PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Embarquons-nous avec Caroline, infirmière sur un navire de croisière !

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Compétences infirmières

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Au retour des vacances, conservons notre rythme de croisière, gardons un peu les yeux dans le vague, surprenons-nous à rêver en découvrant un sujet qui n'est pas bateau, celui de la pro-fession d'infirmière de bord. Nous avons rencontré Caroline et avec elle, cap sur l'aventure !

Caroline, infirmière de croisière

Tout faire pour que la croisière s'amuse ! Portrait de Caroline, infirmière de bord sur un navire de croisière.

Des vagues, Caroline n'en a pas peur. C'est même son lot quotidien ! Infirmière, la professionnelle de santé confirmée exerce le noble art de soigner dans un endroit où la houle n'est sans nulle autre pareille : un navire de croisière. Embarquée depuis plusieurs semaines en pleine mer, Caroline est sur le double pont des défis sanitaires. D'abord ceux inhérents au tourisme, comme les petits et grands tracas, le suivi de passagers atteints de pathologies chroniques mais aussi la médecine du travail pour l'ensemble de l’équipage. Garante de la sécurité sanitaire à bord, l'infirmière est aussi un personnage clé, une véritable ressource, d’autant plus en période de COVID19.  

Infirmiers.com - Bonjour Caroline. Comment et pourquoi devient-on infirmière à bord d'un navire de croisière ?

Caroline - Pourquoi le devient-on ? Tout simplement parce qu’on a soif d’aventure, la bougeotte et qu’on aime la mer ! J’ai toujours souhaité naviguer, découvrir le monde, tout en exerçant mon métier. Travailler sur un bateau de croisière faisait partie de mes objectifs. J’en ai eu un avant-goût en montant sur le Marion Dufresne (le bateau des Terres Australes et Antarctiques Françaises) alors que je me rendais pour une mission de trois mois en terrain isolé. Cela m’a conforté dans ce souhait. Ainsi, au milieu de cette crise sanitaire, il y a eu beaucoup de recherche d’infirmiers pour occuper ce poste à bord de navires et ce, un peu partout dans le monde. Je n’ai donc pas hésité à sauter le pas.

I.C - Fort de votre expérience professionnelle sur terre, qu'est-ce que cela vous apporte dans votre quotidien en mer ?

C. - Les infirmiers ont tous entendu le mot "polyvalence" ces derniers années et on sait à quel point la polyvalence fait partie intégrante de leur coeur de métier. Sur un bateau de croisière, c’est exactement le maître mot. On doit pouvoir s’adapter à toutes situations. En mer, nous nous devons d’être autonome, d’aller chercher les informations par nous-même, de connaitre aussi bien notre hôpital que les règles de sécurité à bord. Il faut aussi savoir respecter la hiérarchie. Avant cette première expérience de navigation, j’ai travaillé dans différents cadres et contextes : en médecine du travail, au sein du Service de Santé des Armées et en milieu isolé sur une île déserte. Je pense que ce type d’expérience est un atout pour se plaire sur un navire de croisière. Il faut vite s’adapter aux nouvelles conditions ! En outre, les profils recherchés sont souvent ceux ayant fait des urgences et/ou de la réanimation. Toutefois, il faut toujours tenter sa chance !

Sans être à contre-courants de la pratique habituelle, la fonction d'infirmier de bord est sans conteste un exercice bordé d'aventures humaines et professionnelles !

I.C.- Concrètement, quelles sont les missions d'une infirmière de bord ? Quel est votre degré d'autonomie ?

C. - Premièrement, l’infirmière veille au bien-être au travail des membres de l’équipage et de ses passagers. Un accident sur un navire peut très vite survenir, c’est pour cela que la présence paramédicale/médicale est très importante. D’ailleurs, les marins ont tous des formations médicales obliga-toires. De plus, les horaires de travail sont intenses puisqu’on travaille tous les jours, avec des rythmes décalés pour certains départements : travail de jour, de nuit, astreinte 24h/7j. A bord, l’infirmière travaille en équipe avec le médecin. Par exemple, lors des excursions à terre, il y a toujours un infirmier ou un médecin accompagnant, équipé du matériel en cas d’urgence. Par ailleurs, nous travaillons en équipe avec les autres départements du navire : machine, passerelle… notamment dans le cas d’une évacuation sanitaire qui s’organise avec le Commandant, par exemple. Ainsi, nous avons pour rôle de veiller au bon fonctionnement de l’hôpital à bord (entretien du matériel, com-mandes…) mais aussi sur les membres d’équipage et des passagers (hygiène du personnel, prise en charge médicale, vérification de la qualité de l’eau potable à bord…). Enfin, nous devons participer aux exercices d’urgence : en cas de feu, d’abandon du navire… L’infirmière a donc un rôle impor-tant à bord. C’est par exemple elle qui part en zodiac secourir un "homme à la mer". Pour toutes ces raisons, il faut savoir être autonome dans les tâches quotidiennes et savoir travailler en équipe pour le bon fonctionnement du bateau et la sécurité de tous à bord.

I.C. - Sans surprise, la crise sanitaire liée au COVID19 a bousculé le milieu du tourisme, notamment dans la mise en œuvre de protocoles sanitaires stricts. En qualité de professionnel de santé, comment organisez-vous la prévention et la protection des passagers, de l'équipage ? Ressentez-vous une anxiété ou, au contraire, un relâchement ?

C. - Un protocole demande beaucoup d’organisation et de retour d’expériences sur le terrain. Les croisières ont repris cet été et il nous a fallu nous adapter très rapidement. Vivre sur un bateau, c’est vivre dans un bâtiment isolé, les uns sur les autres. Evidemment, il faut prendre des mesures importantes avant de pouvoir monter à bord, que ce soit pour des membres d’équipage comme des passagers : test RT-PCR obligatoire, port du masque à bord. Toute l’organisation a été revue sur le bateau pour limiter le risque, par exemple : questionnaire de santé à l’embarquement, plus de buffet mais service à table, prise de température plusieurs fois par jour pour l’ensemble des occupants du bateau, désinfection des bagages et des surfaces plusieurs fois par jour… Il n’y a ni anxiété, ni relâchement : on doit continuer à faire notre travail, tout en s’assurant que les mesures soient bien respectées. Et dans le cas de suspicion à bord, certains bateaux, comme celui sur lequel je travaille, se sont équipés de machine afin de faire des tests RT-PCR in situ.

I.C. – En quelques mots, que conseillerez-vous aux IDE qui souhaiteraient prendre la mer ? Quelles sont les qualités attendues pour être membre d'un équipage ?

C. - Il ne faut surtout pas avoir peur de l’inconnu et de se retrouver en situation d’urgence en plein milieu de l’Antarctique (même si je n’ai vu que la Méditerranée cette année !). Avoir déjà travaillé en milieu isolé est un plus. En effet, depuis le navire, nous échangeons beaucoup par courriel avec l’entreprise, ou bien entre membres d’équipage ou auprès des agents portuaires. Il faut donc être social, aimer le relationnel, autonome et organisé. Il est important aussi de participer à la vie d’équipe à bord. Out le « bateau-boulot-dodo » ! On fait plein de belles rencontres. C’est une expérience très enrichissante sur le plan humain.

Sans être à contre-courants de la pratique habituelle, la fonction d'infirmier de bord est sans conteste un exercice bordé d'aventures humaines et professionnelles ! Caroline en est le témoin privilégié, ici ou ailleurs, sur terre ou sur la mer, les soins infirmiers transcendent toutes les frontières ! Alors, après cette lecture pleine d'exotisme, on ne peut avoir que de se placer à la proue du navire et de crier : Oh mon bateau ! Tu es le plus beau des bateaux !. A l'abordage, moussaillons !

Propos recueillis par Alexis Bataille, ESI 2e année (2019 – 2022), AS, pour infirmiers.com

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