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Mutilations génitales féminines : la prise en soins infirmière

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Compétences infirmières

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Les mutilations sexuelles féminines (MGF) sont internationalement considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes. Elles sont le reflet d'une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constituent une forme extrême de discrimination à l'égard des femmes. Le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (SIDIIEF) dénonce toute forme de pratique des MGF dans le monde et en appelle à la mobilisation de la communauté infirmière francophone pour agir ensemble contre ces pratiques.

excision mutilation

Les mutilations sexuelles sont préjudiciables à bien des égards aux jeunes filles et aux femmes. Les infirmier(e)s ont un rôle important à jouer en la matière.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les mutilations sexuelles sont des interventions qui ne présentent aucun avantage pour la santé. Elles sont surtout pratiquées chez les jeunes filles entre l’enfance et l’âge de 15 ans. C’est une pratique ayant des conséquences notoires tant sur le plan physique, que psychologique et social. Les mutilations génitales féminines (MGF) consistent notamment en l’ablation de la partie externe du clitoris et de son capuchon. Dans certaines régions, elle est complétée par l'ablation des petites lèvres et de la suture des grandes lèvres. Cette "opération", qui se pratique souvent avec la complicité des familles et des proches, parce que considérée comme meilleure pratique pour faire un bon mariage, n’est pas anodine et comporte d'énormes risques pour la santé du patient, de la famille et de la communauté.

Dans ce contexte, l’infirmière, dans ses fonctions régaliennes, a le devoir d’une prise en soin intégrale, du physique au psychosocial, de toute personne expérimentant une situation de santé particulière et singulière, en utilisant la démarche scientifique de résolution des problèmes.

Les infirmières et infirmiers ont un important rôle de plaidoyer à jouer dans la prise en soin des communautés face à la problématique des mutilations génitales féminines

La prise de position du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (SIDIIEF)

Toutes les sociétés du monde sont interpellées par l’ampleur de la problématique des mutilations génitales féminines (MGF). En effet, avec le phénomène de l’immigration, ces pratiques ne sont plus seulement une réalité de certains pays, mais affectent également de plus en plus le monde dans son ensemble. Les infirmières et infirmiers de tous les pays doivent être informés et rester vigilants face à cet enjeu mondial. Il importe que la profession fasse circuler l’information pertinente sur le sujet et sur les politiques et procédures à adopter pour une offre de soins culturellement adaptée à ce genre de situation. (SIDIIEF, 2013).

La prise en soin infirmière

Le but de la prise en soin visera à pallier les conséquences et à prévenir les complications physiques et psychologiques de l’excision sur la jeune fille ou la femme. Les objectifs de cette prise en soins sont notamment :

  • lutter contre le saignement, et les infections ;
  • gérer la douleur physique ;
  • soulager la souffrance psychologique ;
  • éduquer la personne soignée et sa famille ;
  • initier un plaidoyer en faveur de la santé des populations dans ce contexte, notamment l'éradication de la pratique des MGF.

Plus concrètement, la prise en soin infirmière consistera à :

  • collecter des données pertinentes englobant non seulement l’aspect physique de la personne, mais ses aspects socio-culturels et psychologiques ;
  • poser un diagnostic infirmier pertinent selon la situation ;
  • mettre en pratique des interventions infirmières ;
  • évaluer ces interventions par la suite.

Collecte de données

Données socio-démographiques Âge, ethnie, statut matrimonial, niveau d’instruction, profession
Données physiques État de conscience : agitation, prostration.
État de la zone d’excision (saignement, inflammation, infection).
Signes vitaux : tension artérielle (TA), fréquence cardiaque (pouls), fréquence respiratoire (FR), température et douleur.
Système cardiovasculaire : saignement, pâleur, tachycardie.
Signes de choc : agitation, sueurs, extrémités froides, soif.
Système génito-urinaire : troubles mictionnels et menstruels, rapports sexuels douloureux.
État général : fatigue, fièvre.

Données psychologiques et émotionnelles
Agitation, anxiété, agressivité, torpeur, résignation, sérénité, état dépressif, insomnie, sentiment de culpabilité, faible estime de soi, pensée récurrentes de suicide.
Données culturelles Si la culture de la personne soignée est en faveur de l’excision :  conséquences psychologiques positives (sérénité)
Si la culture de la personne soignée est contre l’excision : conséquences psychologiques négatives évoquées plus haut

Diagnostics infirmiers possibles

Diagnostics
(liste non exhaustive)

Faceurs relatifs
Risque de choc hypovolémique Hémorragie
Douleur Inflammation, blessure aux mouvements
Altération des interactions sociales Peur du rejet
Risque d'infection Traumatisme des tissus, brèche cutanée
Isolement social Perturbation de l'estime de soi
Altération de l'élimination des urines Hypovolémie, traumatisme, douleur, infection des voies urinaires
Perturbation du sommeil Anxiété, douleur
Risque potentiel d'automutilation Colère, révolte, impuissance, déni
Peur Douleur, perte d'une partie et d'une fonction du corps

Interventions infirmières

Dans les conséquences immédiates...

L'hémorragie

  • Allonger la victime.
  • Réaliser l’hémostase par compression des vaisseaux saignant, si nécessaire.
  • Ouvrir une voie veineuse pour prévenir un éventuel choc hypovolémique.
  • Prendre et surveiller les paramètres vitaux : TA, fréquence cardiaque, température.
  • Prélever du sang pour numération de formule sanguine (NFS), taux d’hémoglobine, groupage sanguin et facteur rhésus (GSRH).
  • Arrêter le traitement anticoagulant s’il est en cours.
  • Administrer des bains du siège à l’eau tiède salée.
  • Administrer le traitement médicamenteux prescrit et surveiller les effets non désirables.
  • Expliquer leurs effets secondaires des médicaments et les interventions de soin à la personne soignée et à sa famille

La douleur et l'inflammation

  • Évaluer la douleur selon l’échelle disponible, ainsi que le degré d’inflammation.
  • Utiliser le chaud et le froid :

    - le chaud : bouillottes, compresses chaudes, bains de siège à l’eau tiède salée;

    - le froid : appliquer des compresses froides, la vessie de glace ou le brumisateur.

Dans les deux cas, éviter les contacts trop prolongés et directs qui peuvent occasionner des brûlures.

  • Recommander la position antalgique: celle où elle sent le moins mal.
  • Éviter les mobilisations brutales et inutiles qui peuvent exacerber la douleur.
  • Administrer le traitement médicamenteux tels que prescrit, et surveiller les effets non désirés des médicaments.
  • Expliquer à la personne soignée et à sa famille les effets secondaires des médicaments et les interventions de soin.
  • Favoriser la relaxation: éviter le bruit et les lumières trop vives.
  • Conseiller d’éviter de longs trajets en voiture, surtout en saison chaude, ainsi que la position assise prolongée sans mobilisation, avant guérison complète.

Dans les conséquences à moyen terme...

Le risque infectieux : lutter contre l’infection

  • Éviter les phénomènes de macération  par une hygiène stricte :

    - bains de sièges à l’eau tiède salée ;     

    - séchage soigné de la zone blessée et des plis ;

    - port de sous-vêtements en coton non serrés.

  • Administrer le traitement tel que prescrit, surveiller les effets non désirables des médicaments et expliquer les effets secondaires à  la personne malade et à sa famille.
  • Risque d’infection VIH/sida : réaliser le test de départ, surveillance épidémiologique, et traitement d’urgence.
  • Risque de tétanos : administrer le sérum antitétanique, et procéder plus tard à la vaccination si la femme n'est pas complètement ou pas du tout immunisée.

Dans les conséquences à plus ou moins long terme...

Les conséquences émotionnelles et psychologiques

L’infirmière s’engagera dans une relation d’aide à travers :

  • une écoute attentive pour déterminer l’état psychique et émotionnel de la femme excisée et la mettra en confiance en vue de lui permettre d’exprimer librement son ressenti social, psychologique et culturel ;
  • la compassion par laquelle l’infirmière montrera son intérêt et son souci de partager la souffrance de la femme, et la comprendra ;
  • le soutien psychologique en encourageant la femme à transcender sa situation, et en favorisant la socialisation, l’aidera à rester positive. Elle l’aidera à retrouver le plaisir des petites choses, à apprendre à pardonner, à se reposer régulièrement.

Conseils contributifs à la réduction des manifestations psychologiques de l'excision 

Interventions possiblesComposantes
utiles

Action et effet sur la réduction des conséquences psychiques de l'excision
Nutrition :
aliments à consommer

Céréales complètes
Oméga 3
Augmentation de la sérotonine (induction du sommeil, calme les émotions et agit positivement sur l'humeur
 
Vitamines du groupe B
acides aminés
Précurseurs de la sérotonine
Fruits et légumes
Eau

Acide folique
 
Constituant majoritaire de l'organisme
Entretien et régénération du tissu nerveux
Aide à éliminer les toxines
Jus de fruits naturels Apport important de vitamines et d'acides aminés
Lutte contre l'asthénie et effet désintoxiquant
Phytothérapie : tisanes Effet relaxant de certaines tisanes sur le système nerveux

Physiothérapie : exercice physique avec modération après guérison physique
Libération des endomorphines par diminution de la tension musculaire Amélioration de l'humeur
Héliothérapie : exposition aux rayons doux du soleil Rayons UVB Augmentation de la circulation périphérique et de la sudation, conduisant à une action sur l'humeur ; combat la mélancolie

Autres interventions possibles

  • Troubles mictionnels : référer à un urologue.
  • Troubles psychiques : référer à un psychologue.
  • Référer aux groupes de soutien s’il en existe. 
  • Éduquer les familles et les proches sur les risques et les complications liés à la pratique de l’excision.
  • Faire valoir le rôle d’avocat et d’agent de relations de l’infirmière : en dénonçant les situations critiques et de non consentement (cf: conventions internationales des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant (CIDE) sur l’élimination de toute forme de discriminations).
  • Accompagner la famille en cas de décès de la victime.

Les mutilations génitales féminines sont presque toujours pratiquées sur des mineures et constituent une violation des droits de l'enfant. Ces pratiques violent également les droits à la santé, à la sécurité et à l'intégrité physique...

Pour conclure

Finalement, les infirmières et infirmiers ont un important rôle de plaidoyer à jouer dans la prise en soin des communautés face à la problématique des mutilations génitales féminines. C'est pourquoi, le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (2013) encourage l’infirmière et l’infirmier, à titre de professionnel et de citoyen, à participer à des campagnes sur les conséquences dangereuses des MGF auprès des fillettes, des femmes, des familles et des communautés; à initier et soutenir l’action communautaire destinée à favoriser l’accès aux soins et à des services de santé adaptés aux besoins des femmes, et à participer aux initiatives permettant de réduire les inégalités entre les genres.

Le SIDIIEF dénonce toute forme de pratique des MGF dans le monde et en appelle à la mobilisation de la communauté infirmière francophone pour agir ensemble contre ces pratiques. En ce sens, le SIDIIEF :

  • fait appel aux gouvernements et autorités concernés pour qu’ils adoptent une politique de protection sociale et créent des conditions favorables à la protection de la santé des femmes en adoptant des lois qui condamnent la pratique des MGF ;
  • invite la communauté infirmière francophone à se mobiliser et à collaborer avec d’autres partenaires (locaux, nationaux et internationaux) à des campagnes de sensibilisation auprès des communautés pour les conscientiser aux méfaits des pratiques de MGF et les dénoncer ;
  • appuie toutes les initiatives des infirmières et infirmiers de par le monde qui travaillent à améliorer les soins et services de santé pour les femmes et les filles à risque ou qui ont subi une MGF ;
  • dénonce la participation de médecins, d’infirmières et de sages-femmes à des pratiques de MGF et considère qu’il s’agit d’un manquement grave à la déontologie professionnelle ;
  • souscrit à la promotion de rites de passage alternatifs, c’est-à-dire proposer des activités symboliques pour marquer l’entrée des jeunes filles dans l’âge adulte sans porter atteinte à leur intégrité physique et psychologique.

Infirmière sage-femme MSc, SIDIIEF www.sidiief.org

Cet article a été publié le 16 juin 2014 sur le site Développement et Santé

Références bibliographiques

  • Gelabert R.C. (2008) Stress et anxiété. Vidasan. Sargasone p. 13-46.
  • Gelabert R.C. (2008), Dépression, traitements scientifiques et naturels. Vidasan. Sargasone p. 20-53.
  • Samsout A.  Toumia J. (2008): rôle de l’infirmière dans la prise en charge d’un patient polytraumatisé. Journée internationale de l’infirmière, Hammamet 2008.
  • Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (SIDIIEF). (2013). « Agir ensemble contre les mutilations génitales féminines », Prise de position,.
  • Tick b., Lyer W.P., Bernocchi-Losey (1989), Nursing diagnosis and care planning. Saunders Philadelphia.
  • www. Fiche-de-soins.com : fiche de soins infirmiers: risques hémorragiques: signes, actes, et surveillance. Le 06 avril 2014.
  • OMS (2014), mutilations sexuelles féminines. Aide-mémoire n° 241, février 2014.
  • OMS Cameroun (2012). Statistiques sanitaires du Cameroun, 2012.

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Commentaires (11)

ABOUBACAR

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1 commentaires

#11

Theme d'actualité

Merci d'avoir choisi c thème combien de fois pertinent et comme nulle part ailleurs,en effets, ces dernières années le nombre de femmes se voyant mutilées ne fait que galoper,c'est dans cette optique le Réseau des Étudiants en Médecine de l'Afrique de l'Ouest (REMAO) a choisi ce thème pour son assise de 2014 à Bamako au Mali.

delphineb

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#10

oups

ah désolée...

moutarde

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#9

Agression et hors sujet

Je ne m'adressais pas à toi delphineb...

Mais, je rebondissais sur l'article du SIDIIEF et sur le message de flurpette qui s'interroge sur l'apprentissage du pardon de celles qui ont subi des MFG vis à vis de leurs tortionnaires.

delphineb

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#8

???

Ps : apparemment il n'y a pas que l'ONU qui doit vérifier ses sources

delphineb

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#7

"Pseudo attitude empathique"

Je suis révoltée par ces pratiques, je ne fais pas que simplement parler, je passe aux actes, je milite. Peux tu en en dire autant?
Cette "attitude pseudo empathique" je l'a partage oui, je me sens concernée.
Parler pour rien dire, débattre de façon contre productive est un mode d'action pathétique et en rien un "raisonnement".
Tu compares les mutilations féminines et masculines, mais comparons se qu'il le peut! Certes ces mutilations existent chez les hommes, mais :
1 / les objectifs ne sont pas les même
2 / le ratio nombres de femmes/hommes concernés est loin d'être proche de 1!

moutarde

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#6

???

L'ONU doit apparemment vérifier ses sources avant de confirmer ou infirmer l'information au sujet de l'EI..;

moutarde

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#5

En effet fluette

Apprendre à pardonner pourquoi ? Pour reproduire ?

Par ailleurs, je ne pense pas que partager la souffrance de l’autre dans une pseudo attitude empathique ou compassionnelle fasse avancer le schmilblick...

D’ou ça sort ce genre de « raisonnements » ?

PS) Il y a des petits garçons qui eux aussi sont mutilés dans des circoncisions religieuses à l’arrache sur la table de la cuisine et qui présentent (eront) des séquelles physiques et/ou psychologiques.

delphineb

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#4

... souvent religieux !

Les croyances, les religions sont synonyme d'oppression, notamment des femmes ! Quand la religion progresse les femmes trinquent ! J'espère qu'il y aura des mouvements de lutte!

flurpette

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2 commentaires

#3

oui, il faut combattre!

Il serait temps que le monde se mobilise contre ça... c'est aux gouvernements de se positionner clairement et ouvertement sur la nécessité d'éradiquer ces ignobles pratiques mutilantes. Les infirmièr-e-s ne pourront pas agir seul-e-s...
C'est bien de faire cet article, important d'en parler, de faire circuler l'information.
Par contre une chose m'a sauté aux yeux: pourquoi faudrait-il "apprendre à pardonner" de telles choses.. apprendre à vivre avec, à ranger sa colère au maximum oui... mais pardonner me semble une idée bien sage mais impensable.
En tous cas merci pour cet article :)

moutarde

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#2

Pas seulement culturels...

Car au même moment l’ONU est informée d’une fatwa selon laquelle les djihadistes de l’EI ordonnent que toutes
les « femmes » de 11 à 46 ans subissent des mutilations génitales…

delphineb

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25 commentaires

#1

merci pour l'article

Des millions de femmes mutilées chaque année, des vestiges culturels ... seule l'école pourra faire un grand pas face à ces traumatismes