INFOS ET ACTUALITES

MACRON - LE PEN: dernière confrontation sur la santé

Santé publique, attractivité de l’hôpital…, quelles sont les divergences qui existent entre les programmes de Marine Le Pen et Emmanuel Macron ? Pour vous éclairer, la rédaction Infirmiers.com a organisé une confrontation entre leurs conseillers santé. Extraits choisis en vidéo.

Patrick Barriot et François Braun ont répondu à nos questions santé. © Sebastien Toubon

Dimanche 24 avril, les citoyens français auront à déterminer qui, du président sortant Emmanuel Macron ou de la candidate du Rassemblement National Marine Le Pen, prendra les rênes de la France pour les 5 ans à venir. A quelques jours de ce deuxième tour, Infirmiers.com et les différentes rédactions du Groupe Profession Santé ont organisé un débat entre François Braun et Patrick Barriot, les conseillers santé de M. Macron et Mme Le Pen, afin qu’ils présentent les propositions de leurs candidats en matière de santé. Au programme des échanges : gestion de la pandémie de Covid-19, politique de prévention et de santé publique, attractivité de l’hôpital, lutte contre les déserts médicaux et interprofessionnalité. À noter qu’il est toujours possible de consulter les mesures phares des deux programmes au sein de notre comparateur.

•    Attractivité de l’hôpital

Comment sauver l’hôpital public, malmené par la pénurie croissante de soignants, et lui conférer une meilleure attractivité ? En augmentant les salaires des infirmiers de 10% pour les aligner sur la moyenne européenne (pour un budget de 2 milliards d’euros), répond en premier lieu la candidate du RN. Il faut un choc d’attractivité qui passe par la revalorisation salariale, tambourine Patrick Barriot. Nous étions à -20% par rapport à la moyenne de l’OCDE avant les mesures du Ségur ; nous sommes aujourd’hui à -10%. Une revalorisation de 10% est donc urgente et nécessaire. Mais la revalorisation doit également être intellectuelle, avec l’universitarisation de la profession. Dans son programme, Marine Le Pen prévoit aussi de fixer un plafond de 10% pour les postes administratifs dans les hôpitaux et d’instaurer une gouvernance partagée entre médecins et directeurs administratifs des établissements. À noter que Marine Le Pen espère réaliser des économies en supprimant l’Aide Médicale de l’État (AME), qui ne représentait en 2020 que 0,4% des dépenses de santé selon la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF), et en la remplaçant par une aide vitale d’urgence et en luttant contre la fraude aux prestations sociales.

Pour Emmanuel Macron, la solution passe notamment par un allègement du cadre réglementaire. Pendant la crise, on a vu des soignants qui n’avaient plus de contraintes administratives. Emmanuel Macron souhaite simplifier ce cadre pour que les soignants puissent se concentrer sur le soin, défend ainsi François Braun. Parallèlement, il est prévu de lancer l’après-Ségur et poursuivre les discussions sur l’augmentation des salaires, même s’il ne s’agit pas de la revendication qui revient en tête chez les professionnels de santé. Les gens partent parce qu’ils ne trouvent plus de sens dans leur travail du fait, entre autres, du temps passé aux tâches administratives. Donner plus de responsabilités aux paramédicaux, aux pharmaciens et sage-femmes figure également dans le programme du président sortant.

Voir la vidéo : Attractivité de l'hôpital

•    Délégation et transfert de tâches

Sur la délégation et le transfert de tâches, les deux conseillers en santé s’accordent pour dire qu’il est nécessaire de les renforcer. Comment ? En favorisant le dialogue entre les différentes professions, répond Patrick Barriot, qui se dit notamment favorable au plus large développement de la profession des infirmiers en pratique avancée et loue la pertinence des Équipes de soins coordonnées avec les patients (ESCAP), ces structures qui se construisent directement autour du patient et dont les Libéraux de santé appellent de leurs vœux la reconnaissance. Une vision que partage François Braun, qui estime que toutes les structures sont bonnes dès lors qu’elles améliorent la coopération entre professionnels, et ce autour du patient. Le dialogue doit se faire à l’échelle des territoires mais pas en silo et même débuter dès les études afin que les étudiants des différentes professions de santé apprennent à travailler ensemble le plus tôt possible.

Voir la vidéo : Délégation et transfert de tâches

« Les objectifs nationaux de santé publique doivent être déclinés au niveau territorial », Patrick Barriot

•    Santé publique et prévention

La santé, c’est l’un des trois axes prioritaires, avec l’école et la transition écologique, défini dans le programme d’Emmanuel Macron, rappelle François Braun. Et en termes de santé publique, le président sortant entend lutter contre les inégalités d’accès aux soins et d’accorder une importance égale à la prévention, le dépistage, le soin et le suivi. Les axes de prévention et de dépistage sont des axes forts du programme du président sortant. Nous voulons accompagner nos citoyens à tous les âges de leur vie, avec des check-up complets organisés aux âges clés (25, 40 et 60 ans). Afin que chaque professionnel soit acteur de la santé publique, il souhaite organiser, s’il est élu, une grande concertation avant la fin de l’année, qui réunirait les élus, les soignés et les soignants, relate son conseiller santé. Avec une orientation : repartir des territoires pour identifier leurs besoins et y répondre. Il s’agit de transformer complètement le système de santé, une mesure structurelle qui ne s’effectuera toutefois pas en 5 ans, mais en 10, voire en 15 ans, prévient François Braun. L’objectif étant de passer d’un système de soin concentré sur l’offre, donc concurrentiel, vers un système de santé qui doit être concentré sur la réponse aux besoins de santé de nos concitoyens.

Mme Le Pen table, de son côté, veut organiser un vrai Grenelle de la santé afin de lancer une vraie démocratie sanitaire incluant, là aussi, professionnels, usagers, élus et acteurs du médico-social. Les objectifs nationaux de santé publique doivent être déclinés au niveau territorial, et plus précisément au niveau infra-régional, c’est-à-dire à l’échelle des départements et des bassins de vie, et passent par l’évaluation des besoins, défend Patrick Barriot. Parallèlement, la candidate du RN souhaite se pencher sur le décret de compétences des infirmiers, dont la révision est en marche, et renforcer l’universitarisation de la formation. Le conseiller santé se dit notamment particulièrement favorable au plus large déploiement des infirmiers en pratique avancée. Enfin, Marine Le Pen a fait savoir sa volonté de faire passer, dès le début de son mandat, la loi Grand âge et Autonomie.

Voir la vidéo : Santé publique et prévention

« Une des volontés du programme d’Emmanuel Macron, c’est de réfléchir à la santé globale », François Braun

•    Lutte contre les déserts médicaux

Autre question brûlante : celle de la lutte contre les déserts médicaux, qui constitue une priorité pour les deux candidats. Selon la FNMF, 7,4 millions de personnes auraient en effet difficilement accès à un médecin généraliste. Sur ce sujet, il n’y a pas de solution miracle, mais un panel de solutions, résume François Braun. Pour Emmanuel Macron, deux d’entre elles consistent à favoriser l’exercice coordonné, en s’appuyant sur tous les professionnels, et à libérer du temps médical grâce au déploiement des assistants médicaux et des infirmiers salariés, une proposition qu’il a défendue dès la présentation de son programme en conférence de presse, le 17 mars dernier. Le programme de M. Macron mentionne également la nomination de pharmaciens ou infirmiers référents pour la réalisation d’actes simples (renouvellement d’ordonnance) ou le recours croissant à la télémédecine, solution également portée par Marine Le Pen. Elle, se dit opposée à toute mesure coercitive et mise sur des incitations financières fortes et sur l’aménagement des territoires pour en renforcer l’attractivité et convaincre les jeunes diplômés de s’y installer, énumère Patrick Barriot. Point commun avec le programme d’Emmanuel Macron : la nécessité de faciliter la réalisation de stages dans les zones en souffrance en accompagnant les étudiants.

Voir la vidéo : Lutte contre les déserts médicaux

L’enjeu : transformer le système de santé

La crise sanitaire a provoqué un véritable électrochoc et contribué à ce que les politiques prennent mieux conscience des difficultés du système de santé. Recrutement de professionnels, investissements, augmentation des salaires, réorganisation, prise en charge à domicile…, c’est tout un panel de considérations que les deux candidats doivent prendre en compte pour transformer le secteur. Au moment de la conclusion, François Braun rappelle que restreindre à 10% les postes d’administratifs dans les hôpitaux, c’est déjà le cas puisqu’on est à 10,5% et que la suppression de l’AME, en plus de heurter la conception des métiers du soin, entraîne un risque d’augmenter la mortalité chez les migrants mais aussi de voir se développer des maladies qui pourraient menacer le reste des concitoyens, en cas de non-vaccination par exemple. Une des volontés du programme d’Emmanuel Macron, c’est de réfléchir à la santé globale, qui doit aussi tenir compte de la transition écologique. Patrick Barriot préfère attaquer le bilan d’Emmanuel Macron et les promesses de 2017 non tenues : changement dans la gouvernance hospitalière, suppression de la T2A, instauration de la loi Grand âge. Marine Le Pen n’entend pas renverser la table mais souhaite détricoter les choses qui ne fonctionnent pas, au premier rang desquelles les Agences régionales de santé ou les Groupements Hospitaliers de Territoire. Avec le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et la menace de futures pandémies, les enjeux sont de taille. Verdict dimanche soir.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

Publicité

Commentaires (0)