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"C'est la voix des infirmières qui a été entendue" : 31 recommandations pour l'avenir de la profession

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Compétences infirmières

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Quel avenir pour la profession infirmière ? Vaste question, à laquelle la communauté internationale francophone propose d'apporter quelques éléments de réponse : après la tenue d'états généraux au Québec les 20 et 21 mai derniers, au cours desquels l'Ordre Infirmier canadien (OIIQ) a tenu un rôle expert, les commissaires de l'événement ont listé dans un rapport des propositions visant à bâtir le futur des infirmiers. Conditions de travail, compétences, reconnaissance... le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (SIDIIEF) a consacré au sujet sa "grande discussion" d'octobre.

Au sortir de ces états généraux, la profession doit maintenant prendre la parole et passer à la mise en actions. Hélène Salette

31 propositions. C'est la réponse apportée dans un rapport après la tenue des états généraux infirmiers outre-Atlantique au printemps dernier, 25 ans après l'édition précédente. Objectif : co-construire le futur de la profession. Après un état des lieux, les deux commissaires (figures de l'écosystème de santé canadien Francine Ducharme1 et Robert Salois2) ont organisé leurs recommandations autour de grands thèmes comme les compétences, les conditions d'exercice ou la formation. Une véritable vision proposée pour un changement porteur d'avenir, sous-titre leur rapport, qui entend bien dépasser les frontières du seul Canada et que Francine Ducharme a exposée à Hélène Salette, Secrétaire Générale du SIDIIEF lors d'une webconférence.

Une méthodologie en béton

Pour comprendre le propos, il faut remonter un peu le temps car le rapport produit ("Reconnaître et transformer la pratique infirmière au Québec") est le fruit d'un long travail élaboré au fur et à mesure de diverses étapes. La première d'entre elles a consisté à la mise en place de groupes de discussion composés d'infirmiers lors de la première vague épidémique, le contexte de crise ayant été considéré comme un moyen de favoriser potentiellement la prise de conscience des besoins. S'en est suivi fin 2020 un forum virtuel avec des journalistes et 1 700 professionnels sur le thème de la reconnaissance du métier à travers les médias. Un brainstrorming dont le verdict a été sans appel : la culture de la discrétion l'emporte sur la visibilité sans que le leadership infirmier n'émerge publiquement. Troisième étape, un appel à contributions "métier" qui a recueilli plus de 600 retours sous l'oeil attentif d'un jury citoyen indépendant constitué pour l'occasion. Trois thèmes étaient identifiés : le recours aux compétences infirmières (croyez-vous que l’on peut mieux recourir aux compétences infirmières pour mieux soigner ? Si oui, à quelles conditions ? Si non, pourquoi ?), l'innovation, et enfin la formation et le développement professionnel. Dernière phase avant les états généraux eux-mêmes, auxquels 1 200 participants ont assisté : des audiences publiques, qui ont permis à 36 groupes provenant de divers horizons (gestionnaires, syndicalistes, enseignants...) de soumettre leur avis.

Notre démarche a montré que les compétences infirmières sont utilisées en moyenne à 50 % seulement

Les échos des professionnels

Après avoir été passées à la moulinette du process de réflexion, les thématiques soumises au participants sont devenues de vériables challenges. Tout d'abord, et en dépit de l'élargissement positif des qualifications infirmières depuis plusieurs années (au Canada, on retient notamment l'article 36), il est ressorti que les compétences sont sous-utilisées en pratique. Notre démarche a montré que les compétences infirmières sont utilisées en moyenne à 50 % seulement, constate F. Ducharme. En réalité, nous souffrons d'un déficit de soins infirmiers davantage que d'un manque numéraire de professionnels, rectifie-t-elle. Une sous-utilisation sans doute à l'origine, en partie au moins, du manque de reconnaissance dont souffrent les infirmiers dans leur immense majorité et que les états généraux ont largement documentée. En ce qui concerne la contribution et l'environnement de travail, le constat n'est pas moins préoccupant. Globalement, les échos des professionnels mettent en évidence une gestion désincarnée et un manque de latitude qui ne laisse que peu de place au leadership. Par exemple, illustre la commissaire, les directeurs des soins souhaiteraient avoir davantage de pouvoir (sur le plan RH entre autres) et pouvoir exercer une gouvernance forte. Le quotidien mériterait par ailleurs d'être dégagé de procédures administratives trop lourdes qui sont défavorables à un exercice optimal, à l'innovation et à la recherche. Sur ce point, détaille l'infirmière, il est urgent de combler le retard technologique et scientifique. On en est parfois encore à l'âge de pierre. Enfin, l'enjeu de la formation s'est révélé particulièrement important ; les professionnels ont exprimé presque à l'unanimité - et les jeunes plus fortement encore - leur souhait d'accéder à des apprentissages pédagogiques de pointe (aussi bien pour la formation initiale que continue), un mentorat de qualité, la digitalisation (et pourquoi pas la mondialisation ?) des enseignements et la nécessité de penser le métier comme une véritable carrière pourvue de la notion de progression et d'avancement. Alors que le jury citoyen a mis en évidence un manque de lisibilité de la formation infirmière (parcours long, court, spécialisation...), les commissaires ont émis plusieurs recommandations (entre autres, un portfolio de compétences et d'apprentissages pourrait être envisagé) pour la rendre plus claire et tendre vers une culture du développement personnel.

 

La crise sanitaire a joué un rôle de catalyseur et de révélateur

Un moment opportun

Certes, consacrer une réflexion active à l'avenir de la profession était indispensable. Mais pourquoi maintenant ? Comme pour d'autres thématiques en santé, la pandémie de Covid-19 a accéléré le processus et rendu plus pressante la nécessité de proposer à la profession des solutions concrètes. En réalité, le processus d'évolution lié aux états généraux a débuté à l'automne 2019. Mais c'est certain, la crise sanitaire a joué un rôle de catalyseur et de révélateur. Elle a aussi fait sauter des verrous, analyse Francine Ducharme. Ce n'est pas tout : la genèse du projet réside également dans les changements intervenus depuis 1996, date de la précédente édition. Développement de la pratique infirmière spécialisée au Canada (l'équivalent de notre pratique avancée) et de la première ligne, évolutions des besoins en santé de la population, apparition de méga-structures de soins, textes législatifs d'encadrement, changements dans l'organisation des soins et des services... le monde de la santé en général et des infirmiers en particulier n'est pas resté au point mort, loin s'en faut. Après tous ces changements profonds, c'était le moment opportun pour reprendre la réflexion ; ce rapport arrive à point nommé, se réjouit F. Ducharme. En effet, les auteurs du rapport ne se sont pas arrêtés à leur mandat. Pour que leurs travaux soient suivis d'effets, ils se sont lancés dans des opérations de lobbying auprès des autorités ministérielles pertinentes (santé, partie prenante du process, mais également éducation). Réviser la formation, qui date de 1997, ne se fera pas en quelques jours ; mais notre Ministre de l'enseignement supérieur Danielle McCann s'est d'ores et déjà déclarée en ligne avec nos propositions et notre vision, qui est de respecter nos infirmiers et d'imaginer des perspectives à moyen terme., anticipe la co-auteure, qui ajoute sans détour que ce rapport doit être utile à la communauté et qu'il ne saurait être rangé dans des tiroirs dont il ne sortirait plus. Et de résumer sa pensée ainsi : dans ce long processus, c'est la voix des infirmières qui a été entendue.

Notes

      1. Infirmière, professeure et chercheuse, Francine Ducharme est également la première infirmière à avoir obtenu un doctorat de sciences infirmières d'une université canadienne et a été primée à plusieurs reprises pour ses travaux
      2. Robert Salois a pratiqué la médecine dentaire pendant plus de 35 ans au Canada et a reçu plusieurs distinctions ; il a par ailleurs été Commissaire à la santé et au bien-être pendant une dizaine d'années


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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Commentaires (1)

Phil

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57 commentaires

#1

Que du bla bla...

Quelle fausse science...
Que des périphrases creuses et rien de concret.

Si vous voulez faire de la science, faites de vraies études scientifiques.