AU COEUR DU METIER

Cancer : les infirmières de coordination de plus en plus plébiscitées

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Compétences infirmières

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Les initiatives locales se développent dans les établissements autorisés à traiter le cancer pour mettre en place des infirmières de coordination amenées à jouer un rôle important pour une meilleure articulation du parcours de soins des patients, montrent plusieurs expériences présentées cette semaine lors des Rencontres de la cancérologie française (RCFr), à Paris.

infirmières coopération

Cancérologie : l'infirmière de coordination est un interlocuteur privilégié pour les patients.

La huitième édition de ce forum d'échanges annuel sur la cancérologie avait pour thème "parcours de soins, parcours de vie en cancérologie". Les infirmières dites de coordination, introduites par le deuxième Plan cancer et expérimentées pour coordonner les parcours complexes, semblent constituer un interlocuteur privilégié du patient et pour améliorer l'articulation ville-hôpital.

Trois équipes issues de types d'établissements variés, des centres hospitaliers et des cliniques, ont partagé leur expérience de mise en oeuvre de ces infirmières de coordination. Le Dr Malika Chaouche, oncologue au CH d'Arles et au CH de Salon de Provence (Bouches-du-Rhône), a présenté ses infirmières de coordination avec des organisations différentes sur chaque site dans les hôpitaux de jour de chimiothérapie. A Salon, l'infirmière Karine Guiraudon s'occupe de coordination quatre jours sur cinq afin de garder une activité de soins. A Arles, la coordination est faite par plusieurs infirmières dans la suite de l'annonce, a décrit l'une d'elles, Magali Chambaud. Dans les deux CH, un suivi téléphonique est réalisé après la première cure de chimiothérapie et le retour du patient en hôpital de jour est organisé en cas de besoin. A Salon, il existe une ligne directe pour la coordination, tandis qu'à Arles, c'est la ligne du service. Les infirmières de coordination s'occupent de mettre en place les soins de support avec leurs correspondants en ville. Elles ont dit être très aidées par les secrétaires.

Une enquête de satisfaction menée en novembre auprès de 20 infirmières libérales a montré que 80% connaissaient le service et 45% l'avaient déjà contacté. Elles étaient très demandeuses pour le suivi de leurs patients, a rapporté Viviane Arnaudet du CH d'Arles. Le concept évolue. Il est passé de l'annonce à l'annonce et la coordination, mais le cadre des infirmiers de coordination en cancérologie (Idec) reste assez flou et cette compétence n'est pas toujours reconnue. Il n'existe pas d'obligation de formation et on observe une grande disparité de moyens financiers et humains, a-t-elle constaté. "Pour gagner en efficience, cela implique que chacun situe bien son rôle dans la chaîne. Il faut mettre les acteurs en synergie pour offrir un sentiment de sécurité", a-t-elle ajouté.

Une gestion de projet à Saint-Quentin

Chantal Reiniger, cadre-infirmière au CH de Saint-Quentin (Aisne), a indiqué que c'était une action priorisée du projet d'établissement. La mise en oeuvre a commencé par une évaluation de la mise en place du dispositif d'annonce avec identification d'actions correctrices, notamment sur la lisibilité du parcours pour les patients. Un groupe de travail a été mis en place. Elle a expliqué qu'il était important de bien garder l'investissement déjà en place et de réévaluer les points de rupture pour voir ce qui était à améliorer, en développant la pluridisciplinarité et en restant centré sur le patient au-delà de la structuration en pôle. Pour elle, il est important de se connaître pour se reconnaître. Elle a conseillé aux divers acteurs d'aller voir chaque métier (le technicien d'anatomocytopathologie peut aller dans les services de soins par exemple). Il faut bien définir les missions de l'Idec et l'identifier comme la personne ressource, a-t-elle recommandé.

Chez Générale de santé-Ramsay, chaque institut de cancérologie a mis en place un poste d'infirmière de coordination pour accompagner les patients vulnérables. Cet accompagnement est personnalisé et il est proposé à toute personne vulnérable pour des raisons psychologiques, sociales ou selon la maladie devant la complexité des traitements. Ce soutien est apporté tout au long du parcours. Il n'a pas été jugé utile de le développer pour tous les patients. L'infirmière de coordination est un peu un ange-gardien. Elle exerce cette fonction à mi-temps, le reste étant dévolu aux soins, et s'occupe de 50 à 100 patients par an, ont expliqué Carole Micheneau de Ramsay-Générale de Santé et Catherine Desmeules de l'Institut de cancérologie Les Peupliers à Paris.

La question du financement de ces postes a été posée pendant les débats. Une représentante de l'agence régionale de santé (ARS) Picardie a expliqué la solution qu'elle a trouvée avec le réseau régional de cancérologie (RRC) Oncopic. Elle a modifié la répartition du financement des cellules de coordination, les 3C, qui était opaque et qui s'appuie sur une MIG (mission d'intérêt général). Ces 3C reçoivent maintenant 50% de leur dotation selon leur activité définie par le nombre de patients qui passent en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), 35% selon des indicateurs qualité et 15% pour les infirmières de coordination à raison de 0,7 ETP (équivalent temps plein) d'infirmière réservé à la coordination des parcours, à charge ensuite aux établissements de santé de bien faire suivre les moyens sinon on les reprend.

Une infirmière de coordination de l'AP-HP a indiqué que la coordination ville-hôpital bloquait sur l'échange d'information. Ce qui nous manque dans notre quotidien, c'est un outil de partage, a-t-elle indiqué.

Vers l'infirmière clinicienne

Pour 2016, c'est le métier d'infirmière clinicienne qui se profile. Introduit dans le troisième Plan cancer, ce métier qui nécessite une formation plus poussée (master) est toujours en attente de création au niveau national. Il prévoit une délégation de prescription. Les modules pédagogiques sont prêts depuis trois ans et validés par le ministère de l'enseignement supérieur et la recherche. L'infirmière clinicienne a été annoncée dans la stratégie nationale de santé, dans la loi de santé et le Plan cancer III, mais on attend toujours, probablement à cause de la grille salariale à créer pour ce nouveau métier. Mais 2016 devrait être l'année de la sortie de ce statut, a estimé le Pr Véronique Trillet-Lenoir des Hospices civils de Lyon (HCL), présidente des RCFr, lors d'un point-presse.

Sur le terrain, les équipes ont indiqué s'y préparer. Demain, nous aurons les infirmières cliniciennes pour faire face à la coordination des parcours. Nous allons mettre en place de l'éducation thérapeutique du patient pour les chimiothérapies orales et continuer à améliorer la coordination ville-hôpital, a indiqué Viviane Arnaudet. C'est un projet pour 2016, a ajouté le Dr Chaouche du CH d'Arles.

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