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Quid de l'acquisition de l'expertise infirmière en soins de plaies

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Plaies et cicatrisation

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La formation des infirmiers en plaies et cicatrisation, revisitée par une évaluation des pratiques professionnelles, a fait ses preuves au CHU de Montpellier. Un travail qui peut constituer un point d’ancrage et avoir une portée plus exploitable pour toutes les personnes exerçant sur des missions dites transversales. Explications.

Mur pansement

Sortant d’une pratique de formation traditionnelle, ce dispositif propose un cycle où formation et suivi post-formation constituent un système indissociable, basé sur le principe d’une collaboration effective au sein du collectif.

La prévalence des plaies chroniques est en constante progression dans la population française. Au CHU de Montpellier, c’est une réelle problématique transversale par le nombre de services concernés. Depuis une dizaine d’année, le dispositif de formation de l’établissement s’articule autour de deux stratégies complémentaires : la diffusion des savoirs réalisée de manière collective (formation initiale et formation continue) et un accompagnement individualisé sur le terrain. Ainsi, deux infirmières consultantes « Plaies et Cicatrisation » sont détachées par la Direction des soins pour constituer une équipe mobile répondant aux appels des équipes soignantes. Parallèlement, dans le catalogue de  formation continue de l’établissement, trois propositions de formations sont accessibles aux infirmiers.

Un parcours de formation en trois niveaux progressifs

Malgré cela, les infirmières de l’équipe mobile observent trop souvent un défaut de prise en charge des plaies au regard des protocoles disponibles. Ce contexte les a conduits à s’engager dans une démarche d’Evaluation des Pratiques Professionnelles (EPP) des personnels formés. En 2014, elles décident donc de questionner toutes les personnes ayant suivi les formations durant les cinq années précédentes. Les résultats de leur enquête confirment leur constat, mettant en exergue la nécessité de mieux accompagner ces personnes ressources. La révision du système s’impose.

Après une analyse et une réflexion approfondie, le nouvel dispositif sera mis en place en 2015. Il offre une diversité de formes d’interventions et de modes d’organisation pour s’adapter aux contraintes institutionnelles. Dorénavant, la formation en plaies et cicatrisation est organisée suivant un parcours en trois niveaux progressifs :

  • le premier (une journée) cible tous les personnels du CHU qui souhaitent actualiser les savoirs de base ;
  • le second niveau est accessible sur dossier avec pour pré-requis d'avoir suivi le premier niveau. Il a pour objectif de projeter le participant dans un rôle de « correspondant plaies et cicatrisation ». Les trois premiers jours consistent à renforcer leurs connaissances sur les caractéristiques cliniques des pathologies concernées. Ensuite les personnes doivent suivre une séquence de formation sur « zone » par la tenue d’une consultation avec  l’infirmière de l’équipe mobile qui fera l’objet d’une séquence filmée. Ce film est alors visionné par les acteurs dans les jours qui suivent pour poser ensemble une première analyse réflexive de leur propre activité (autoconfrontation). Quelques mois après,  une quatrième journée de formation collective est organisée. La cible, à ce moment-là, reste l’analyse collective de l’activité des infirmiers formés. Le groupe  va échanger à partir de situations filmées qui seront choisies parmi les différentes situations pour l’intérêt de leur transposition didactique (autoconfrontation croisée). Le but  est d’analyser les activités : de discuter, de proposer, d’argumenter, de remettre en cause, et d’aborder les différentes manières de faire. Cette formation est co-organisée par le CHU et le Réseau Ville Hôpital Cicat LR  ;
  • le troisième niveau correspond au Diplôme Universitaire Plaies et Cicatrisation (D.U P§C), organisé par la faculté de médecine de Montpellier/Nîmes. Là aussi, seuls les infirmiers correspondants y ont accès. Une fois diplômés, ils sont nommés « référent plaies et cicatrisation » et deviennent membres de droit de la Commission plaies et cicatrisation du CHU. Ils sont engagés à suivre quatre réunions par an d’échanges avec l’équipe mobile pour analyse de situations. Pour ceux qui le souhaitent, possibilité leur est donnée de devenir formateur. Enfin, une fois par an, une journée d’actualisation est réservée à l’ensemble du groupe.

Un niveau de connaissance amélioré et la motivation des acteurs plus important

Sortant d’une pratique de formation traditionnelle, ce dispositif propose un cycle où formation et suivi post-formation constituent un système indissociable, basé sur le principe d’une collaboration effective au sein du collectif.  La mesure de son impact a fait l’objet d’une deuxième enquête de pratique en 2017. Les résultats sont encourageants. On retient notamment un niveau de connaissance amélioré et la motivation des acteurs plus importante. Les personnes sont plus sollicitées dans leur unité. Toutefois, les compétences des  infirmiers référents, faute de temps, sont très peu mutualisées au sein des pôles. Tous déclarent que leur mission a été facilitée par l’accès à ce nouveau dispositif de formation et par le soutien de l’équipe mobile. Reste qu’à ce stade, même si ces quelques indices marquent une amélioration des compétences des infirmiers formés, les transformations doivent s’inscrire dans le temps. Et c’est bien là le défi majeur !

Pour nous, en tant qu’infirmières consultantes et formatrices en plaies et cicatrisation, cette démarche enrichit notre expérience. Elle nous permet d’approfondir la densité de notre rôle qui va bien au-delà de la gestion des plaies complexes… Nous pensons que ce travail peut s’avérer un point d’ancrage et avoir une portée plus exploitable pour toutes les personnes exerçant sur des missions dites transversales. En effet, nous sommes convaincus que la gestion « d’experts infirmiers » en transversal constitue une piste réelle de réflexion pour adapter le mode d’organisation de transferts des savoirs dans un monde en perpétuel mouvement.


Sylvie PALMIER Unité « Plaies mobiles »  IDE consultante et formatrice Direction des soins Hôpital Saint-Eloi, CHU Montpelliers-palmier@chu-montpellier.fr

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