AU COEUR DU METIER

Formation et exercice infirmier : quel avenir ?

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Compétences infirmières

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Du 24 au 26 septembre 2014, la Fédération Européenne des Enseignants en Soins Infirmiers (FINE) a organisé ses journées de formation à Nancy. Un événement riche en pensée soignante élaboré en interdisciplinarité et interculturalité !

conférence micro intervention

Des journées de formation de la Fédération Européenne des Enseignants en Soins Infirmiers riches en enseignement.

La Fédération Européenne des Enseignants en Soins Infirmiers (FINE) vient de clôturer ses journées de formation du 24 au 26 septembre derniers, à Nancy. L'occasion pour la communauté internationale des infirmiers(e)s de réfléchir à la thématique « La formation et l’exercice infirmier : quel avenir ? ». Ainsi, les orientations et les enjeux de la profession ont été posés, argumentés et débattus par les professionnels venus du monde entier : Australie, Albanie, Arabie Saoudite, Belgique, Chine, Finlande, Italie, Luxembourg, Royaume-Uni, Suisse, Thaïlande, Turquie, France… Jaenne-Laure Danan, la présidente de FINE Europe, a notamment rappelé les engagements et sa volonté, avec le comité, d’acquérir un consensus européen à des fins notamment d’équité et d’efficience pour répondre aux besoins actuels et futurs des secteurs de la santé et de la formation.   

La pluri-référentialité des intervenants aux champs disciplinaires variés et multiples (infirmiers, universitaires, politiques, économistes, philosophes, représentants du Conseil international des infirmières, membres du Comité d'Entente des Formations Infirmières Et Cadres...) lors des interventions en plénière a permis de mesurer les enjeux qui attendent, demain, la profession infirmière. Tous s’accordent en effet à dire que la profession infirmière est désormais à un tournant et qu'il est nécessaire (indispensable) de construire une vraie filière universitaire des sciences infirmières.

Il est également vital d’adapter les préconisations du monde d’aujourd’hui pour les faire évoluer vers les perspectives de demain et ceci en rassemblant les différents acteurs autour d’un projet commun répondant aux besoins de la population. La diversité de chaque acteur doit être appréhendée comme une richesse au service d’un collectif dont la population fait partie. Dans ce sens, l’avenir des formations ne peut pas être déconnecté des réels besoins ou des différents référentiels. Néanmoins, nous savons tous que le changement dérange et provoque de l'insécurité. Sans oublier qu’il faut du courage et parfois du temps pour faire évoluer les dispositifs existants.

La profession doit faire face « aux nouveaux besoins de formation et de santé dans un contexte économique européen tendu. Mais également à la nécessité de former des infirmières pouvant dispenser des soins de qualité et garantissant la sécurité des personnes »

Un exercice spécifique à valoriser

Être infirmier(e) aujourd’hui, c’est être le pivot de l’activité de soin. Ainsi positionnée, l’infirmière du XXIème siècle devient le maillon indispensable dans les actions de prévention, d’éducation thérapeutique ou d’orientation de la santé. Elle est une pièce maîtresse des pratiques avancées. Par ailleurs, son rôle est de plus en plus complexe et varié. Jane-Laure Danan précise d'ailleurs que la profession doit faire face aux nouveaux besoins de formation et de santé dans un contexte économique européen tendu. Mais également à la nécessité de former des infirmières pouvant dispenser des soins de qualité et garantissant la sécurité des personnes. Elle poursuit en soulignant le besoin d’inclure l’adaptabilité et la flexibilité comme paradigme de la culture éthique et soignante. La nouvelle infirmière sera celle qui sera capable de poser de nouvelles façons de penser la nature des soins infirmiers. De son côté, Pierre Theraulaz, représentant du CII, propose trois défis à relever :

  • mettre en œuvre les pratiques avancées. Elles constituent un nouveau rôle infirmier à investir et à développer ;
  • établir un leadership et positionner l'infirmier(e) comme acteur(trice) dirigeant les changements. En effet, en développant ses qualités de gestionnaire, tant du matériel que des ressources humaines, en étant le pivot de l’équipe pluri-disciplinaire, en animant une équipe, l’infirmier(e) devient officiellement le professionnel régulant l’activité de chacun des soignants ;
  • renforcer le rôle politique qui demande encore aujourd’hui à être investi plus fortement. Cela nécessite de se positionner au sein des différentes instances et surtout de faire entendre sa voix et sa pensée propre.

Bref, l’infirmier(e) doit être le visionnaire qui impulse les évolutions professionnelles. C’est entre autres à ce niveau que la formation a un rôle important à jouer. Ainsi, il est important de positionner au centre des réflexions :

  • la reconnaissance du rôle autonome de l’infirmier(e) ;
  • l’interdisciplinarité en élaborant des séquences de formations pluri-professionnelles, mais aussi en évoluant vers un dispositif de coopération professionnelle ;
  • un métier nouveau se trouvant à l’interface entre le médical et le paramédical ;
  • le développement de la science ou des sciences infirmières.

Reste à continuer à actionner des leviers et à construire des programmes innovants permettant de mettre en exergue la spécificité de l’exercice infirmier.

L’infirmière doit être une visionnaire qui impulse les évolutions professionnelles.

Faire évoluer les pratiques de formation

Les sessions parallèles, présentées par des formateurs originaires de différents pays mais aussi par des étudiants représentés par la Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers (FNESI) sont venues enrichir les débats. Le partage d’expériences et la mise en lumière des innovations de formation apportent un éclairage nouveau sur les pratiques pédagogiques. Chaque intervenant a dévoilé une part de son activité en la matière et les participants ont pu les questionner sur leurs pratiques. Ainsi les présentations, aux thématiques variées et complémentaires, ont permis d’entrevoir les différentes problématiques de formation mais aussi d’envisager la construction de partenariats. Chacun repart ainsi avec des idées novatrices et réalistes et qu'il va pouvoir adapter à son contexte de travail.

De plus, de nombreux cadres de santé formateurs ont présenté la synthèse de leurs recherches réalisées lors de master ou de doctorat. Les données collectées et l’analyse réalisée ont apporté une lecture nouvelle de l’activité du cadre de santé formateur. De nouveaux regards se construisent et permettent ainsi de faire évoluer les pratiques de formation. Il est intéressant de noter que les préoccupations de chacun se regroupent. Néanmoins, la France ne bénéficie pas encore des moyens développés dans d’autres pays permettant notamment de s’appuyer sur des données probantes produites par des chercheurs français en sciences infirmières. Il est indispensable de s’appuyer sur les ressources existantes pour faire valoir les données scientifiques en lien avec notre exercice professionnel. Voilà un beau challenge à relever et à construire pour les années à venir.

Je conclurais en empruntant deux citations énoncées par Jaenne-Laure Danan. La première est de Gandhi et inscrit chacun de nous dans la réalité de l’instant tout en se projetant dans le futur. « L'avenir est ce que vous faites maintenant". Il est donc inutile de penser que c’est à l’autre de faire avancer la profession infirmière. C’est l’affaire de tous, d’un collectif en marche. La deuxième est de Nelson Mandela qui a déclaré : L'éducation est l'arme la plus puissante que l'on puisse utiliser pour changer le monde.

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Cadre de santé infirmier Ifsi de Savernes isabelle.bayle@gmail.com

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Commentaires (2)

Edo

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1 commentaires

#2

Faire revenir les infirmiers de terrain dans le débat.

Commentaire très juste!

Il est indispensable de ne pas limiter ces grands débats que à des intervenants qui sont par moments si je puis me permettre déconnecté de la réalité soignante.

On a besoin de vrai infirmier de terrain pour faire avancer le débat et la pensée collective en France.

Combien de infirmier diplômé participe encore à ce type de débat? Je sais qu'il est difficile une fois rentré dans la vie active de s’intéresser encore à toutes ces choses, le train-le train quotidien étant énormément chronophage.

Mais je pense qu'il est indispensable de les faire revenir dans les réflexions collectives sur les pratiques infirmières. Car c'est eux qui sont chaque jour au contact des patients, conscient de la réalité soignante de nos jours en France et qui l'écrivent au quotidien.

Combien de temps un philosophe ou cadre un formateur passe de temps auprès du chevet d'un malade? Trop peu je pense et pourtant c'est eux qui parle de pratique infirmière et de son avenir!

moutarde

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494 commentaires

#1

La pluri-référentialité des intervenants ?

Il y a vait des IDE de terrain ? A part les universitaires, politiques, économistes, philosophes, représentants du Conseil international des infirmières, membres du Comité d'Entente des Formations Infirmières Et Cadres...etc.

Des IDE (hors apprentis) qui mouillent leur chemise tous les jours dans la vraie vie des services, domiciles, structures d’urgences/samu/pompier…etc.

Quelles sont les perspectives de demain ? On parle de besoins de la population d’abord sur le plan humain ou sur le plan économique selon une logique de rentabilité ?

[…le changement dérange et provoque de l'insécurité…] et c’est là qu’on te ressort la résistance au changement parce qu'on objecte la pensée unique de celles et ceux qui planent à 1000 mètres ☺

[…Bref, l’infirmier(e) doit être le visionnaire qui impulse les évolutions professionnelles…] Celui qui est dans le cercle, il a du mal à voir le centre… une autre façon de dire que quand on a les mains dans la merde…etc ce qui est sûrement loin d'être le cas de tous ces conférenciers.