AU COEUR DU METIER

"Je ne sais que lui répondre… et je m’en veux"

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Compétences infirmières

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Encore une journée marquante, très dure émotionnellement, confrontée en pleine face à mes "faiblesses". Les mots d’une patiente résonnent et me font mal : "quelle échéance j'ai…, j'ai besoin d'avoir une échéance...", "la vie est un long fil... quand il se coupe c'est la fin… j'arrive au bout..." Quelles réponses attend-elle de moi, infirmière en soins intensifs ? Des réponses dont je sais déjà que je ne suis pas en mesure de lui donner.

"Je ne sais que lui répondre… et je m’en veux"

Face à cette femme courageuse, je suis tour à tour touchée, émue, épatée par sa force, son sourire conservé même si les pleurs lui succèdent. Et je m'en veux de ne pas être à la hauteur de ce dont elle aurait besoin : un pilier sur qui s'accrocher.

Soigner, guérir, gérer une urgence, accompagner les gens dans leur lutte, bref se battre contre la mort ou même encore accompagner des corps âgés et souffrant vers elle quand c'est le seul soulagement possible... j’y suis habituée, je le fais du mieux que je peux et j'en ressors grandie… Je me sens à l'aise avec la fin de vie, la mort, lorsque je la maîtrise, la contrôle, qu'elle s'explique ou que c'est le cycle de la vie...

Mais aujourd'hui, aux côtés de cette femme de 50 ans, face à l'annonce du caractère inéluctable et surtout des délais si courts où la maladie va l’emporter, écoutant ses mots, je me suis sentie complètement désarmée… Quoi dire, quoi faire et quoi répondre à ses questions ? Quelle échéance j'ai…, j'ai besoin d'avoir une échéance... Que se passe-t-il alors dans son esprit à ce moment précis ?

Lorsqu'il s'agit d'appréhender la mort, de lui faire face et savoir qu'elle nous attend, pouvoir la regarder la tête haute et droite afin de la suivre même quand ce n'est pas le moment, voilà mes failles. L’appréhender, l’accepter me terrorise. Mon empathie touche ses limites, trop ou pas assez, elle m'empêche d'avoir le recul nécessaire. Je n'ai pas été assez formée, je vais y remédier mais mon impuissance est là et rien ne changera ça...

Face à cette femme courageuse, je suis tour à tour touchée, émue, épatée par sa force, son sourire conservé même si les pleurs lui succèdent. Et je m'en veux de ne pas être à la hauteur de ce dont elle aurait besoin : un pilier sur qui s'accrocher. J’en suis tellement désolée. Heureusement, maintenant cette patiente est accueillie dans un autre service, avec une équipe qui saura être comme elle a ou aura besoin qu'elle soit. Je la suis de loin en ayant en tête mes difficultés d'infirmière en soins intensifs face à ces fins de vie qui me bouleversent et me font mal. Celle que je raconte comme une nécessité de partage, sur le vif, était celle de trop.

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