GRANDS DOSSIERS

"On ne peut pas faire reconnaître notre expertise sans écrire et prouver nos connaissances"

Cet article fait partie du dossier :

ONI

    Précédent Suivant

"Exprimez ce que vous vivez, ce que vous ressentez, ce que vous avez envie de changer !" Depuis le lancement de la "Grande consultation", l’ONI entend donner la parole aux infirmiers. "L’idée de la Grande consultation infirmière est née avant le Grand débat national qui lui, nous a complètement oublié. Il n’y a rien sur la santé, sur la problématique du grand âge", s’inquiète Bruno Delhomme, Président du Conseil régional de l’Ordre infirmier en Nouvelle-Aquitaine. Une région qui compte "64 000 infirmiers, exerçant pour 40% en secteur libéral et 60% en secteur salarié".

Bordeaux consultation Ordre infirmier

Les participants ont pris la parole sur cinq thèmes : la consultation et l'examen clinique, la prescription, les soins, les statuts, la prévention ou l'éducation à la santé.

Les participants à la Grande consultation infirmière sont invités à prendre la parole sur cinq thèmes préalablement définis par l'Ordre : la consultation et l'examen clinique, la prescription, les soins, les statuts, la prévention ou l'éducation à la santé.

Consultation et examen clinique : à quand une uniformisation ?

Juliette, infirmière Asalée est la première à témoigner sur la consultation et l'examen clinique. Elle s'étonne du manque d'évolution du dispositif Asalée : Avec ce dispositif, on peut travailler en consultation infirmière. On est en collaboration avec les médecins. Le travail n'est pas hiérarchisé, nous ne sommes plus sous l'égide du médecin. Je suis extrêmement surprise que ça ne soit pas plus répandu dans la profession. Les statistiques ont montré qu'il y avait d'excellents résultats. Je pense qu'il faudrait valoriser les expériences de terrain pour prouver l'intérêt des consultations infirmières.

Demander des évolutions, c'est aussi être plus organisé, être plus scientifique

Avant d'être infirmière en soins intensifs, Yamina était aide-soignante. A son arrivée dans son nouveau service, elle a été stupéfaite de constater l'absence d'infirmier en consultation de neurologie : Il ne saurait pas quoi faire, lui répond un médecin. Il faut éduquer les gens avec qui nous travaillons, y compris les médecins. On fait tous des consultations dès que l'on analyse une situation clinique, dès que l'on tire des conclusions, dès que l'on met en pratique des actions de prévention. Malheureusement, ce n'est pas formalisé. La reconnaissance du rôle clinique et de l'expertise des infirmiers, c'est aussi la volonté de Valérie, cadre de santé qui appelle pour cela, au rassemblement de la corporation infirmière : Nous ne sommes pas ensemble. Nous sommes une profession très éclatée. On a de nombreux syndicats, de nombreuses associations. Quand l'ONI a été créé, il y a quelques années, je pensais qu'on allait enfin porter la même parole. Demander des évolutions, c'est aussi être plus organisé, être plus scientifique. La littérature dit que la consultation infirmière apporte beaucoup et montre que dans certains pays, la comorbidité est moins importante et que la durée de séjour diminue. Et au président de l'ONI, Patrick Chamboredon de lui répondre : L'Ordre est là pour rassembler la profession. Nous n'avons que 290 000 inscrits au tableau sur un total de 700 000 infirmiers. C'est l'objectif de l'Ordre de faire du lobbying, de pousser pour que nous arrivons à obtenir de nouvelles missions.

Prescrire… le gros mot !

Deuxième thème abordé au cours de cette Grande consultation à Pessac : la prescription. Yamina, infirmière en soins intensifs reprend la parole sur ce sujet : C'est un terrain glissant. On  peut soit renouveler une prescription, soit adapter et encore... Il y a des connaissances que nous n'avons pas. On est infirmiers, pas médecins, chimistes ou pharmaciens. Patricia, IDEL partage cet avis : Pour prescrire, il faut avoir des connaissances plus importantes des pathologies et des traitements que celles que nous avons. En revanche, lorsque nous faisons une prise de sang ou des injections, on a besoin d'antiseptiques et c'est toujours nous  qui fournissons. On pourrait prescrire pour faciliter l'accès aux soins de nos patients. Patrick Chamboredon précise le cadre de la réexamination concernant le champ du droit de prescriptions des infirmiers : On parle ici de renouvellements de prescription sur des patients qui sont vus uniquement par des infirmiers comme lors des ajustements d'INR (test de la coagulation du sang). On parle de patients qui ne sont pas nécessairement vus par un médecin et qui ne vont pas voir un pharmacien non plus. Effectivement, nous ne sommes pas chimistes. Nous n'avons pas une formation qui permet de développer de la prescription multifactorielle.

En Ehpad, on est à la fois infirmière, médecin, secrétaire

Pleine reconnaissance de l'expertise infirmière : une attente partagée

L'élargissement du domaine de compétences des infirmiers et le renforcement de la qualité des soins délivrés, étaient également au coeur du débat : Il serait temps de remettre sur le tapis certains soins que nous faisons et qui ne sont pas reconnus par la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie). La prévention par les pauses de bandes à varices par exemple ou encore les soins suite à des cataractes qui nécessitent une instillation de collyre chez un patient âgé, tremblant ou parkinsonien. Dans ces cas là, on nous dit qu'un voisin peut le faire ! Merci de penser à la prévention que nous faisons tous les jours, sans demander rien à personne, s'indigne Muriel, infirmière libérale.

Dans l'amphithéâtre, la parole continue de circuler. Il est toujours question de reconnaissance. Celle des statuts et de la création d'un environnement favorable à la pleine reconnaissance de l'expertise infirmière : En Ehpad, on est à la fois infirmière, médecin, secrétaire. On s'occupe des repas, des aides-soignants, des ASH. On reste plus que l'heure autorisé, sans être payé et on est blâmé parce qu'on ne rentre pas dans toutes les cases, tous les soins effectués. On ne peut pas être au four et au moulin, s'insurge une infirmière qui travaille pour un grand groupe dont elle tait le nom. Valérie, cadre de santé, voit quant à elle, une avancée considérable dans l'universitarisation de la profession : Certains pourront avoir un doctorat en sciences infirmières. Plus besoin d'aller se former au Canada ! Marie, infirmière de bloc opératoire (Ibode) espère que l'universitarisation permettra aux infirmiers de s'investir dans la Recherche : Nous sommes une profession qui écrit peu, une profession qui recherche peu. La Recherche, c'est fastidieux, il faut être motivé mais c'est tellement épanouissant. On ne peut pas faire reconnaître notre expertise sans écrire et prouver nos connaissances, nos compétences et nos actions au quotidien. Il faut proposer des solutions concrètes aux infirmiers qui se lancent dans la Recherche. On a tous un projet de recherche au fond de nous-même et il faut absolument que l'on puisse aller au bout. Il n'y a que comme ça que l'on pourra faire reconnaître notre profession, notre science, celle des soins infirmiers. L'aide à la Recherche semble pour l'instant compromise : L'Ordre n'a pas les moyens de soutenir la Recherche et Bercy (Ministère de l'Economie et des Finances) ne veut pas accorder de fonds, regrette Patrick Chamboredon.

Prévention et éducation à la santé : les fondamentaux

Les infirmiers sont des acteurs clés dans la prévention et l'éducation à la santé. C'est sur ce thème que la Grande consultation à Pessac, s'est achevée. Pour Juliette, infirmière Asalée, il est urgent de développer la compétence en autosoin : Il faut investir ce champ. Le diagnostic, c'est médical, la prescription est pour l'instant aussi principalement médicale mais être capable de développer chez une personne, les qualités et compétences nécessaires pour prendre soin de sa propre pathologie, cela relève des infirmiers. Un patient diabétique est capable de soigner son diabète. Ni le médecin ni l'infirmier ni aucun auxiliaire de vie ne sera à ses côtés au quotidien 24h/24. La seule personne capable de développer l'autosoin chez le patient, c'est l'infirmier.

En conclusion des échanges, Claire, une infirmière à la retraite souligne l'importance de la sémantique pour une meilleure reconnaissance de la profession : Le simple fait que l'expression 'auxiliaire médical' existe toujours dans le Code de la santé montre bien que nous ne sommes pas au niveau des professionnels de santé. Il y a des mots qu'il faut éliminer de notre vocabulaire ! A l'issue des échanges, les participants ont répondu à un sondage : 88% affirme avoir déjà adapté de leur propre chef la posologie de traitement, 82% dit avoir déjà administré un médicament sans prescription médicale. Ils sont 80 % à avoir  été amené à refuser un soin en l'absence de prescription médicale et 85% à répondre oui à la question : Je ne me sens pas assez considéré dans mon métier.

On est la cheville ouvrière du système de santé. Je m'engage à porter haut et fort tout ce qui a été dit aujourd'hui afin que notre cadre évolue, a martelé Patrick Chamboredon, en conclusion de cette quatrième grande Grande consultation.

L’intégralité du débat est à retrouver sur la page Facebook de l’ONI

Comment participer à la "Grande consultation infirmière ?"

L’inscription à l’un des quinze forums en régions et en Outre-mer (Lille, Caen, Paris, Nancy, Basse-terre, Rennes, Orléans, Dijon Nantes, Lyon, Bordeaux, Saint-Denis, Montpellier, Marseille, Toulouse) s’effectue sur le site dédié. Il est aussi possible d’apport sa contribution ou de livrer son témoignage en ligne. La Grande consultation prendra fin courant 2019. A son issue, l’ONI rédigera un livre blanc qui permettra de mieux faire connaître la contribution réelle de la profession infirmière dans le système de santé. Le livre blanc devrait paraître à l’automne prochain.

Creative Commons License

Journaliste infirmiers.com ines.kheireddine@infirmiers.com  @Ineskheireddine

Retour au sommaire du dossier ONI

Commentaires (0)