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« Plus que des infirmières et des médecins : des anges gardiens »

Publié le 09/01/2014

Depuis que « l’affaire » de Chambéry et ses trois nourrissons morts a été rendue publique, Héloïse voit à la télé les visages de ceux qui ont permis à sa fille, née dix semaines avant terme, de vivre. Elle a eu envie de leur rendre cet hommage. Merci à Rue89 de partager cet article avec la communauté d'Infirmiers.com.

L'hommage d'une maman aux soignants de l'unité de réanimation-néotale de l'hôpital de Chambéry

Elles s’appellent Eloïse, Sophie, Nathalie. Ils s’appellent Dr Michel D., Dr Arnaud B., Dr Nathalie B. Ils sont tous au service des petits, des tout-petits, des tout-tout-petits, de ceux qui sont nés mais qui ne devraient pas encore l’être. Ils travaillent tous au service de réanimation néonatale de l’hôpital de Chambéry (Savoie). Ils sont aujourd’hui, malgré eux, sous les feux de la rampe, après le décès de trois nourrissons, dont deux prématurés, début décembre. Ils sont assaillis par les médias, à la recherche bien compréhensible de la vérité.

Dans leur unité ultrasécurisée, où on n’entre normalement qu’après avoir décliné son identité, s’être lavé les mains avec un gel spécial, enfilé une blouse, une charlotte, des protège-souliers et un masque, pénètrent aujourd’hui une ministre, des conseillers, des journalistes, des enquêteurs et bientôt des juges.

Leur vie a basculé, tout comme la vie de ces trois familles, qui ont perdu leur enfant. Mais ces enfants partis trop vite ce sont aussi les leurs, les enfants du service. Des enfants pour lesquels le personnel s’était battu jour après jour pour les choyer, soigner, faire grossir et les ramener à la vie.

Ma fille ne pesait qu’1 kg

Comme ils l’ont fait, il y a tout juste deux ans, avec ma fille, restée de longues semaines dans cette unité de soin ultraspécialisée. Née à Thonon-les-Bains (à 600 km de chez elle), avec plus de deux mois et demi d’avance et ne pesant qu’1 kg, ses chances de survie étaient maigres. Comprenant la gravité des faits et la nécessité de l’intuber très rapidement, c’est le chef de service, le Dr Michel D., qui est venu la chercher en ambulance pour la rapatrier dans son service à Chambéry.

Qu’est-ce que j’ai pleuré, ce jour-là, qu’est-ce que j’ai pleuré. Ma fille si petite qui part avec un homme que je n’ai jamais vu seule en ambulance. Moi la Parisienne contrainte à l’exil à Chambéry avec un bébé entre la vie et la mort. Son père et moi absolument pas prêts à devenir parents, incapables de comprendre pourquoi tout a basculé en deux heures à peine...

« On fera tout, tout pour la sauver »

C’est le visage inoubliable de cette infirmière, à mon arrivée en pleurs et encore traumatisée, qui m’a dit « on fera tout, tout pour la sauver ».

Ce sont les bras d’une autre qui me tenaient lorsque je craquais face à un nouvel arrêt respiratoire.

Ce sont les mots réconfortants d’une troisième, qui m’assuraient que ma fille réagissait à ma voix lorsque je descendais dans l’unité.

Ce sont les sourires bienveillants d’une autre soignante, qui me donnaient la force de ne pas m’écrouler quand de jour en jour son poids déjà bien faible diminuait.

Ce sont les blagues d’une autre qui me disaient « au moins votre fille ne vous entendra pas pleurer, mais rire. Cela lui donnera envie de vous connaître ».

C’est la patience des médecins qui m’a appris moi aussi à penser que « chaque jour est un jour de gagné ».

Le sentiment d’avoir touché Dieu

Du temps, j’en ai passé dans cette unité. Au total six semaines, et pas loin des 24 heures sur 24, à apprendre à devenir maman malgré les alarmes, les fils, les capteurs, les seringues d’1,5 mL de lait, les sondes gastriques et à veiller sur mon bébé si frêle et si fragile.

Pendant ces six semaines, NOUS avons tous veillé sur elle. Car plus que des infirmières et des médecins, ce sont des anges gardiens, qui ne comptent pas leurs heures ni leur fatigue pour rester bien plus tard qu’il ne le faudrait pour surveiller un bébé qui ne va pas bien ou qui a besoin de soutien.

C’est à ce service exceptionnel auquel je pense aujourd’hui. Aucun mot n’est assez fort pour leur dire combien je les estime et combien je soutiens leur dévouement quotidien pour la vie, aussi fragile soit-elle. A vos côtés, moi qui ne suis pas croyante, j’avais le sentiment d’avoir touché Dieu.

Dans cette épreuve terrible, mes pensées accompagnent aussi les parents qui ont tant de fois, comme nous à l’époque, cru au pire et tant de fois espéré le bonheur.

Cet article intitulé « Hôpital de Chambéry : Plus que des médecins, des anges gardiens » a été publié par Mathieu Deslandes le 6 janvier 2014 sur le site Rue89.

Mathieu DESLANDES Rue89.com


Source : infirmiers.com