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AU COEUR DU METIER

Cancer : quand la qualité de vie des patients dépend de la qualité d'écoute des infirmiers

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Compétences infirmières

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Nausées et vomissements sont des effets secondaires connus lors des traitements de chimiothérapie. Le développement de nouveaux antiémétiques ces 25 dernières années a permis de prévenir ces événements de manière significative. Toutefois, des infirmiers en oncologie ont été interrogés sur le sujet, ils révèlent que les directives concernant ces traitements ne sont pas suivies de façon optimale…

infirmière désinfection patiente

Aux Etats-Unis, les traitements pour prévenir les effets secondaires des chimiothérapies ne sont pas toujours utilisés en suivant les recommandations, selon les infirmiers en oncologie.

Les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie (NVIC) peuvent être évités dans 65 % à 85 % des cas via le recours à des traitements antiémétiques recommandés par les sociétés savantes comme la Société Américaine d'Oncologie Clinique (ASCO). Celle-ci a d'ailleurs classé l'apparition de ces thérapies dans le top 5 des plus grandes avancées dans le domaine de la cancérologie des 50 dernières années.

Et pourtant, les directives concernant les antiémétiques ne semblent pas avoir l'adhésion de tous les professionnels de santé. Dans une étude américaine parue dans Supportive Care in Cancer, les chercheurs ont interrogé les infirmiers en oncologie afin de connaître le vrai du faux. Ils leur ont posé des questions afin d'évaluer leurs connaissances dans le domaine mais surtout de savoir quelles étaient les pratiques quant à l'utilisation des thérapies antiémétiques et de déterminer le respect des recommandations.

Un suivi modéré des directives...

Sur les 7974 professionnels qui ont répondu lors de l'étude, près d'un tiers avaient plus de 15 ans d'expérience dans la cancérologie et plus de la moitié travaillait en ambulatoire. D'après les chiffres, ils sont 97 % à être au moins « un peu confiants » sur leurs connaissances concernant le potentiel « émétogène » des divers agents de chimiothérapie. Apparemment, les professionnels exerçant en ambulatoire paraissaient plus à l'aise avec le sujet. D'ordre général, les infirmiers répondants s'avéraient relativement familiers des directives de bonnes pratiques sur les traitements antiémétiques. Par exemple, ils étaient près des trois quarts à connaître celles du Réseau Nationale Complet sur le Cancer (NCCN) et environ la moitié connaissait celles de l'ASCO.

Toutefois, si 77 % des soignants estimaient que les antiémétiques prescrits étaient conformes aux préconisations d'usages, les pratiques d'utilisation montraient clairement une faible adhérence à ces mêmes lignes directives. Ceci est d'autant plus frappant durant la phase retardée (25-120h) qui suit une chimiothérapie hautement émétisante : seulement 25 % des infirmiers ont déclaré avoir administré les agents recommandés. En revanche, les chercheurs ont noté un recours relativement courant aux benzodiazépines et aux phénothiazines, qui ne sont absolument pas des produits préconisés !

Pas sans conséquences pour les patients

Ce non respect des recommandations peut avoir des conséquences directes sur la santé des patients. Les nausées et les vomissements impactent leur qualité de vie mais peuvent aussi conduire à une déshydratation, des pertes de poids et une dénutrition, ou encore à un déséquilibre électrolytique. Tout cela peut provoquer des arrivées aux urgences ou des hospitalisations !

L'équipe de scientifiques a donc orienté certaines de ses questions. Les réponses des soignants sont sans appel : seulement 17 % d'entre eux estimaient que plus des trois quarts des patients dont ils avaient la charge bénéficiaient d'un contrôle optimale contre les nausées et vomissements. De même, 39 % ont rapporté qu'entre 6 % et 20 % des patients voyaient leur traitement de chimiothérapie altéré à cause des nausées. Enfin, près de 61 % des soignants ont relevé des arrivées au service d'urgence, voire des hospitalisations dues à des effets secondaires mal contrôlés, ce qui, pour les chercheurs, est élevé.

Les recommandations non conciliables avec « les préférences des médecins »

Si les infirmiers en oncologie ont été choisis pour répondre aux questionnaires, c'est parce que les spécialistes jugent qu'ils occupent une place prédominante dans les équipes pluridisciplinaires. Ils seraient des acteurs incontournables pour promouvoir et améliorer les bonnes pratiques d'utilisation des antiémétiques. C'est pourquoi, ils leur ont demandé quelles étaient les barrières qui empêchaient le suivi des directives de ces traitements préventifs contre les nausées et vomissements et comment y remédier. Il se trouve que les « préférences des praticiens » étaient citées par 71 % des répondants soit 3 fois plus que les autres éléments soupçonnés d'interférer avec les recommandations en vigueur.

Sans surprise, si on demande aux intéressés comment optimiser le suivi de ces directives, les infirmiers suggèrent en premier lieu l'éducation des professionnels de santé et notamment des praticiens. Quelques répondants ont aussi proposé que certains médicaments spécifiques devraient être ajoutés aux pratiques actuelles. Cette enquête met en lumière la nécessité de sensibiliser aux recommandations sur les antiémétiques tous les acteurs impliqués. Elle indique aussi l'intérêt d'interroger les paramédicaux sur la prise en charge dans certaines pathologies.

Au Québec, les soins infirmiers revalorisés chez les patients atteints de cancer

La fondation de l'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) octroie une subvention conséquente de 225 000 dollars au centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean afin de favoriser un accompagnement précoce des personnes récemment diagnostiqué pour un cancer par les infirmiers des groupes de médecine familiale (GMF).

La région du Centre va servir de test pour ce projet qui vise à optimiser la contribution des paramédicaux oeuvrant en GMF. Son but : offrir un accompagnement des personnes touchées par le cancer tout au long de leur prise en charge car, en plus, de procéder à l'évaluation et de soulager la douleur, l'infirmier sera disponible pour répondre aux questions des patients. Avant de recevoir une chimiothérapie ou de subir une intervention chirurgicale, le patient peut avoir des interrogations ; c'est rassurant pour lui de savoir qu'un professionnel est en mesure d'y répondre, souligne Sylvie Massé, directrice du CIUSSS. La subvention sera étalée sur une période de deux ans et permettra de développer au mieux cette nouvelle approche.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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