ETHIQUE

Attentats parisiens - "Un sentiment de sidération qui nous laisse hagard…"

Publié le 16/11/2015
loup

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Il n’est pas question de subir sans réagir, mais notre action doit être plus brillante qu’une réponse guerrière. Résistance ! Résistons contre la haine et la peur et affrontons la menace en pensant qu’elle est aussi empreinte d’humanité, c’est un exercice difficile mais qui nous est moralement obligé.

Voir comme des “loups” les terroristes risque de nous pousser au pire...

Nous pourrions peut-être donner un sens dans une situation de guerre similaire à celles que l’histoire a porté jusqu’à nous mais là... nous restons sidérés. La radio diffuse cette immense chanson d’Albert Vidalie “Les Loups” magnifiquement interprétée par Serge Reggiani. Elle me traverse et m’émeut profondément en ce matin du 14 novembre 2015, au lendemain des attentats qui ont endeuillé Paris . Mais si j’écris ces quelques mots c’est parce que je me demande si de voir des “loups” dans les auteurs de ces exactions ne risque pas de nous pousser au pire. Hobbes avait posé que l’homme est un loup pour l’homme, mais dans ce cas c’est l'humanité elle-même qui s’érige comme son propre bourreau. Dans la chanson de Vidalie - et dans sa métaphore - ce ne sont plus des hommes qui entrent dans Paris mais des Loups, des prédateurs, des menaces pures, des monstres que l’on animalise pour mieux signifier le mal, la peur, la haine et le rejet.

Ecouter « Les Loups » interprété par Serge Régiani 

Plusieurs attaques simultanées ont eu vendredi soir. Nous pourrions dire que désormais les loups chassent en meute.

Le premier n'avait plus qu'un œil
C'était un vieux mâle de Krivoï
Il installa ses dix femelles
Dans le maigre square de Grenelle
Et nourrit ses deux cents petits
Avec les enfants de Passy…

De la même façon, l’histoire a montré que tous les génocides commencent par une monstration, une réification, une chosification, une animalisation dans un signifiant abject (les cafard, les rats, la vermine…). Comment faire ? Je ne veux pas devenir comme eux et pourtant la menace est bien là. Il nous appartient de nous défendre et de nous protéger bien sûr. N’y a t-il pas dans chaque homme, comme dans la jarre à Pandore, un brin d’espoir qui nous permette de penser le vivre ensemble ?

Difficile à dire aux familles en deuil aujourd’hui, j’en conviens ! Famille à qui j’adresse toute ma compassion sincère. Laissons la place à la douleur et aux larmes en ce jour d’horreur.

Aucune guerre n’aura assez d’arguments pour légitimer le meurtre de mon frère.  Aucune !

J’appelle néanmoins au souffle d’humanité pour penser (panser…) au plus vite le vivre ensemble plutôt que la mort d’autrui. Nous sommes au bout d’un système délétère qui sépare et qui déchire, nous devons tenter de repenser les objectifs de notre civilisation. Il n’est pas question de subir sans réagir, mais notre action doit être plus brillante qu’une réponse guerrière. Résistance ! Résistons contre la haine et la peur et affrontons la menace en pensant qu’elle est aussi empreinte d’humanité, c’est un exercice difficile mais qui nous est moralement obligé. Devenir comme eux nous précipiterait dans les limbes, cet espace inquiétant entre deux mondes, un non lieu entre humanité et animalité. Aucune guerre n’aura assez d’arguments pour légitimer le meurtre de mon frère. Aucune !

Christophe PACIFIC   Cadre supérieur de santé  Docteur en philosophiechristophe.pacific@orange.fr


Source : infirmiers.com