AU COEUR DU METIER

Infirmier de pratique avancée en oncologie : un besoin plus qu'urgent

par .

Cet article fait partie du dossier:

Compétences infirmières

    Précédent Suivant

Avec le vote de la loi santé, le 17 décembre dernier, l'avenir de la profession infirmière en cancérologie a pris un tournant décisif. En effet, l'adoption de l'article 30 marque une importante volonté du gouvernement de voir apparaître des infirmiers de pratique avancée en oncologie (IPAO) au chevet des patients. Toutefois, si le besoin en IPAO devient de plus en plus urgent, notamment pour la survie des patients, d'importantes questions doivent être réglées au plus vite.

cancer patiente alitée

Un oncologue hospitalier passe 15 à 30 % de son travail quotidien à rattraper des défauts de coordination... Une situation pouvant être remédiée par l'émergence d'infirmiers cliniciens dans les services.

Les 8e Rencontres de la Cancérologie Française (RCFr), qui se sont tenues en décembre dernier à Paris, ont réuni patients et professionnels de santé autour d'une problématique importante : celle du parcours de soins en oncologie. Car en effet, de sa qualité dépend l'espérance de vie des patients ainsi que les probabilités de guérison. Mais, pour optimiser ce parcours, encore faut-il une amélioration de la coordination des soins. Dans une telle démarche de qualité, il semble donc de plus en plus nécessaire que les fonctions d'infirmier en oncologie évolue vers de nouvelles responsabilités. Il reste beaucoup de dysfonctionnements dans le système. Pourtant, cela nous paraît essentiel qu'un lien efficace soit assuré dans les soins. Mais, pour cela, de nouvelles formations, de nouveaux métiers et de nouvelles compétences sont nécessaires, notamment pour les infirmiers. De fait, nous souhaitons une universitarisation de la profession infirmière afin qu'une pratique avancée soit enfin possible, réagit le Professeur Véronique Trillet-Lenoir, chef du service d'oncologie médicale du CH Lyon-Sud et Professeur en cancérologie à l'Université Claude Bernard – Lyon 1. L'infirmière clinicienne a été annoncée dans la stratégie nationale de santé, la loi de santé et le plan cancer III. 2016 devrait être l'année de la sortie de ce nouveau statut. Toutefois, de nombreuses questions en suspens tendent à créer un scepticisme autour de cette attente.

2016 devrait être l'année de la sortie du statut d'infirmier de pratique avancée.

Infirmier de pratique avancée en oncologie, oui mais...

Si le métier d'infirmier clinicien existe déjà dans les pays anglo-saxons, il peine à émerger en France du fait de plusieurs problématiques. Parmi elles, l'aspect financier. En effet, chaque année, un infirmier diplômé d’État coûte en moyenne 50 000 euros, charges patronales incluses. Mais quid d'un infirmier de pratique avancée en oncologie (IPAO) ? La délicate question de la rémunération de ces nouveaux professionnels retarde l'entrée en formation des potentiels candidats. Les modules pédagogiques sont prêts depuis trois ans et validés par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pourtant, on attend toujours et ce, probablement à cause de la grille salariale qu'il est nécessaire d'établir pour ce nouveau métier..., suppose le Professeur Véronique Trillet-Lenoir. En outre, un questionnement sur les missions et tâches qui lui seront confiées semble s'annoncer. Très vite, va se poser la question de leur profil. Seront-ils principalement des cliniciens dotés d'une expertise ? Ou auront-ils une fonction de « case manager » avec des compétences managériales capables de fluidifier l'ensemble du parcours de soins, apportant ainsi des réponses aux demandes d'information et d'orientation  du patient ? s'interroge le Professeur Etienne Minvielle, directeur de la qualité des soins à l'Institut de cancérologie Gustave Roussy. Enfin, se pose la question du positionnement professionnel de l'IPAO par rapport aux métiers déjà existants. Que deviendront les infirmiers d'annonce et/ou de coordination ? L'infirmier clinicien remplacera-t-il ces professions ou aura-t-il pour finalité de les compléter ? Quoi qu'il en soit, si cette nouvelle fonction a pour but d'optimiser la coordination des soins, l'objectif ne peut être atteint qu'à condition que les missions de chacun soient clairement définies.

La rapidité est un élément clé pour la survie du patient et cette rapidité dépend de la coordination.

Une problématique qu'il est urgent de régler

Si toutes ces questions divisent, suscitent une large réflexion ou, au contraire, ne semblent pas prioritaires pour certains, les cancérologues présents aux Rencontres de la Cancérologie Française sont unanimes sur un point : le patient a besoin d'infirmiers cliniciens à son chevet. Il en va de la qualité de sa prise en charge et du lien indispensable entre l'hôpital et la ville. La rapidité est un élément clé pour la survie du patient et cette rapidité dépend de la coordination. Il suffit d'un dysfonctionnement d'un maillon de la chaîne pour que les délais soient rallongés, explique Gilles Nallet, coordonnateur régional du réseau de cancérologie de Franche-Comté. Or, les patients atteints de cancer ne peuvent malheureusement plus s'offrir le luxe de perdre du temps. Pourtant, chaque jour les médecins en perdent malgré eux. Un oncologue hospitalier passe 15 à 30 % de son travail quotidien à rattraper des défauts de coordination, précise le Professeur Etienne Minvielle. D'où l'urgente nécessité que des infirmiers cliniciens, dotés de compétences complémentaires, voire similaires, à celles des médecins, intègrent les services d'oncologie. Une délégation de prescription, d'ores et déjà prévue dans leurs missions, devrait par ailleurs soulager le travail des cancérologues. La légitimité de leur présence aux côtés des patients s’accroît donc avec le temps. Une tendance qui devrait s'accentuer avec l'essor des chimiothérapies orales et des besoins qu'elles provoquent.

Nous souhaitons une universitarisation de la profession infirmière afin qu'une pratique avancée soit enfin possible.

Creative Commons License

Gwen HIGHT  Journaliste Infirmiers.comgwenaelle.hight@infirmiers.com@gwenhight

Retour au sommaire du dossier Compétences infirmières

Publicité

Commentaires (1)

Damien87

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#1

Passer la vitesse supérieure, au service des patients

C'est une bonne chose pour cette spécialité qu'est l'oncologie. Mais cela fait bien 50 ans que la notion de "pratiques avancées" existe chez nos collègues outre manche et outre atlantique. Est-il nécessaire de préciser que les "maladies chroniques" ne se résument pas à l'Oncologie?! (question adressée à nos parlementaires et à notre ministère de tutelle). La psychiatrie adulte et infanto-juvénile souffre elle aussi d'une déficience majeure d'organisation et d'offre de soins. Des infirmiers formés aux pratiques avancées en psychiatre (des IPAP?)et leur reconnaissance statutaire, permettraient une amélioration certaine des conditions d'hospitalisation des patients, un parcours de soins plus adapté, une diminution du syndrôme de la file d'attente lors des premières consultations, une diminution des décompensations à domicile et donc des hospitalisations... et j'en passe, la liste est longue. Je ne parle pas des économies à moyen et long terme que permettraient de tels remaniements. Encore faudrait-il que le gouvernement se détache de cette vision économique court termiste qui entrave la qualité de prise en soin de nos patients. Cette discussion est évidemment ouverte à nos parlementaires et élus du gouvernement. Quitte à ne pas s’asseoir sur les bancs de l'assemblée, venez discuter sur les forums, il n'y a rien de mieux que d'écouter et échanger avec les professionnels de terrain. A bon entendeur. Force Blanche