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« 15 mains soignées par jour à l’île de la Réunion »

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Plaies et cicatrisation

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La cicatrisation est un processus complexe de réparation tissulaire actif en plusieurs étapes. Le programme scientifique de la « Journée des soins de plaies », organisée le le 4 décembre 2018, à La Réunion par Trilogie Santé en partenariat avec Suite de Soins, était riche en contenus. Les orateurs ont exposé leur expertise dans leur domaine respectif. Voici les points essentiels à retenir.

processus de réparation tissulaire

Depuis janvier 2018, l’île de la Réunion dispose d’un service chirurgical « SOS Main ». Attaques de requin, accidents de la vie courante, jardinage intensif… autant de causes qui nécessitent une prise en charge spécifique.

Pour le Dr Sophie Osdoit, dermatologue, la démarche diagnostique devant un ulcère de jambe doit être rigoureuse et repose sur un interrogatoire et un examen clinique complet. Et de rappeler que les causes vasculaires sont les plus fréquentes : ulcère veineux, artériel ou mixte, angiodermite nécrotique. De fait, les soins locaux doivent être adaptés au type d’ulcère et au stade de cicatrisation. Pas de détersion d’un ulcère artériel, pas d’utilisation d’antiseptiques ou d‘antibiotiques locaux, nécessité du port de la contention veineuse dans les ulcères veineux et indispensable connaissance des différents types de pansements. Concernant les escarres et leur prise en charge, la praticienne a souligné que qu'elle repose avant tout sur une mise en décharge et une évaluation multidisciplinaire de son stade d'avancée. Un contact osseux doit être recherché systématiquement devant une escarre stade 4. Quant aux ulcérations de causes rares, elles doivent être évoquées devant un terrain, un aspect, ou une localisation atypique d’ulcères. Les causes sont variées : vascularites (chercher un purpura), connectivités, hémopathies, pyoderma gangrenosum, calciphylaxie, causes iatrogènes, plaies cancéreuses… Pour Sophie Osdoit, il faut savoir les évoquer pour éviter les erreurs de prise en charge.

Les plaies chez l'enfant

La prise en charge des cicatrices et des plaies chez l’enfant a ensuite été abordé par le Dr Fernanda Frade, chirurgienne pédiatrique. L’évolution des cicatrices chez l'enfant est variable selon l’âge. L’absence de comorbidités permet de favoriser le plus souvent des conditions optimales de cicatrisation. La cicatrisation embryonnaire permet une cicatrisation sans cicatrice grâce à l’absence de phase inflammatoire. L’hypertrophie reste fréquente à partir de 2 ans et jusqu’à l’adolescence. Certaines complications spécifiques doivent être prévenues au moment de la prise en charge initiale comme les brides ou les cicatrices alopéciques. Quoi qu'il en soit, le suivi est nécessaire tout au long de la croissance. La prise en charge des cicatrices pédiatriques accorde donc une place importante à la prévention avec l'utilisation de traitements complémentaires disponibles et ce, dès la prise en charge initiale de la plaie (cicatrisation en position d’extension maximale, orthèse de posture, massage, compression, hydratation, protection solaire, thermalisme…).

Chirurgie des escarres

Le Dr Sarah Bekkar, chirurgienne digestif, a détaillé la prise en charge chirurgicale des escarres  dans le contexte réunionnais. Elle associe excision et couverture par lambeau, le plus souvent en un seul temps opératoire. Les différents lambeaux utilisés sont classiques pour les cas simples. Les soins péri-opératoires sont primordiaux : la gestion de la bactériologie et des antibiotiques, des supports, l'absence de station assise pendant les 45 jours post-opératoires. Malheureusement, pour la praticienne, cette chirurgie est ingrate, difficile, peu valorisante et donc pratiquement plus enseignée. Et de rajouter que le marasme de la prise en charge de l'escarre chirurgicale n'est pas prêt de s'améliorer. Cette chirurgie, exigeante, demande une connaissance des techniques de chirurgie plastique de résection osseuse et des notions précises en bactériologie. Elle ne peut donc que se pratiquer en dehors d'unité spécialisée multidisciplinaire.  

Les chirurgiens de la main à l’œuvre

De son côté, le Dr Farouk Dargai, chirurgien orthopédique et traumatologique, a abordé la spécificité d'un « SOS Main » sur l'île de la Réunion et la prise en charge des lésions graves des membres par attaques de requin. Il a rappelé qu’il y a, en France, 1 500 000 cas/an de lésions de la main dont 620 000 avec un risque important de séquelles. La prise en charge initiale insuffisante de ces lésions peut multiplier par 3 la durée d’arrêt du travail et par 2,7 la durée d’inaptitude, d’où l'intérêt d’une prise en charge dans un centre spécialisé. La Réunion était l’un des rares départements français (843 617 habitants au recensement 2015) qui n’avait pas de service labélisé « SOS main », mais ce n'est plus le cas depuis janvier 2018. A la Réunion, il existe essentiellement une industrie agroalimentaire où se concentre 35% de la main d’œuvre (notamment la canne à sucre). Par ailleurs 63 % des produits réalisé par des entreprises locales sont des produits manufacturés. Il y a ainsi moins d'accidents graves industriels d'autant plus que la Réunion est un des départements français où la prévention des accidents du travail est la plus performante.

Le Dr Dargai a souligné des statistiques édifiantes. On recense sur l'ile 40 000 accidents de la vie courante par an et 15 mains soignés par jour. En effet, le jardin réunionnais est une véritable institution qui occasionne beaucoup de blessures de la main. Cela peut aller de blessures par chute d'arbre fruitier, aux lésions par corps étranger végétaux (bambou, bougainvilliers, épine du Christ, palmiste rouge...). Certaines plaies de main sont traitées de façon traditionnelle avec des produits locaux (safran, curcuma...) et ne viennent pas forcement en milieu hospitalier ou alors tardivement. Par ailleurs, ces dernières années, l'île de la Réunion a été confronté a une recrudescence des attaques de requins. Entre le 1er janvier 2000 et le 30 septembre 2016, il y a eu 25 attaques de requins occasionnant trois  lésions graves du bras, 6 lésions de l'avant-bras et 4 lésions de la main a rappelé le chirurgien. Enfin on retrouve aussi beaucoup de lésions de la main occasionnés par des blessures par sabres ou en rapport avec la traumatologie du sport comme les sports de combat. Dans le cadre de la traumatologie routière, ce sont essentiellement des lésions de la main chez les motards (pas de port de gants) mais peu de main ou de coude de portière.

Sans oublier le rôle de la nutrition

Enfin, la nutrition joue un rôle primordial dans la cicatrisation. Ce rôle a été abordé par Sabine Rege, infirmière libérale. En effet, le processus de cicatrisation physiologique est destiné à protéger et réparer l’organisme. Il devra pour cela synthétiser différentes cellules immunitaires et de prolifération pour restaurer l’intégrité de la barrière cutanée. L’infirmière l’a rappelé, les macro et micronutriments, vitamines et oligo-éléments adéquates pourvoient aux différentes fonctions de synthèse protéique et fournissent l’énergie nécessaire à toutes ces réactions. En cas de dénutrition, ces différentes fonctions seront altérées, ce qui pourrait occasionner des retards de cicatrisation voire un hypercatabolisme qui affaiblirait l’état général du patient car les besoins nutritionnels sont augmentés en cas d’agression. Une nutrition adéquate et des soins locaux adaptés optimisent la cicatrisation des plaies.

Dr Radwan KASSIR (MD,PhD)Chef du service de la chirurgie digestiveCHU de St Denis- La RéunionPrésident de la journée des soins de plaies
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Le soin des plaies et le phénomène de cicatrisation - Une prise en charge de plus en plus complexe

Cette thématique sera déployée durant l’année 2019 par Trilogie Santé en partenariat avec Suite de Soins, le 11 octobre à Grenoble, le 15 octobre à Metz et le 5 décembre à l’île de la Réunion

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