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3 candidats de gauche à la présidentielle dévoilent leur programme pour la santé

Les trois candidats de gauche Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel ont fait part de leurs propositions pour la santé, avec un intérêt particulier porté aux déserts médicaux, à l’hôpital public et aux sujets liés à la prise en charge de la dépendance. 

Former et recruter plus d'infirmiers font partie des ambitions des 3 candidats.

Sauvegarde de l’hôpital public, prise en charge de la dépendance, mais aussi politiques de santé publique et accompagnement des personnes fragiles… Dans le cadre de la présidentielle, Anne Hidalgo (Parti socialiste - PS), Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts - EELV) et Fabien Roussel (Parti communiste - PC) s’accordent sur un certain nombre de propositions pour la santé. Des propositions qu’ils ont pu détailler dans leur programme respectif et lors de leur passage dans le Grand Oral organisé par la Fédération Hospitalière de France (FHF)1, auquel ils étaient conviés.

Anne Hidalgo souhaite un "plan Marshall"

En octobre dernier, en amont de son déplacement de campagne au CH de Saint-Vallier (Drôme), Anne Hidalgo avait indiqué sur Twitter vouloir mettre en place un véritable plan Marshall pour l’hôpital public. En ligne de mire : une logique de gestion de l’hôpital semblable à celle appliquée aux entreprises, se fondant sur des critères étrangers à la santé, avec laquelle il s’agit de rompre pour remettre le financement du système dans les mains de l’État et répondre aux besoins et enjeux de santé locaux. Pour contrer l’hémorragie des soignants et mettre fin à la fermeture de lits dans les établissements, elle défend une politique de revalorisation des salaires et des carrières et s’engage à augmenter les capacités d’accueil des facultés de médecine afin de former jusqu’à 15 000 nouveaux médecins par an. S’y ajoute également la formation chaque année de 25 000 infirmières et aides-soignants et de 1 250 sage-femmes. Pour ces dernières, elle propose par ailleurs une sixième année de formation. Je pense qu’elles ont une place dans l’accompagnement des femmes au-delà de la maternité, a-t-elle affirmé lors de son passage au Grand Oral organisé par la FHF. Quant à la lutte contre les déserts médicaux, elle passe par la professionnalisation de la quatrième année d'internat, rémunérée à hauteur de 3 500 euros par mois, dans les zones sous-dotées ; elle évalue à 4 000 le nombre de professionnels qui pourraient ainsi être déployés chaque année.

Côté dépendance, autonomie et grand âge, la candidate PS se prononce pour l’individualisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH)2 et sur la revalorisation de 50% de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Dans l’optique de favoriser le maintien à domicile, il s’agit également de revaloriser les métiers et les carrières du secteur. Pour les EHPAD, elle promet de recruter 40 000 personnels supplémentaires et de déployer un grand plan de formation. C’est 1 milliard d’euros que nous devons consacrer à la dépendance, a-t-elle complété. Enfin, Anne Hidalgo propose de supprimer les Agences régionales de santé et d’instaurer une démocratie sanitaire en intégrant, dans les conseils d’administration des hôpitaux, acteurs de santé, représentants des usagers, élus locaux et citoyens.

Yannick Jadot et l’obligation d’installation

Sortir l’hôpital de sa logique de comptabilité d’entreprise, c’est aussi l’un des projets du candidat d’EELV. S’il est élu Président, il s’engage à promouvoir une loi de séparation des intérêts privés et des intérêts publics afin d’extirper les lobbies qui ont gangrené les politiques publiques via, notamment, le recours aux cabinets de conseil, et ainsi rendre à la puissance publique la main sur la santé. Une reprise en main qui passerait en premier lieu par la reprise de la dette des hôpitaux publics. Côté ressources humaines, il évoque la création de 10 000 lits supplémentaires en psychiatrie et le doublement de ceux spécialisés en soins palliatifs, le recrutement de 100 000 infirmiers et une augmentation de 10% du salaire de ces derniers pour s’aligner sur la moyenne européenne. Le budget et l’organisation de l’offre de soin, eux, seront fixés en fonction des besoins territoriaux, pour un pilotage assuré par des collectivités de santé, à l’échelle de bassins de vie allant de 50 000 à 150 000 habitants.

J’interdirais toute nouvelle autorisation d’EHPAD privé à but lucratif.

Le candidat EELV s’est également prononcé en faveur du conventionnement sélectif et l’obligation d’installation sur la dernière année d’internat et les deux premières années d’activité des médecins généralistes en zones sous-dotées. Dans le sillage du scandale Orpéa, Yannick Jadot s’est montré très critique envers le système des EPAHD privés. Nous savions qu’il existait un système de spéculation sur la perte d’autonomie. J’interdirais toute nouvelle autorisation d’EHPAD privé à but lucratif, a-t-il ainsi annoncé. Sur la perte d’autonomie, il souhaite par ailleurs imposer un ratio de 8 soignants pour 10 résidents, à l’instar de Valérie Pécresse. En termes de santé publique, Yannick Jadot préconise de constitutionnaliser le droit à l’IVG et d’en faciliter l’accès en permettant aux sage-femmes de réaliser des IVG chirurgicales, le tout accompagné d’un allongement de son délai de 14 semaines, et entend faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. A ce programme s’ajoutent la déconjugalisation de l’AAH, la légalisation du cannabis, ou encore la protection des enfants contre toutes les formes de pollution, en particulier lors des 1 000 premiers jours.

Fabien Roussel, pour un renforcement de la prise en charge de proximité

Remplacement de la T2A par un budget de fonctionnement et reprise de la dette des hôpitaux, renforcement des hôpitaux de proximité (attribution de services d’urgences, de maternités de niveau 1…), garantie, pour chaque bassin de vie, de disposer d’un établissement situé à moins de 30 minutes des domiciles des patients font également partie du programme de Fabien Roussel. Le candidat communiste parle aussi de recruter sur 3 ans 100 000 soignants dans toutes les catégories de métiers (infirmiers, aides-soignants, aides à domicile, auxiliaires de vie) et de titulariser l’ensemble des contractuels travaillant dans la fonction publique hospitalière afin, notamment, d’améliorer les conditions de travail. Il est nécessaire de reconstituer le travail en équipe. Nous avons besoin d’embaucher et il est urgent d’augmenter les salaires, a-t-il plaidé. Dans cette optique, il table entre autres sur l’élargissement de la validation des acquis, mais aussi sur un pré-recrutement sur 5 ans dès le baccalauréat et rémunéré tout au long de la formation, avec l’engagement pour les étudiants de travailler ensuite 10 ans dans le service public. Côté médecine de ville, il propose de supprimer les dépassements d’honoraires – sans préciser la perte qu’une telle mesure pourrait entraîner pour les médecins en comparaison du gain espéré pour les foyers – et de revenir à un secteur conventionnel unique, mais aussi de soutenir le développement des centres de santé.

Pour le secteur de la dépendance, il promet de créer un service public du grand âge, sous la tutelle duquel seraient placés les EHPAD privés, ainsi qu’un service national territorialisé de l’aide à l’autonomie. Objectif : garantir l’égalité d’accès à une prise en charge à domicile. L’Etat a besoin de fixer des règles claires pour que les Français se sentent protégés, a-t-il souligné, en réaction au scandale Orpéa. Il évoque le recrutement de 300 000 personnels dans les établissements, dont 100 000 en EHPAD public, en 3 ans et 100 000 aides à domicile et souhaite, à termes, parvenir au ratio d’un soignant par résident. Fabien Roussel, qui se dit favorable à la "Grande Sécu" défendue par Jean-Luc Mélenchon, promeut également la déconjugalisation de l’AAH, l’inscription dans la Constitution du droit à l’IVG, ainsi que la suppression des ARS, remplacées par des conseils territoriaux de santé, à l’échelle de bassins de population de 60 000 à 70 000 habitants et composés de professionnels de santé et des élus locaux.Organisé le jeudi 17 mars à Paris.

  1. Organisé le jeudi 17 mars à Paris.
  2. Une mesure qui, selon le ministère de la Santé, bénéficierait à 196 000 personnes, pour une moyenne de 300 euros supplémentaires par mois, et ferait 44 000 perdants.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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