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La médiation par l’animal auprès des personnes touchées par le cancer : quels bienfaits ?

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Compétences infirmières

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Cadre de santé en service d’oncologie puis en Institut de formation en soins Infirmiers, Candice Neuville a souhaité étudier quels seraient les bienfaits de la médiation animale auprès de personnes atteintes de cancer. Formée à l’Institut français de zoothérapie en tant qu’intervenante en médiatrice animale, elle effectue les séances de médiation avec son chien, un golden retriever de 6 ans prénommé Iouky. Elle nous livre les résultats de cette démarche thérapeutique obtenus avec quatre de ses patients.

La médiation par l’animal auprès des personnes touchées par le cancer : quels bienfaits ?

Les séances de médiation animale réalisées par Candice et son chien Iouky permettent de faire évoluer le regard sur cette démarche thérapeutique tant dans les soins généraux qu’en oncologie où elle les pratique.

La médiation par l’animal pour aider l’humain ? Parfois nommée zoothérapie, la médiation par l’animal se développe en France dans de nouveaux domaines de soins. En effet, depuis des décennies on utilise les chevaux en équithérapie dans le handicap physique, moteur et psychique. Les chiens quant à eux jouent un rôle indispensable en tant que chien assistant pour les aveugles, les handicapés, les autistes, et même grâce à leur odorat ils aident les patients épileptiques ou autres… Désormais, les chiens, rongeurs, chats et autres animaux trouvent leur place en EHPAD. En effet, plus que les chiens visiteurs qui apportent une distraction et animation, le chien médiateur va contribuer à apporter de l’aide et du soutien, dans le programme de soins des personnes bénéficiant des séances. La personne formée en médiation par l’animal a des compétences de soignant : son premier métier étant : infirmière, éducateur spécialisé, aide soignante, ergothérapeute, psychologue… Ainsi, elle va préparer et mener les séances en fonction des besoins spécifique de chaque personne accompagnée (patient, résident…). Mémoire, mobilité, dextérité, estime de soi, communication, douleurs… les problématiques travaillées en séances sont nombreuses, et les compétences d’un soignant sont une plus-value indéniable pour travailler par objectifs professionnels.

En tant que cadre de santé en service d’oncologie puis en Institut de formation en soins Infirmiers, j’ai souhaité étudier quels seraient les bienfaits de la médiation animale auprès de personnes atteintes de cancer. Formée à l’IFZ Institut français de zoothérapie : j’effectue les séances de médiation animale avec mon chien, un golden retriever de 6 ans : Iouky. Mon chien a reçu son certificat de chien médiateur après une série de tests prouvant qu’il est tout à fait apte à aider l’humain sans aucune agressivité, un regard plein d’amour et surtout qui ne juge pas ! C’est dans ce non jugement que les personnes blessées par la vie, apprécient la présence animale. Iouky a un certificat vétérinaire de bonne santé et d’aptitude à exercer même en milieu hospitalier. A Montélimar, nous avons la chance d’avoir le deuxième centre Ressource de France.  Ce centre propose aux personnes touchées par le cancer et à leur entourage, un axe mieux être : sophrologie, réflexologie plantaire, méditation, art thérapie, micro nutrition… Je remercie l’équipe de ce centre de m’avoir permis d’effectuer une petite étude sur les bienfaits de la médiation animale auprès de leurs bénéficiaires.

Lors d’une réunion de présentation du projet, quatre personnes se sont portées volontaires pour cette étude. Chacun pouvait bénéficier de quatre séances individuelles d’une heure durant l’été 2019. Je remercie amplement ces  personnes dont je garderai bien entendu l’anonymat et le maximum de discrétion. Leur contribution va permettre de faire évoluer le regard de la médiation animale dans les soins généraux et notamment en oncologie.

Le profil des quatre personnes volontaires

Mme X, la soixantaine, vit seule depuis le décès de son mari mais semble bien entourée de ses proches. Touchée par un cancer pulmonaire, Mme X, présente lors de la première séance les problématiques (ou diagnostics infirmiers) suivants :

  • tristesse en lien avec le deuil de son époux ;
  • communication verbale peu développée et non verbale distante avec le chien ;
  • communication interpersonnelle exprimée comme inefficace ;
  • confiance en soi et projections vers l’avenir altérés ;
  • légère dyspnée à l’effort.

Nous ferons quatre séances en compagnie de Iouky.

Mme Y, la trentaine, touchée par un cancer du sein, déjà opérée et radiothérapie effectuée. Les problématiques exposées en première séance sont :

  • douleurs du bras coté opéré ;
  • image corporelle très altérée avec expression d’un bras mort ;
  • stress et vision enragée des soucis quotidiens de la vie difficile à affronter…

Nous ferons quatre séances en compagnie de Iouky.

Enfant A, touché par une tumeur cérébrale, accompagné de sa maman. Les problématiques repérées sont :

  • mobilité altérée par une hémiplégie ;
  • parole peu fluide et qui nécessite un effort extrême.

Nous ferons une séance en compagnie de Iouky.

Mr B , la soixantaine, touché par plusieurs cancers de la sphère abdominale. Les problématiques évoquées sont :

  • la douleur ;
  • le manque de motivation ;
  • Mr B se dit sceptique mais curieux vis-à-vis de ces séances.

Nous ferons une séance en compagnie de Iouky.

Les séances ont été adaptées à chacun selon leurs problématiques et la météo… Nous avons eu la chance de bénéficier d’un cadre toujours agréable : une salle au centre Ressource pour la première rencontre, puis au frais de la climatisation en pleine canicule, mais aussi au sein d’un jardin ou d’une rivière pour les activités plus dynamiques. L’intérêt de faire des séances d’une heure, permet de bien faire un accueil de qualité en prenant bien le temps de poser les problématiques du jour et le programme de la  séance. Ainsi nous alternons entre des exercices avec Iouky : ordres, jeux, ballades, parcours, caresses, brossage, nourrissage, hydratation, anatomie durant le contact physique, temps de câlins qui permettent aussi de laisser sortir les émotions sans jugement.

Mais aussi des temps sans contact direct avec  mobilité de parcours réflexifs, temps de lecture, de jeux, de musique, d’exercices aidant au développement personnel. Le lien avec les animaux dans les exercices permet une approche ludique des séances. Une échelle de bien être avec  quatre émojis de plus en plus souriants et une échelle de douleur citant la douleur de 1à 10 ont été proposé pour évaluation des séances. Puis un questionnaire sur les effets de la séance sont remplis par les quatre personnes en début et en fin de séance.

Bilan des séances

Les résultats viennent de mon observation et des questionnaires rendus par les quatre personnes volontaires.

Personne Problématiques Bienfaits des séances de médiation par l’animal
Mme X. - Tristesse en lien avec le deuil
- Communication verbale peu développée et non verbale distante avec le chien
- Communication interpersonnelle exprimée comme inefficace.
- Confiance en soi et projections vers l’avenir altérés.
- Légère dyspnée à l’effort.
- Emoji de plus en plus souriants au fil des séances
- Discours et mots de plus en plus positifs
- Evocation de projets d’avenir et du rôle de grand- mère avec joie et fierté
-Communication dans le toucher avec le chien enfin accepté et prise de plaisir dans ce contact alors que ce n’était pas le cas au début.
-Expression de la joie de venir aux séances
-Fait preuve de persévérance dans les exercices demandés avec un effort physique et moral volontaire.
-Travaille sa concentration.
- Exprime de la sérénité, de la détente physique et du dynamisme
-Evoque le bien-être apporté.
- Se projette dans l’avenir
- Laisse sortir ses émotions lorsqu’elle le souhaite mais est aussi fière de mieux les maitriser en fin de programme.
Mme Y - Douleurs du bras coté opéré.
- Image corporelle très altérée avec expression d’un bras mort.
- Stress et vision enragée des soucis quotidiens de la vie difficile à affronter.
-Diminution des douleurs à chaque séance.
-Utilisation douce et progressive du bras avec de belles surprises dans ce bras qui reprend vie au contact du chien.
-Meilleure acceptation de l’image corporelle.
-Attitude beaucoup plus calme, zen. Exprime le lâcher prise et le bien être qui est aussi flagrant dans les emojis de fin de séance .
-Discours d’avenir plus positif, a gagné de la confiance en soi.
- L’image corporelle a bien évoluée.
Enfant A.
- Mobilité altérée par une hémiplégie.
- Parole peu fluide et qui nécessite un effort extrême.

- Facilité de l’expression orale dans un échange magnifique avec Iouky, le verbal et le non verbal sont développés.
- L’échange avec l’enfant est fabuleux, Iouky est ravi aussi d’apporter à l’enfant beaucoup de bienveillance.
- Mobilité physique grandement motivée par le chien et la fatigue vient seulement en fin de séance. Un plaisir partagé a 4 avec la maman et moi même.
Mr B.
- La douleur
- Le manque de motivation
- Mr B se dit «  septique mais curieux » vis-à-vis de ces séances

- Douleur diminuée de 5 à 2 en fin de séance.
- Discours plus positif en séance l ‘esprit part ailleurs grâce au chien et cela diminue la douleur et l’effort physique en parallèle du chien est apprécié.

Le bilan final avec chaque personne a montré des bienfaits parfois différents selon les problématiques abordées. Seul Mr B., sceptique au départ, n’a pas souhaité continuer l’aventure, pour des raisons de distance géographiques aussi. Malgré tout, il a constaté des bienfaits physiques et de mieux être en fin de séance.

Cette belle aventure m’a prouvé que l’amour bienveillant et sans jugement de Iouky peut aider les personnes. Mon regard infirmier et ma connaissance des problématiques du combat contre le cancer, je suis ravie d’apporter une nouvelle aide, complémentaire aux traitements médicaux et paramédicaux. Notre médiation animale y a trouvé une belle place !

Un grand merci aux bénévoles de cette étude et au centre ressource de Montélimar. Un grand merci à mon chien qui, je le sais, n’attend que cela : aider l’humain. Je prends bien soin de lui et veillerai à ce que cette mission ne lui pèse jamais. La condition et le bien-être de l’animal sont très important dans cette mission.

A lire : Pratiquer la médiation animale

Accueillir un ou des animaux dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux est une pratique de plus en plus médiatisée pour ses bienfaits apportés aux usagers. Pourtant, que cette activité soit ponctuelle ou inclue dans votre projet d'établissement, mettre en présence un animal auprès de votre public n'est en rien une action anodine. Garantir la réussite d'une telle démarche nécessite de comprendre quelles sont les relations entre Homme et Animal et de définir précisément ce qui est attendu de la présence de l'animal. Les conditions nécessaires pour pérenniser ce type de projet concernent tant les matériels et financements à mobiliser, que le cadre juridique et sécuritaire à respecter.

Rédigé par des professionnels d'horizons variés (directeur d'établissement, psychologues, éducateur canin) œuvrant dans le domaine de la médiation animale, cet ouvrage vous apporte :

  • une analyse des différentes pratiques dans le champ des activités associant l'animal
  • des conseils éclairés pour vous accompagner dans votre démarche-projet par l'apport de protocoles sanitaires dans le respect des lois et règlements fondamentaux ;
  • de nombreux outils et exemples pour vous aider à cerner vos objectifs et à évaluer l'impact de votre démarche tant sur vos usagers et leurs familles que sur vos collaborateurs et votre structure.

• Pratiquer la médiation animale dans le secteur social et médico-social, Chloé Zimmer-Baue, Florian Auffret et Robert Kohler, ESF Editeur, novembre 2019, 17€.

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