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Elections 2017 : les propositions santé de Marine Le Pen

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Présidentielles

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La présidente du Front National, Marine Le Pen, a fait le 9 décembre 2016, dans le cadre d'une "convention thématique", ses premières propositions sur la santé, et a estimé que "la santé et la protection sociale doivent être des priorités politiques, régaliennes, nationales".

Marine Le Pen et Floriant Philippot en meeting

Le collectif des usagers de la santé a remis ses « 50 propositions » à Marine Le Pen.

Dans un discours clôturant cette convention thématique "Marine 2017" sur le thème "Santé: protéger les Français", Marine Le Pen a d'abord dressé le constat que l'hôpital public est au bord de la faillite. La dette des hôpitaux a triplé en 10 ans, souvent par le biais d'emprunts toxiques. Les soignants sont soumis à des conditions de travail déplorables et plus un mois ne se passe sans qu'un journal local ne rapporte le suicide d'un soignant hospitalier, a-t-elle notamment ajouté. Evoquant le plan d'économies de la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, elle a jugé : Autant dire que le ministère achève le malade.

La médecine de ville, quant à elle, attire de moins en moins les jeunes médecins, en raison de charges financières et administratives croissantes et d'une augmentation du coût de la vie plus rapide que les tarifs conventionnés, a-t-elle ensuite estimé. Et côté patients, l'accès aux soins s'est détérioré depuis la crise de 2008 et les inégalités de santé ne cessent de se creuser, a-t-elle affirmé.

Mettant dos à dos "l'UMP" et le PS sur leur gestion du système de santé lors de "ces dernières décennies", Marine Le Pen a jugé très sévèrement le projet présidentiel de François Fillon en matière de santéJ'en ai la nausée et j'espère que celle-ci passera vite parce qu'il semble que les troubles digestifs fassent partie du petit risque que l'assurance maladie ne devra pas avoir à prendre en charge, a-t-elle ironisé. Le Dr Fillon prescrit donc un modèle ultralibéral à l'américaine, où les riches auront les moyens de se soigner correctement, où les pauvres bénéficieront de soins de piètre qualité en dernier recours, et où les familles et les classes moyennes seront, une fois de plus, les grandes sacrifiées, a-t-elle insisté.

Ne pas réduire la prise en charge de l'assurance maladie

La présidente du Front National a ensuite égrené ses propositions.

Ma première proposition est d'abord un engagement de fond. Il s'agit de garantir à chaque Français un accès aux soins optimal grâce à un système de sécurité sociale qui respecte le principe fondamental de la solidarité nationale, a-t-elle assuré. Ainsi, je m'engage à ne pas réduire la prise en charge des soins par l'assurance maladie et je m'oppose fermement à la privatisation des dépenses de soins, a-t-elle ajouté. Elle a ensuite prôné une santé qui écoute les professionnels, les médecins, ses infirmiers, ses pharmaciens. Et ceux qui voudront détruire, privatiser notre système de sécurité sociale me trouveront sur leur chemin.

L'un des problèmes majeursétant la difficulté de l'accès aux soins, il apparaît capital à la présidente du FN de recruter plus de médecinset de relever le numerus clausus de manière à pouvoir tenir compte de la réalité du terrain. De plus, pour sensibiliser les jeunes médecins à la question des déserts médicaux, elle a proposé d'instaurer un stage d'internat dans une zone désertifiée. Il est crucial de redonner le goût de l'exercice libéral, a-t-elle insisté.

Sans surprise, Marine Le Pen s'est également attaquée à l'aide médicale d'Etat (AME), dont le budget prévisionnel pour 2017 s'élève à 815 millions d'euros, mais dont le coût réel peut être raisonnablement estimé à 1,3 milliard d'euros pour l'année à venir, dont moins d'un dixième pour des soins urgents. Afin d'éviter le dévoiement de ce système et pour enrayer le tourisme médical, elle a répété qu'elle voulait supprimer l'AME et a proposé de la remplacer par une aide restreinte exclusivement réservée aux soins d'urgence vitale et aux maladies graves contagieuse.

Elle a annoncé qu'elle ferait de la lutte contre la fraude une priorité, qu'elle combattrait les arrêts maladie de complaisance, qu'elle instaurerait une nouvelle carte Vitale biométrique combinée à la carte d'identité et qu'elle mettrait en place la vente des médicaments à l'unité.

La candidate du FN a estimé que les ingénieurs et les entreprises innovantes devaient être mis à contribution, avec des dispositifs de santé connectés, des instruments de téléassistante et télésurveilance.

Le prix des médicaments innovants doit également être jugulé, a-t-elle ensuite jugé, et le 'généricage' des molécules doit être accéléré et facilité. Un fonds d'investissement pour l'innovation en santé sera créé en partenariat avec la Bpi, et les subventions aux start-up innovantes seront, là, conditionnées à un engagement pour l'entreprise de rester sur le sol français et de ne pas revendre les technologies à une entreprise étrangère pendant 10 ans. Elle a estimé que les financements de la recherche, en particulier biomédicale, devaient être réévalués à la hausse.

La santé et la protection sociale doivent être des priorités politiques, régaliennes, nationales, qui ne doivent en aucun cas être déléguées à des structures privées à but lucratif. Alors que vive la sécurité sociale, vive la République et vive la France!, a-t-elle conclu.

Des propositions du collectif seniors en janvier

Juste avant de prononcer son discours, Marine Le Pen s'est vue remettre "50 propositions" élaborées par le collectif des usagers de la santé, créé en mai. Un autre collectif, baptisé "collectif séniors", créé le 20 octobre et emmenée par Jocelyne Montesi, adjointe au maire FN de Fréjus (Var), a promis à la présidente du FN de lui rendre des propositions "en janvier [2017]". Ce collectif revendique deux antennes départementales et "10 autres en création".

Lors de cette convention thématique, trois tables rondes ont été organisées sur les thèmes de l'accès aux soins, les conditions d'exercice des professionnels et le vieillissement.

Au cours de la première table ronde menée par le Dr Pierre Delacroix, médecin anesthésiste à l'Hôpital privé Jean-Mermoz de Lyon, Christian Grenier, président de la chambre syndicale des groupements et enseignes de pharmacies Federgy, s'est notamment alarmé de la fermeture de nombreuses pharmacies d'officine, de la baisse des marges, et a estimé nécessaire d'évoluer vers les services et de développer l'interprofessionnalité, notamment le travail avec les médecins.

De son côté, Muriel Fiol, médecin généraliste, a notamment dénoncé la non reconnaissance tarifaire et la non reconnaissance du temps administratif qui empêche de faire son métier. En matière de sécurité, elle a réclamé un plan de protection pour tous les cabinets médicaux, évoquant "un bouton d'alerte relié à la police".

Pouvoir médical vs pouvoir administratif

Au cours de la deuxième table ronde, le chirurgien Franck Boutault (CHU de Toulouse) a dénoncé les mauvais principes de faire des économies à tout prix et de diriger les hôpitaux depuis le central, le ministère. Il a prôné une gestion décentralisée de ces établissements, même s'il n'est pas question de les laisser en autonomie et estimé nécessaire de sanctuariser les budgets pour la structure et l'investissement, et de renforcer les budgets de formation.

Claude Maucuit, présenté comme représentant les usagers, a insisté sur la prise en charge du handicap psychique et l'accessibilité à la ville, à la santé, aux transports…. Il a invité à lire les travaux de l'Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei).

Le Dr Erick Gaston, chirurgien libéral, a dénoncé la baisse inique des tarifs hospitaliers des cliniques et réclamé que soient définies des règles de financement identiques pour le public et le privé.

Nicole Hugon, infirmière libérale, a évoqué le sous-effectif à l'hôpital et donc, la pénibilité du travail des paramédicaux, et dans le secteur libéral, une nomenclature obsolète et la chasse aux sorcières de l'assurance maladie. Le malaise est important, a-t-elle jugé. Il faut que le pouvoir médical prenne le dessus par rapport au pouvoir administratif.

La dernière table ronde sur le thème permettre aux seniors de vieillir dans la dignité, organisée par le collectif senior, a notamment été l'occasion d'aborder les difficiles conditions de travail en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), relatées par Arnaud Frages, infirmier en Ehpad, et le prix des maisons de retraite.

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