AU COEUR DU METIER

May-Ly Picard, infirmière et espoir français de karaté

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Compétences infirmières

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May-Ly Picard a commencé le Karaté à l’âge de 4 ans dans un club de Grimaud (dans le Var). C’est son père qui faisait du karaté en loisir et qui l’a inscrite à cette discipline. Aujourd’hui, la jeune femme, qui fête ses 23 ans ce mardi 17 décembre, concilie avec une rigueur impressionnante son métier d’infirmière et sa passion pour le Karaté. Devenue l’une des meilleures karatékas Françaises, elle vise même les JO de Tokyo, en 2020…

May-Ly Picard, infirmière et espoir français de karaté

Avant d’enfiler sa blouse blanche d’infirmière, May-Ly Picard s’entraîne tous les matins à 6h.

Les journées de May-Ly Picard sont particulièrement denses. Cette jeune infirmière en consultation cardiaque à l’hôpital Pasteur de Nice, commence ses entraînements de karaté à 6h du matin, juste avant de prendre son service, et s’entraîne aussi après le travail, à partir de 19h30. Le matin, je m’entraîne pendant 1h-1h30, la plupart du temps en salle de sport où je fais du cardio, plus rarement en entraînement personnalisé, puis j’effectue ma journée comme infirmière et je m’entraine encore après le travail. Le soir c’est du karaté pur, en club, ou personnalisé. Originaire du Var, May-Ly Picard est arrivée à Nice à l’âge de 14 ans pour faire ses études, mais également pour intégrer un club important, l’ASBTP de Nice, qui avait le projet de constituer une équipe féminine de karaté.

May-Ly Picard

Le matin, je m’entraîne pendant 1h-1h30, puis j’effectue ma journée comme infirmière et je m’entraine encore après le travail.

Aujourd’hui 50e mondiale, May-Ly Picard regarde en direction des JO

Ces entraînements très durs et ce rythme effréné, la jeune femme les tient parce qu’elle a un objectif précis. May-Ly Picard, aujourd’hui 50e mondiale, vise les JO 2020 de Tokyo. Pour se qualifier, elle se rend à des compétitions partout à travers le monde. Il y a plusieurs modes de qualification pour les JO, explique-t-elle. Soit par le ranking mondial (classement mondial), soit par l’équipe de France, qui choisira une seule athlète pour le tournoi de qualification olympique en mai prochain. Pour prétendre à cette qualification, il faut donc être la meilleure française avec les meilleures performances lors des 4 dernières compétitions (à Paris, Dubaï, Salzbourg et Rabat) – à raison d’une compétition toutes les deux ou trois semaines à partir de la fin janvier…

Pourtant, le jour, May-Ly Picard laisse son kimono pour enfiler sa blouse blanche d’infirmière. Son métier, elle l’a choisi à l’origine pour travailler auprès des enfants. C’est ce que je voulais depuis toute petite. Je voulais travailler dans un service de pédiatrie, mais avec le sport c’était difficile à concilier parce qu’il y a des prises de poste de 12h et des nuits… Pour l’instant je ne peux pas me le permettre. Je suis infirmière depuis un an et demi, plus tard, j’espère que je pourrai intégrer un service de pédiatrie. Quand elle est à l’hôpital, la sportive tient à rester assez discrète, même s’il lui faut régulièrement poser des jours précis pour se rendre à ses compétitions. Concilier sport de haut niveau et travail n’est pas toujours facile, avoue-t-elle, et il lui a fallu, parfois, refuser des opportunités, comme par exemple récemment un stage en équipe de France. Heureusement, j’ai une cadre et des collègues compréhensifs qui me permettent de m’organiser.

May-Ly Picard

J’étais 50e mondiale avant ma blessure et en revenant, j’étais passée 192e mondiale… On a repris peu à peu les compétitions.

Et si May-Ly Picard met tout en œuvre aujourd’hui pour décrocher sa qualification aux JO, la jeune femme a déjà traversé bien des épreuves. Fin 2016, j’ai eu une rupture des ligaments croisés (en compétition), ce qui m’a beaucoup pénalisée. Pendant un an, elle se voit obligée de mettre sport et études (elle est alors en 3e année d’école d’infirmière) entre parenthèses. « Ça a été un gros coup dur », se souvient-elle. D’autant qu’elle avait, justement à cette époque, de très beaux espoirs. Quand je me suis blessée (en décembre) j’avais participé au championnat du monde universitaire et j’avais perdu en quart de final, ce qui était une très belle victoire. Au premier tour, je prends la vice-championne du monde en titre de ma catégorie. Ensuite je perds 1-0 contre celle qui était championne d’Europe en titre senior, énumère-t-elle. J’étais en plus dans ma dernière année de moins de 21 ans et donc prétendante aux championnats d’Europe et du Monde en moins de 21 ans... Mais avec cette blessure, tout s’est arrêté brutalement.

Une fois remise, il faut aussi revenir à la compétition, fin 2017… J’étais 50e mondiale avant ma blessure et en revenant, j’étais passée 192e… On a repris peu à peu les compétitions. May-Ly Picard alors, s’accroche, s’acharne et remonte finalement dans le classement jusqu’à regagner sa 50e place mondiale. Je n’ai pas lâché. Certaines performances récentes m’ont permis de bien remonter dans le classement, résume-t-elle, modeste. Ses victoires successives malgré les difficultés attestent pourtant d’un mental solide. A Istanbul, elle bat la championne d’Asie en compétition mondiale. Puis à Moscou, elle bat celle qui était double championne d’Europe 2017 et 8e au classement mondial, ainsi que la Russe, 33e mondiale, à domicile. Je n'ai pas connu que des succès, sourit-elle, mais je suis remontée peu à peu dans le classement.

Parfois, c’est fatigant, ou bien on est blessé, mais le karaté est une passion et j’ai un vrai défi à relever, assure-t-elle. Les JO de 2020, c’est l’objectif du moment de May-Ly Picard. Et l’occasion ne se représentera peut-être pas, car le karaté devient pour la première fois discipline olympique l’été prochain avant de disparaître des JO en 2024. 2020 sera donc pour elle la seule fenêtre de tir pour devenir championne olympique. Elle y croit. On y croit.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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