C’est une décision qui pourrait faire vaciller «toute la cohérence de la politique de santé publique». Mardi 20 janvier, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) alertait sur un phénomène qui frappe plusieurs régions : une réduction significative des quotas d’entrée au sein des Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), avec des régions contraintes de revenir aux capacités de formation 2019. Hauts-de-France, Bretagne, Grand-Est étaient notamment concernées. Dans ces deux derniers territoires, 230 et 652 places respectivement devaient être supprimées. «Sur le plan national, cette réduction représente une baisse de 15 à 30 % des capacités de formation par rapport à l’effort déployé depuis 2019 pour répondre aux besoins croissants en infirmiers», estime le SNPI. Le syndicat n’est pas le seul à s’être inquiété de la situation. Le même jour, plusieurs fédérations d’employeurs du secteur* interpellaient Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, dans une lettre ouverte commune sur les risques de cette réduction de places en formation : «Cette évolution fait peser un risque direct sur les tensions de recrutement, la solidité des équipes soignantes et l’égalité d’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.»
Un risque pour le système de santé
Un non-sens, pour le syndicat et ces fédérations, dans un contexte où les besoins en soins augmentent, la pénurie de soignants ne se résorbe pas, et alors que le nouveau référentiel de formation doit être mis en œuvre à la rentrée de septembre 2026. Selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) de 2024, les effectifs infirmiers devraient certes continuer d’augmenter, mais pas suffisamment pour répondre aux besoins. Près de 33 000 infirmiers devront ainsi être diplômés chaque année d’ici 2050 pour «maintenir la couverture des besoins de santé de la population – soit un niveau supérieur de 30 % à celui observé en 2024», soulignent ainsi les Fédérations. Or sans infirmiers, ce sont des lits que les établissements ne peuvent pas ouvrir, des arrêts d’activité qui sont décrétés, des tensions sur les services qui apparaissent… et des prises en charge qui se dégradent.
Pour une logique d'augmentation des capacités d'accueil en IFSI
La réduction du nombre de places en IFSI est d’autant plus incompréhensible que, selon une enquête du Monde, la formation infirmière fait encore partie des formations les plus demandées cette année sur Parcoursup: 720 000 vœux ont été formulés sur la plateforme. «Cette dynamique se déroule alors même que la formation infirmière a été profondément réformée ces dernières années, notamment par l’intégration universitaire des IFSI et l’adoption d’un cadre de formation conduisant au grade licence», proteste le SNPI, qui rappelle que les investissements des IFSI (recrutements de formateurs, adaptations pédagogiques, infrastructures, liste-t-il) reposent notamment sur une logique «d’augmentation progressive des capacités d’accueil». Pour sortir de l’ornière, le syndicat et les différentes fédérations appellent à la mise en œuvre d’une loi de planification pluriannuelle dédiées aux formations initiales en santé, qui permettrait aux établissements d’adapter leurs capacités d’accueil aux besoins en santé. «Si les décisions budgétaires relèvent des arbitrages politiques, il est essentiel qu’elles s’inscrivent dans une vision stratégique de santé publique, plutôt que dans des réponses à court terme», insiste le syndicat.
Un projet de loi de finances qui bloque les budgets formation en région
Cette baisse s’explique en réalité par un climat économique très contraint et une réelle incertitude budgétaire, alors que l’Assemblée nationale n’est pas encore parvenue à voter définitivement le projet de loi de finances 2026. Les régions ont en effet la charge des coûts pédagogiques des formations sanitaires et sociales, dont celle des infirmiers. Or en l’absence de loi sur le budget, impossible pour elles de flécher les enveloppes vers les IFSI.
Depuis, la situation s’est toutefois légèrement débloquée dans certaines régions, notamment Grand Est où les places supprimées devraient finalement être disponibles sur Pacoursup, selon France 3 Régions. En activant le 49.3 sur la partie recette du projet de loi finances – une voie qu’il avait affirmé ne pas vouloir emprunter – le Premier ministre Sébastien Lecornu a engagé la responsabilité de son gouvernement et s’est retrouvé confronté dans la foulée à deux motions de censure déposées respectivement par le Rassemblement national et une partie de la gauche (hors parti socialiste). Leur échec, vendredi 23 janvier, a conduit à l’adoption sans vote de cette partie du texte, autorisant le versement des dotations pour la région Grand Est. Le même scénario devrait se répéter pour la partie dépenses et l’ensemble du texte, eux aussi à un 49.3 ; la motion de censure déposée immédiatement après par La France insoumise sera examinée mardi 27 janvier.
*Fédération hospitalière de France (FHF), Unicancer, Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (FNEHAD) et Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne (FEHAP)
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