AU COEUR DU METIER

Erreurs médicamenteuses : quid de la lecture "code barre"

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Médecin

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La lecture "code barre" des médicaments avant leur administration permettrait d'éviter bien des erreurs et dommages dont le plus grave peut être le décès du patient. Quelles sont les raisons de ce "retard", inadmissible de la France, et pourquoi les pouvoirs publics sont-ils si peu mobilisés sur cet enjeu de santé publique ? Hôpitaux et établissements médico-sociaux devraient pourtant se tenir prêts à l’implémenter pour le plus grand bénéfice de la sécurité du patient et de la sécurisation des pratiques soignantes.

Erreurs d’administration de médicaments et conséquences

injection infirmière

L'auteur s'interroge : où en est la France dans le combat qu'elle doit livrer contre les décès et les événements indésirables graves liés à des erreurs d'administration de médicaments ?

L’actualité nous a rappelé en septembre dernier qu’une erreur d’administration de médicament peut avoir très rapidement des conséquences tragiques1. Surtout, le décès d’un homme après injection par erreur de chlorure de potassium aurait pu être évité, si nous avions su mettre en place en France le plus efficace des détrompeurs, à savoir la lecture code barre avant administration connectée à la prescription informatisée. En 1999, dans un rapport mémorable « To Err is Human »2 (l’erreur est humaine), l’erreur médicamenteuse (EM) était jugée responsable de 7 000 décès annuels aux USA. En 2007, une revue générale dans Drug Safety, reprenant 35 études publiées sur les erreurs médicamenteuses à l’hôpital entre 1990 et 2005, retrouve environ 6% de patients atteints par une erreur médicamenteuse3. Les Etats-Unis ont récemment revu à la hausse leurs estimations du nombre de décès dus à une erreur médicale à l’hôpital, sur la période 2004-2008, et cela a même fait l’objet d’une audition devant le Sénat américain des experts de la sécurité du patient en juillet 20144, 5, 6. Il s’agirait non plus de 98 000 décès annuels, comme cela avait été évalué en 1999 à partir de données 1984, mais de 210 000 à 440 000, soit plus de 1 000 décès par jour et la 3ème cause de mortalité aux USA, derrière les maladies cardiovasculaires et les cancers. L’erreur médicamenteuse fait partie des erreurs médicales. Dans l’une des 4 études analysées par John James4, 7 des 12 décès enregistrés avaient été causés par des erreurs médicamenteuses. Il s’agit d’erreur d’administration dans la moitié des cas d’EM7. En France, l’enquête ENEIS 2009 a permis d’identifier 0,7 événements indésirables graves (EIG, avec dommages au patient) lié à un médicament pour 1 000 journées d’hospitalisation, évitables pour la plupart8. Une étude conduite en France9 à l’Hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP), de l’AP-HP, publiée en 2012, a analysé 1.501 administrations de médicaments opérées par 28 infirmières prenant en charge 108 patients au cours des 3 tournées de médicaments (8h, 12h, 18h) six jours consécutifs. Les 4 unités cliniques bénéficiaient d’une informatisation de la prescription à l’administration, de l’analyse pharmaceutique des prescriptions, d’une dispensation en doses unitaires, et d’une cueillette à partir d’armoires informatisées sécurisées. Un taux élevé (7,5%) d’erreurs d’administration est néanmoins rapporté malgré des processus et des équipements favorables à première vue, qui n’ont pas permis de les éviter. 6% de ces erreurs ont été jugées « sérieuses » ou ayant un impact significatif sur le patient. Parmi les pistes d’amélioration envisagées, figure en premier lieu la lecture code barre pour sécuriser l’administration…

Causes - Comment les expliquer ?L’erreur est souvent d’origine multifactorielle. La méthode « REMED », de revue de morbi-mortalité appliquée à une EM, élaborée par la SFPC, Société Française de Pharmacie Clinique, définit une liste non exhaustive de 250 causes ou facteurs contributifs10, classées en 8 domaines d’investigation : le médicament ou dispositif médical, le patient, le professionnel de santé, la pratique ou procédure,...

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