AU COEUR DU METIER

Art-thérapie moderne, un atout pour le soin

Cet article fait partie du dossier :

Compétences infirmières

Laurie Veyret, art-thérapeute récemment diplômée et Infirmière Diplômée d’État depuis 5 ans fait le point sur l'art-thérapie moderne, une discipline réellement bénéfique pour le patient.

pousse chêne

Art-thérapie rime avec épanouissement

Aujourd’hui, à la suite à d'une évolution des pratiques et des enseignements, deux cursus universitaires sont proposés pour suivre des études d’art-thérapie et obtenir le titre d’art-thérapeute. L’un est rattaché aux UFR de psychologie, il s’agit de l’art-thérapie traditionnelle (accompagnement - ou psychothérapie - à support artistique). L’autre est rattaché aux UFR de médecine et concerne l’art-thérapie moderne. À noter que l’interprétation des productions artistiques ne concerne en aucun cas les art-thérapeutes relevant de ce dernier cursus. Ces Diplômes Universitaires sont à distinguer sur les plans pratiques et théoriques bien qu’ils puissent être complémentaires.

L’art-thérapie moderne, propos théoriques

L’Art est une activité d’expression privilégiée, humaine et volontaire, orientée vers l’esthétique1.

Mais attention car si tout Art est expression, toute expression n’est pas de l’Art. L’expression « seule » appartient au travail d’un animateur qui peut utiliser comme outil d’animation une pratique artistique et il ne s’agit donc pas de soins. Les dangers de l’Art et de la pratique artistique sont réels et ne doivent être négligés sous couvert d’expression artistique. L’Art a un potentiel relationnel, socialisant, expressif, émotionnel et sensitif. L’art-thérapie moderne est par définition l’exploitation du potentiel artistique dans une visée humanitaire et thérapeutique.

Art-thérapeute et infirmier : deux professions à distinguer

Le diplôme d’État infirmier et le diplôme universitaire (DU) d’art-thérapie moderne (Titre officiel répertorié par l’État au niveau II) font référence aux secteurs de la santé et donc à la notion du soin mais les professions sont absolument distinctes.

L’infirmier est un professionnel paramédical qui exerce un rôle propre ; un rôle sur prescriptions médicales ainsi qu’un rôle de collaboration. Les actes, l’exercice et les devoirs (code de déontologie) relatifs à la profession d’infirmier sont regroupés dans un même décret de compétences. Les confusions ne sont pas si rares dans certains services de soins où l’on peut voir un atelier d’art-thérapie confié à un infirmier. Or, le décret de la profession ne mentionne pas l’art-thérapie comme acte infirmier mais comme une activité à visée sociothérapeutique ou encore des techniques de médiation à visée thérapeutique ou psychothérapeutique2.

L’art-thérapeute est un professionnel paramédical qui exerce son rôle sous autorité médicale et sur indications médicales dans le secteur sanitaire et médico-social, ou sous l’autorité d’un directeur d’établissement notamment dans le secteur social. Les indications majeures en art-thérapie sont les troubles de la relation, de l’expression et de la communication. L’art-thérapie est une discipline originale puisqu’elle utilise les effets inhérents à l’Art et donc au « goût » du patient pour orienter le travail thérapeutique au regard des pénalités de celui-ci. La discipline s’impose dans des domaines aussi variés que l’émotion, le plaisir, l’idéalisation, l’expression ou la communication. 3 L’art-thérapeute dispose d’outils spécifiques à sa profession qui permettent d’établir un protocole thérapeutique individualisé et de mener un travail rigoureux d’observation et d’évaluation. L’art-thérapeute respecte également un code de déontologie art-thérapeutique et peut s’inscrire à la Guilde des art-thérapeutes qui regroupent ceux diplômés de l’AFRATAPEM. L’art-thérapie n’est donc pas « un complément » ni « un plus » au diplôme infirmier et les conditions d’accès au Diplôme Universitaire d’Art-thérapie moderne ne sont pas exclusivement réservées aux personnes déjà diplômées d’une profession paramédicale.

L’art thérapie moderne, illustration pratique

Une expérience d’art-thérapie à dominante musique auprès d’un jeune enfant avec un Trouble du Spectre Auditif (TSA) démontre une évolution favorable de ses capacités développementales.

C** présente un Trouble Envahissant du Développement de type autisme atypique associé à un retard de développement modéré très hétérogène avec une prédominance de ses difficultés sur les domaines de la communication et de la socialisation. L’art-thérapie à dominante musique est intégrée au programme thérapeutique de l’enfant et apparaît dans son projet de soins personnalisé. C** est un jeune garçon âgé de 5 ans et 2 mois au 1er jour de prise en charge en art-thérapie. Il est présent 4 ½ journées par semaine sur l'hôpital de jour en alternance avec une scolarisation en moyenne section de maternelle à raison de 3 ½ journées par semaine.

Les objectifs thérapeutiques sont axés sur le développement des interactions sociales réciproques et l’implication socio-relationnelle dans une activité musicale partagée ; l’émergence de nouveaux intérêts ; l’apparition du plaisir, l’expression de choix et de goût en stimulant les mécanismes de l’impression et de l’expression. La modalité des activités est fixée dans le déroulement temporel des séances et constitue un cadre marqué de rituels permettant aux enfants de se repérer dans le temps et dans l’espace et de créer une relation de confiance. Mais le contenu de cette « structure spatio-temporelle » est souple, évolue, et met à disposition une liberté d’action dans une visée humanitaire et thérapeutique. Un tableau récapitulatif apprécie l’évolution de C** entre la 1ère et la 25ème séance :

séance d'art-thérapie

  • Les capacités relationnelles observées ont évolué en faveur de l’expression verbale.
  • Les capacités socio-relationnelles observées ont montré une évolution des échanges.
  • Le phénomène artistique observé a révélé ses choix.
  • Les capacités artistiques observées ont prouvé une aptitude à imiter le monde extérieur.
  • Les capacités esthétiques observées ont révélé son goût et son engagement.
  • Les capacités comportementales observées ont dévoilé une diminution de ses particularités.
  • Les capacités neurocognitives observées ont augmenté qualitativement et quantitativement.

L’évolution positive de C** en séance d’art-thérapie est significative. Les objectifs thérapeutiques de départ sont atteints. L’art-thérapie a ainsi contribué à son bon épanouissement. Il est important de signifier que les progrès de C** sont également à considérer sous l’angle des soins quotidiens dont il a bénéficié sur l’hôpital de jour. En Septembre 2013, C** il a intégré un nouveau groupe dont les efficiences correspondent davantage à sa situation actuelle.

Les Troubles du Spectre Autistique (TSA)

A la suite de la parution du DSM-V, les TSA regroupent les troubles envahissants du développement non spécifiés ; le syndrome d’Asperger et les troubles autistiques11. Les TSA sont des troubles neuro-développementaux se manifestant par la dyade :

  • altération qualitative de la communication et des interactions sociales réciproques.
  • comportements et intérêts restreints, stéréotypés et répétitifs.

Les particularités sensorielles sont également considérées pour le diagnostic d’un TSA.

Pour conclure

L’art-thérapie moderne ne s’adresse pas seulement au champ de la psychiatrie et est d’ailleurs dispensée dans des secteurs aussi variés que les milieux sanitaires, sociaux et éducatifs. Les patients pénalisés par des troubles de la relation, de l’expression et de la communication bénéficient de soins très adaptés puisque toutes les disciplines artistiques sont également concernées. L’objectif reste d’orienter le pouvoir de l’Art vers la bonne santé du patient. L’évaluation précise et objective des soins en art-thérapie inscrit la profession dans une réelle démarche scientifique qui intéresse de nombreux professionnels et étudiants : le 1000ème mémoire d’art-thérapie moderne va être prochainement soutenu à Tours !

Notes

  1. En art-thérapie moderne, l'esthétique renvoie à la subjectivité du goût : ce qui plaît au patient, ce qu'il trouve beau.
  2. Article R.4311-6 et Article R.4311-7
  3. Forestier R., Tout savoir sur l'art-thérapie, Ed. Favre, 7ème édition, 2009, p.30
Creative Commons License

Infirmière Diplômée d'État Art-thérapeute diplômée de l'UFR médecine de Tours et AFRATAPEM http://www.art-therapie-tours.net/

Retour au sommaire du dossier Compétences infirmières

Publicité

Commentaires (1)

binoute1

Avatar de l'utilisateur

418 commentaires

#1

je ne remets pas en cause

les bienfaits de l'art, mais c'est moi ou tout devient ....thérapie ?

CGOS