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Un Grand oral pour remettre la santé au cœur du débat présidentiel

A moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, ils sont 6 à s’être présentés lors du Grand Oral organisé par la Fédération Hospitalière de France, en partenariat avec Sciences Po Lille. Avec un objectif : détailler leur projet pour la santé. 

Jean-Luc Mélanchon et Eric Zemmour ont décliné l'invitation de la FHF, les candidats restant n'ayant pas été conviés.

Qui dit "élections présidentielles" dit succession des grands oraux durant lesquels les candidats à la présidentielles sont invités à présenter leur programme. 6 d’entre eux ont répondu à l’invitation de la Fédération Hospitalière de France, le jeudi 17 mars. Anne Hidalgo (Parti Socialiste), Valérie Pécresse (Les Républicains), Yannick Jadot (Europe-Ecologie Les Verts), Marine Le Pen (Rassemblement National), Fabien Roussel (Parti Communiste), et Olivier Véran, qui représentait Emmanuel Macron, lui-même occupé par la présentation plus globale de son programme à la presse, se sont succédé devant un parterre de professionnels de santé. Le défi : 30 minutes chacun, pour présenter leurs propositions et répondre aux questions des soignants. Trois grands sujets se sont notamment détachés : l’état de l’hôpital public, la problématique des déserts médicaux et la prise en charge de la dépendance et de nos aînés.

L’hôpital au cœur des préoccupations

Les 5 candidats, moins Olivier Véran, se sont accordés sur un même constat : l’hôpital public, et le système de santé en général, est à bout de souffle, conséquence de politiques précédentes inadaptées. Avec, au premier rang des doléances, la mise en place de la T2A. Cette logique qui transforme l’hôpital en entreprise qui reprend les critères de l’entreprise privée pour mesurer la performance, je veux en sortir, a martelé Anne Hidalgo. Une vision qu’ont partagé Fabien Roussel, Marine Le Pen et, dans une moindre mesure, Yannick Jadot, qui souhaiterait la réserver à certains actes programmables. Pour les candidats de gauche, l’Etat doit reprendre la main sur le financement de la santé, la candidate PS préconisant de partir des besoins de la population pour en évaluer les besoins.S’y ajoute la nécessité d’augmenter les embauches (Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Emmanuel Macron) et d’améliorer les conditions de travail, notamment en revalorisant les salaires des infirmiers de 10%, une proposition portée par Marine Le Pen et Yannick Jadot, le but étant d’atteindre la norme européenne pour renforcer l’attractivité des métiers. En plus d’augmenter les salaires, il s’agit également de confier de nouvelles missions aux soignants de l’hôpital, a défendu de son côté Olivier Véran, qui a également précisé que le complément indiciaire de 183 euros serait accordé au secteur hospitalier privé. Corollaire de ces ambitions, la volonté de mettre fin à la fermeture des lits, avec la mise en place d’un moratoire chez Fabien Roussel, ou encore l’ouverture de 10 000 lits en psychiatrie sur 5 ans, pour Yannick Jadot.

Demeure enfin chez l’ensemble des candidats la volonté d’instaurer une véritable démocratie sanitaire, que réclament de leurs vœux les professionnels de santé : avec la création d’alliances de santé locales, réunissant professionnels de terrain, élus locaux et associations d’usagers chez Valérie Pécresse, en associant représentants des patients, pharmaciens, infirmiers, médecins… dans les concertations en santé placée sous la tutelle des préfets, pour Marine Le Pen, ou encore la mise en place pour des bassins de population de conseils territoriaux de santé composés de professionnels de santé et d’élus chargés d’identifier les besoins sur les territoires, proposée par Fabien Roussel. La démocratie sanitaire est une demande, il faut faire de la place aux patients, a estimé la candidate du RN.

Yannick Jadot est le seul à proposer « l’obligation d’installation sur les deux premières années d’études » des médecins

Haro sur les déserts médicaux

Chacun de s’emparer également d’une autre problématique prégnante dont souffre le système de santé : les déserts médicaux. Anne Hidalgo propose ainsi de professionnaliser la quatrième année d’internat des étudiants en médecine, rémunérée le double avec, en retour, une installation dans les zones sous-dotées. De son côté, Valérie Pécresse entend conserver le principe de liberté d’installation, mais souhaite que la dernière année d’étude s’effectue dans les territoires carencés. Marine Le Pen, elle, se dit favorable à l’application de mesures incitatives (allègement d’impôts par exemple) et inféode la problématique à celle, plus large, de l’aménagement du territoire (services publics, politiques de logement et transport…). Chez LREM, on est également favorable à une quatrième année effectuée en zones rurales, mais on table aussi sur le doublement du nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles sur le territoire et sur la généralisation des assistants médicaux pour libérer du temps de consultation. S’y ajoute l’expérimentation de l’accès direct pour certaines professions, dans la lignée de la primo-prescription pour les infirmiers de pratique avancée (IPA). Yannick Jadot est le seul à proposer l’obligation d’installation sur les deux premières années d’études des médecins sur une période transitoire, qu’il souhaite toutefois soutenir en se donnant les moyens d’accompagner les familles.

Et le financement dans tout ça ?
Pour financer leurs mesures, les candidats tablent sur différentes solutions. Valérie Pécresse envisage ainsi d’appliquer la réforme de la retraite à 65 ans et de supprimer 200 000 postes de fonctionnaires. Je suis la seule candidate qui fais deux fois plus d’économies que de dépenses, a-t-elle déclaré, évoquant 82 milliards d’économie contre 42 milliards de dépenses. Marine Le Pen, qui chiffre à 20 milliards son programme santé, parie sur la lutte contre les fraudes, qu’elle estime à 15 milliards d’euros, et veut réaliser des économies en mettant en place une politique restrictive d’immigration. Elle compte également mettre en place un fonds souverain, qui mobiliserait l’épargne des Français et qui financerait pour moitié son programme santé. Chez Fabien Roussel, on propose plutôt d’augmenter les cotisations sociales et employeurs et de mettre fin à l’exonération patronale, tandis que Yannick Jadot parle de faire évoluer les droits de succession. Les grandes fortunes échappent à l’impôt sur les droits de succession, a-t-il protesté, déclarant vouloir supprimer toute forme de dérogation. Anne Hidalgo, elle, n'a pas apporté plus de précision lors de son intervention.

Plus de professionnels dans les EHPAD

Enfin, dernier grand sujet, celui de la dépendance et de l’autonomie, cruellement remis à l’ordre du jour à la suite du scandale Orpéa. La candidate socialiste souhaite ainsi accompagner les métiers qui contribuent au maintien au domicile par leur revalorisation et par la formation et s’engage par ailleurs à recruter 40 000 professionnels dans les EHPAD. Renforcer le taux d’encadrement, c’est également le projet que portent Valérie Pécresse et Marine Le Pen, l’une souhaitant fixer un ratio de 8 soignants pour 10 résidents, l’autre évoquant la médicalisation des EHPAD grâce, notamment au recours à des IPA spécialisés en gériatrie (qui viendrait s’ajouter aux 5 autres mentions) et à des pharmaciens référents. Fabien Roussel et Yannick Jadot adoptent une posture plus radicale et ont promis de chasser le privé du secteur de la dépendance, le premier indiquant vouloir par ailleurs recruter 300 000 professionnels afin de parvenir au ratio d’un soignant pour un résident d’ici 3 ans. Enfin, Olivier Véran a évoqué la volonté d’augmenter de 10% les effectifs en EHPAD, assortie d’une augmentation des salaires, et de renforcer les liens entre le sanitaire et le médico-social. Un budget de 4,3 milliards d’euros supplémentaire serait consacré chaque année pour la dépendance.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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