeurs et fortement mobilisés

Globalement, les infirmiers ont une très bonne perception de la vaccination puisque 85% d'entre eux attribuent une note entre 8 et 10 sur une échelle de 10. On note, toutefois, des variations suivant les régions et les modes d’exercice. Les professionnels travaillant en milieu scolaire ou dans les services de santé au travail sont les plus favorables (91 et 89% cotre 85% pour les hospitaliers). D’autre part, les infirmiers sont moins positifs dans les DROM en Corse et en PACA (77% d’opinion très favorables, 78,9%, et 79,9% respectivement).

Au niveau de leur couverture vaccinale, les soignants sont plutôt bien vaccinés : ils sont plus de 96% à l’être contre le DTP, 94% contre l’hépatite B, et 93% contre le BCG. De même, ils sont 70% à l’être contre la coqueluche et 59% contre la typhoïde. Cependant, on perçoit un gradient selon l’âge des répondants : les plus jeunes bénéficiant d’une meilleure couverture vaccinale.

En ce qui concerne plus spécifiquement la vaccination antigrippale, ils étaient environ la moitié à être vaccinés durant l’hiver 2018/2019 et 9% avaient déclaré vouloir se mettre à jour (l’enquête ayant été menée en début d’année, un rattrapage était encore possible). Là encore, on remarque des divergences. Tout d’abord selon le sexe : les hommes étant davantage couverts que les femmes (59% versus 48%) mais également selon l’âge avec des écarts de 40% ; les plus jeunes étant les plus réticents. C’est assez étonnant mais surtout inquiétant, estime Patrick Chamboredon.

On peut néanmoins souligner une hausse significative de cette couverture vaccinale notamment par rapport aux données récoltées par Santé publique France 10 ans plus tôt (2008/2009) qui évoquait un taux de vaccination de l’ordre de 24%. Notre étude démontre une croissance de la couverture vaccinale contre la grippe chez les infirmiers de l’ordre de 30% par rapport aux travaux précédents sur le sujet. Cependant, même si c’est une évolution positive, je ne suis pas sûr qu’elle soit suffisante surtout pour des professionnels qui sont autant en contact avec des populations fragiles à risque , explique le Dr François Sarkozy, ancien pédiatre qui présente l’émission « Tous pour la santé ».

Je suis contente de voir que les choses évoluent dans le bon sens, que la poche de résistance que l’on supposait sur la vaccination grippale dans cette profession semble se fracturer. Les infirmiers libéraux ont tendance à être plus sensibles à cet acte qui est altruiste, affirme le Pr Elizabeth Bouvet, présidente de la Commission Technique de Vaccination (CTV). D’ailleurs Santé publique France a refait une étude sur le sujet. Les résultats, qui seront publiés prochainement, montrent également une progression de la vaccination des infirmiers. En revanche, la couverture stagne en ce qui concerne les aides-soignants hospitaliers. En Ehpad aussi, on ne note pas d’évolution de la couverture vaccinale chez les soignants. C’est préoccupant. Pour la députée et infirmière libérale Sereine Mauborgne, la notion d’exemplarité a aussi son importance. Quand on évoque le sujet avec les patients, c’est tout de suite plus rassurant pour eux de savoir que l’on est nous-mêmes vaccinés. C’est la preuve qu’il n’y a aucun danger.

Une question de déontologie ou d’ « éthique professionnelle »

L’enquête est allée plus loin car on a demandé aux professionnels de santé d’expliquer leur motivation pour se vacciner. Trois raisons principales sont sorties du lot : 82% énoncent comme motif majeur le souhait de se protéger personnellement, 82% de protéger les patients et près de 80% afin de protéger l’entourage. On note ainsi que les infirmiers ont un sens aigu des responsabilités et ont conscience de l’effet cocooning, remarque le Dr Sarkozy.

Pour ceux qui ne désiraient pas se vacciner, beaucoup se justifiaient par le recours à des méthodes alternatives comme l’homéopathie (48%). En parallèle, 24% estiment ne pas faire partie des personnes concernées par les recommandations actuelles, et 23% admettent craindre qu’une vaccination antigrippale chaque année ne soit pas bonne pour eux. On peut reprocher le fait que le vaccin n’est pas suffisamment efficace. Cela dépend surtout des mutations et aussi des virus circulants, il est difficile de tout savoir à l’avance. On peut tomber dès fois un peu à côté. Mais c’est justement parce que le vaccin fonctionne moins bien auprès des personnes âgées qu’il faut d’autant mieux vacciner ceux qui s’en occupent. De plus, on sait maintenant que dans les années qui viennent, les seniors auront accès à un vaccin avec des doses plus élevées, ce qui garantira une meilleure efficacité, explique le Pr Bouvet. D’ailleurs, la CTV a été saisie par la ministre concernant l’obligation vaccinale des professionnels de santé pour plusieurs pathologies dont la grippe ou la rougeole. Si le Pr Bouvet ne donne pas de date précise sur la publication de l’avis, elle informe que dans la prochaine certification des établissements de santé, la couverture vaccinale des soignants contre la grippe sera prise en considération dans les critères de qualité.

57% des IDEL déclarent tenir une permanence au sein de leur cabinet au cours de la période de vaccination, en particulier au sein des territoires ruraux

Plus de formation pour mieux informer les patients

Autre point soulevé par l’enquête, plus les professionnels ont été formés sur la vaccination, plus ils se sentent confortables pour en parler avec leur patient. En réalité, les chiffres suggèrent que seul 1 soignant sur 2 est à l’aise pour répondre aux questions des patients dans ce domaine. Pourtant, de manière générale ils échangent souvent avec les patients sur le sujet. 54% d’entre eux le font régulièrement, et même 81% pour ceux exerçant aux services de santé au travail et 72% pour les infirmiers scolaires. Pour le président de l’ONI c’est une information à prendre en compte : la formation initiale devrait peut-être évoluée. Il faut que les professionnels soient en capacité d’intervenir face aux hésitations en apportant des réponses scientifiques . Un avis partagé par Sereine Mauborgne, Ce besoin de formation ressenti est un élément très positif. Il faut être confortable pour répondre aux questionnements sur les problématiques comme l’aluminium en particulier s’il y a extension des compétences .

 Je trouve important l’idée de l’infirmier de famille

Vers une extension des compétences ?

En effet, les infirmiers souhaitent voir leur champ d’action évoluer : 87% sont favorables à une extension de leurs compétences au niveau de la vaccination. Plus précisément, 77% sont pour que les infirmiers puissent renouveler les vaccins, 55% voudraient pouvoir s’occuper de la primo-vaccination antigrippale des adultes et 53% souhaitent assurer le suivi des vaccins DTP. Toutefois, on constate toujours des différences. Par exemple, les hommes sont plus favorables à cette idée que les femmes (94% contre 86%). En outre, les infirmiers libéraux désirent davantage de nouvelles compétences (90%) notamment en ce qui concerne la primovaccination contre la grippe chez l’adulte.

Pour Patrick Chamboredon il est temps de changer de paradigme. Dans d’autre pays, la vaccination est déjà l’apanage des infirmiers, c’est un geste banal pour ces professionnels. De son côté, la Commission Technique de Vaccination devrait bientôt se prononcer quant à l’élargissement des compétences vaccinales tant pour les infirmiers que pour les pharmaciens.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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