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Hamon/Valls : quelles différences sur la santé ?

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Présidentielles

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Au lendemain de la première primaire de la gauche, voici un résumé des programmes "santé" de Benoît Hamon et Manuel Valls, les deux candidats en lice pour le second tour qui se déroulera dimanche 29 janvier 2017.

urne vote

Deux hommes, deux représentants de la gauche, deux programmes... un seul vote dimanche 29 janvier 2017... 

Selon les résultats provisoires diffusés dimanche soir à l'issue du premier tour de la primaire de la gauche, Benoît Hamon recueillait 36,35% des voix, tandis que l'ancien premier ministre en récoltait 31,11%. Avec 17,52% des suffrages, Arnaud Montebourg est éliminé, tout comme Vincent Peillon (6,85%), l'écologiste François de Rugy (3,88%), la radicale de gauche Sylvia Pinel (1,97%), et Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate, 1,01%).

Pour établir le résumé des programmes "santé" des deux finalistes, APMnews s'est fondée sur les programmes écrits des candidats, ainsi que sur leurs déclarations, notamment lors de conférences de presse, des interventions dans les médias, des déplacements et des trois débats télévisés.

Benoît Hamon veut créer "un revenu universel d'existence"

Benoît Hamon a organisé, en novembre 2016, une journée de déplacements sur le thème de la santé, au cours de laquelle il a indiqué vouloir mettre les questions de prévention au coeur de son programme. Il a proposé notamment de rembourser le sport pour prévenir les maladies chroniques. Il a ensuite publié, mi-décembre 2016, un document de six pages présentant ses propositions sur la santé, dans lequel il met également la prévention en avant. Il estime notamment que l'Etat doit informer le citoyen, lui donner accès à l'éducation et à la santé et limiter l'influence des lobbies qui agissent en sens contraire. Pour réduire la consommation de tabac, le candidat socialiste préconise un renforcement des contrôles de l'interdiction de vente aux mineurs des cigarettes, et appelle à une généralisation de la vappe.

Le vainqueur du premier tour de la primaire de la gauche souhaite aussi réaffirmer l'accès au médecin comme service indispensable à l'ensemble de la population et propose la création d'une mission nationale d'accès aux soins (Minas), pour, notamment, faciliter l'installation des médecins dans les zones en demande. Il préconise aussi un conventionnement conditionnel des médecins, système où les médecins ne seraient pas conventionnés en cas d'installation en zone surdotée. Pour remédier à la souffrance des médecins libéraux, il recommande d'augmenter l'exercice collectif au sein des maisons de soins pluridisciplinaires et des centres de santé, et de créer un médecin généraliste ville-hôpital. Pour lutter contre la désertification, il propose de lier le médecin à un hôpital ou un groupement hospitalier de territoire (GHT), soit par une convention, soit par un contrat de travail.

Benoît Hamon propose une série de mesures pour garantir un environnement plus sain (interdiction des pesticides dangereux, lutte contre les perturbateurs endocriniens, programmation de la fin du diesel...), des mesures qu'il a d'ailleurs évoquées dimanche soir, lors de son discours suite à l'annonce des résultats. Par ailleurs, il souhaite moderniser, simplifier et améliorer la transparence de l'évaluation et la fixation du prix des médicaments. Il a aussi fait part de sa volonté de recourir à des licences d'office pour faire baisser le coût des médicaments innovants.

Le candidat à la présidence de la République veut également soutenir les hôpitaux en danger. Il propose d'améliorer les conditions de travail et de diminuer la souffrance au travail des personnels. Il promet notamment de revaloriser les rémunérations peu attractives et de revoir l'organisation du temps de travail pour lutter contre les heures supplémentaires non rémunérées. Il est l'un des seuls candidats à avoir abordé le thème de la psychiatrie. Il a jugé nécessaire de concentrer l'effort budgétaire et l'effort de santé publique sur ce champ.

En matière de financement, il propose de remettre l'assurance maladie au coeur du financement de certains soins aujourd'hui négligés, notamment les soins dentaires et préconise de sécuriser les financements de la sécurité sociale, en mettant fin aux politiques d'allégements de cotisations sociales qui ne sont jamais intégralement compensés par l'Etat. Benoît Hamon s'est par ailleurs positionné en faveur d'un droit de mourir dans la dignité. Il défend également la légalisation du cannabis et l'encadrement de sa distribution. Il avait indiqué à APMnews lors d'un déplacement, début novembre 2016, qu'il était favorable à l'assistance médicale à la procréation (AMP) pour les personnes de même sexe, mais opposé à la gestation pour autrui (GPA). Sur la contraception et l'avortement, il souhaite aussi rouvrir des centres d'accueil du Planning familial dans toute la France pour donner à chaque femme le droit effectif de s'informer et de disposer de son corps.

Enfin, la mesure phare du programme de Benoît Hamon est la création d'un revenu universel d'existence, avec, dans un premier temps, une augmentation du revenu de solidarité active (RSA) de 10% à 600 euros en 2017, versé à tous les ayants droits et tous les jeunes de 18 à 25 ans, puis une extension à toute la population, avec un montant de 750 euros à terme.

Manuel Valls défend une "protection sociale continue"

Dans son programme dévoilé début janvier, l'ancien premier ministre, Manuel Valls, formule des propositions contre les franchises, contre des soins moins bien pris en charge, contre la privatisation et pour un meilleur accès aux soins. Il veut en finir avec les dépassements d'honoraires en secteur 2 conventionné, en proposant une convergence tarifaire progressive vers un tarif unique et opposable. Il promet de poursuivre et d'intensifier la lutte contre les déserts médicaux. Il indique vouloir mettre en place un grand plan de la médecine de proximité, avec les soignants et les patients et former plus de médecins. Il entend supprimer le numerus clausus des études médicales.

Manuel Valls propose d'améliorer l'accès aux soins en remboursant un ensemble de soins de ville à 100%, c'est-à-dire sans ticket modérateur. Il s'agit de renforcer et faciliter l'accès aux soins primaires, d'accompagner plus encore le virage ambulatoire et de limiter au maximum l'hôpital aux cas les plus complexes, explique-t-il. Pour porter plus loin l'évolution des métiers et des modes de rémunération et répondre aux aspirations des professionnels, il compte poursuivre le travail de la grande conférence de santé de février 2016. Il souhaite faire de la qualité de vie au travail un des chantiers prioritaires de l'hôpital public. Il veut renforcer la prévention, source d'économies à long terme. Il compte faire de la santé environnementale une grande cause nationale et déployer les moyens nécessaires à une grande politique de santé publique.

Lors de la campagne, l'ancien premier ministre s'est montré prudent sur les questions de bioéthique. En matière de fin de vie, aller plus loin que la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, qui instaure un droit à une sédation profonde jusqu'au décès sous conditions, ne pourrait se faire qu'avec un large consensus, déclarait-il dans un entretien à La Croix paru le 5 janvier. Sur le recours à l'AMP pour les couples homosexuels, il souhaite prendre le temps de la réflexion. Il est opposé à la gestation pour autrui (GPA). Le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) doit plus que jamais être protégé, assure-t-il aussi. Lors de l'un des débats télévisés de la primaire, le 15 janvier, il s'est dit opposé à toute légalisation ou dépénalisation du cannabis.

Par ailleurs, Manuel Valls met l'accent sur les services publics. Insistant sur la petite enfance, il estime aussi qu'il faut donner la priorité à l'adaptation de notre société à la dépendance et au soutien aux aidants, notamment familiaux. Le candidat propose de mettre en place un revenu décent pour tous, issu de la fusion des minimas sociaux, qui serait attribué, sous conditions de ressources, à toute personne âgée de plus de 18 ans et résidant régulièrement sur le territoire national.

Concernant le cadrage budgétaire, il souhaite maintenir le déficit public en deçà de 3% mais ne juge pas nécessaire de chercher à le réduire à marche forcée pour revenir, dans le prochain quinquennat, à l'équilibre budgétaire. L'enjeu majeur aujourd'hui, ce n'est pas le déficit, c'est la croissance et l'emploi, considère-t-il.

Manuel Valls souhaite poursuivre la baisse des prélèvements obligatoires au bénéfice des ménages, ou encore inscrire dans la trajectoire de finances publiques une provision pour pouvoir faire face aux aléas budgétaires. Il défend une protection sociale continue, en proposant de bâtir un système insensible aux changements de statut parce qu'attaché à chaque individu et non à son statut. Il estime qu'il faut aligner la protection sociale des travailleurs indépendants sur celle des salariés.

Il estime que tout fonctionnaire allant dans le privé devra démissionner au bout de cinq ans. Il propose une facilitation de l'entrée dans la fonction publique des personnes ayant de l'expérience dans le privé. Il prône un lien entre l'évolution des carrières et la réussite ou l'échec des fonctions passées. Il plaide pour généraliser la notation des services publics par les usagers. Il formule plusieurs propositions pour les collectivités territoriales : la contractualisation avec l'Etat, une réforme de la fiscalité locale avec une loi de finances spécifiques, la mise en place d'un pouvoir réglementaire régional et un travail ambitieux de simplification.

Programme électoral de Benoît Hamon

Programme électoral de Manuel Valls

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