AU COEUR DU METIER

Rencontre avec une infirmière pour qui rien n'est impossible

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Compétences infirmières

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Au plus près des patients atteints de cancer et à l'écoute de leurs besoins tout au long de leur « parcours », Stéphanie Malartre, infirmière, fait du lien entre la ville et l'hôpital. Ce n'est pas sa seule mission, un projet lui tient particulièrement à coeur : ouvrir une crèche « pas comme les autres » qui accueillerait des enfants porteurs de handicap ; un projet remarqué et soutenu lors du premier Forum Femmes et Santé en juin dernier à Lyon. Rencontre avec une infirmière pour qui rien n'est impossible !

Infirmiers.com - Stéphanie, racontez-nous pour commencer votre parcours professionnel.

impossible tableau craie

Créer une crèche dont le but est de proposer une aide aux familles ayant des enfants porteurs de handicap lourd ou en cours de diagnostic, le projet que porte Stéphanie Malartre.

Stéphanie Malartre - Après mon BAC S, j’ai pu intégrer directement l’Institut de Formation en Soins Infirmiers du centre Hospitalier Le Vinatier en 2003. J’en suis sortie à 20 ans avec un vrai coup de cœur pour la cancérologie. Quelques mois plus tard, j’obtenais un poste dans le service d’hématologie au Centre de Lutte contre le cancer Léon Bérard à Lyon. Un an après mon arrivée, à ma grande surprise, ma cadre me propose de faire ses remplacements. Je me souviens avoir été très flattée, heureuse mais aussi stressée ! Faire tourner un service d’hématologie en toute autonomie du haut de mes 22 ans... un vrai défi s’offrait à moi. Mais je fonce, l’opportunité ne se représentera pas 2 fois ! J’ai poursuivi ces remplacements durant 5 ans avant de tomber enceinte. A mon retour de congé maternité, la direction me propose un poste de « d’infirmière trajectoire », une sorte de « responsable patient » avec pour mission principale la gestion du parcours des patients.  Je suis restée à ce poste durant 3 ans en finissant par m’essouffler : manque de contacts avec mes patients, plus de soins techniques. Je commence à nouveau à me poser des questions : quelles sont mes perspectives d’avenir ? Qu’est-ce que je veux faire ? Changer de spécialité après presque 10 ans en hématologie ? Le hasard de la vie a fait qu’une femme assez incroyable est arrivée au Centré Léon Bérard, le Dr. Anne-Sophie Michallet, avec l’envie de déployer un projet complètement novateur : l’Assistance Médicale Ambulatoire. J’ai tout de suite eu envie de la suivre, elle et le Dr. Souad Assaad dans le développement de ce projet qui a vu le jour en mars 2016.  Je suis donc devenue alors Infirmière d’Assistance Médicale Ambulatoire.

Etre sûre de soi au niveau de la technique permet ensuite de pouvoir lever les yeux de sa perfusion pour regarder son patient en tant qu’humain et s’y intéresser.

Infirmiers.com - Vous avez privilégié des services de soins particulièrement lourds comme l'hématologie, pourquoi ce choix ? Quels sont les aspects de ce type de service qui vous intéressent ?

Stéphanie Malartre - Au départ, j’ai intégré ce service pour conjuguer deux facettes de notre métier d’infirmier : les soins techniques et les soins relationnels. En effet, l’apprentissage de soins techniques variés, évoluant sans cesse, font partie du cœur du métier d’infirmier. J’avais même le sentiment que c’était une partie essentielle qui ne s’apprend que sur le terrain. Et l’hématologie offre des possibilités d’apprentissage très étendues. Etre sûre de soi au niveau de la technique permet ensuite de pouvoir lever les yeux de sa perfusion pour regarder son patient en tant qu’humain et s’y intéresser. C’est là que débute vraiment notre métier. Nous faisons partie de la vie de nos patients durant mois mois, un an et plus encore. Ils nous racontent leur vie, nous parlent de leur métier, de leurs enfants, petits-enfants, et nous confient aussi leur douleur physique et/ou morale. Puis un jour, leur traitement s’arrête. Soit parce qu’ils sont en rémission - et savoir que leur vie va reprendre, nous procure une très grande satisfaction -, soit, hélas, parce que la maladie devient plus forte que les traitements et un nouveau travail d’accompagnement commence. Cela ne s’apprend pas dans les livres. Cela demande une part de don de soi que nous ne sommes pas tous les jours en capacité de donner. Apprendre ses limites, savoir se protéger fait également parti de ce métier.

Infirmiers.com -Vous êtes spécialisée dans le "parcours patients", qu'est-ce que cela suppose ? Vers quelles perspectives êtes-vous engagée ?

Stéphanie Malartre - L’Assistance Médicale Ambulatoire est un suivi ambulatoire reposant sur un appel téléphonique sortant deux fois par semaine par l’infirmière coordinatrice. La population ciblée (malades à risques, malades âgés) est constituée de patients atteints d’hémopathies malignes pendant la phase active de leur traitement. Mon travail débute par une consultation d’annonce, décisive pour une meilleure adhésion du patient au traitement grâce à une reformulation des explications médicales et de l’organisation pratique de leurs prochains mois à venir. C’est une phase importante pour s’assurer de la bonne observance. Lors de cette consultation, j’essaye également d’identifier les besoins en éducation thérapeutique et de dépister les facteurs de risque médicaux-socio-économique. Ensuite, lors du suivi téléphonique, je dois détecter et gérer au plus tôt les toxicités qui peuvent être engendrées (fièvre, mucites, troubles digestifs, asthénie, douleur, neutropénie, anémie) par la chimiothérapie. Le but est d’éviter les ré-hospitalisations par défaut d’anticipation, les décalages de traitement et donc améliorer ainsi la dose-intensité du traitement (et in fine la survie du patient). Ce nouveau projet est passionnant car il me permet de découvrir un nouveau visage de mon métier : développer un regard plus clinicien, approfondir des liens, apprendre le travail d’éducateur thérapeutique, savoir mener un projet, et même avoir des notions économiques sur notre système de santé.

Mon travail débute par une consultation d’annonce, décisive pour une meilleure adhésion du patient au traitement grâce à une reformulation des explications médicales et de l’organisation pratique de leurs prochains mois à venir.

Infirmiers.com - Décrivez-nous votre projet de « crèche qui accueillerait des enfants porteurs de handicap lourd » ? Pourquoi ce nouvel engagement ? Quelle réalité vous pousse à le développer ?

Stéphanie Malartre - Ce projet est né le jour où, en allant déposer mon enfant à la crèche, je me suis retrouvée devant des portes fermées. Comment continuer à travailler sans mode de garde pour ma fille ? Je me suis donc unie avec cinq autres mamans et nous avons créée l'association « Mes yeux d’enfants » dans le but d'avertir et de mobiliser les différentes instances en rapport avec l'accueil d'enfants. Nous avons soulevé des montagnes et quelques jours plus tard un repreneur était choisi par le tribunal pour la pérennité de notre crèche. Mission accomplie ! De cette expérience est née une belle rencontre : Julie Belleville, kinésithérapeute et Caroline Le Brun, ostéopathe. Après cette bataille, nous avons eu envie de créer notre propre mode de garde : proposer une aide aux familles ayant des enfants porteurs de handicap, quel qu’il soit ou en cours de diagnostic (cf. encadré ci-dessous). Pour le moment, nous en sommes au stade d’étude des besoins afin de trouver le lieu où notre installation serait la plus judicieuse puis trouver un local.

Les objectifs d'une crèche pas comme les autres…

Selon Stéphanie Malartre, ces objectifs sont doubles :

  • d’une part, il s’agit de permettre à des enfants en situation de handicap de grandir en milieu ordinaire et d’offrir aux enfants bien portants une ouverture à la différence. Cette mixité est une chance pour tous ;
  • d'autre part, nous souhaitons aider les femmes à concilier vie professionnelle, vie de femme, vie de maman. C’est pourquoi nous aimerions accoler à notre crèche un cabinet libéral permettant à l’enfant, durant le temps de garde, de bénéficier de soins divers sans perturber le groupe et ainsi alléger le planning surchargé des familles, obligeant bien trop souvent l’un des parents à arrêter de travailler.
forum femmes et sante

Forum Femmes et Santé (Stéphanie Malartre, 2ème en partant de la droite, lors du Forum Femmes et Santé le 16 juin dernier à Lyon.

Créer une crèche dont le but est de proposer une aide aux familles ayant des enfants porteurs de handicap lourd ou en cours de diagnostic.

Infirmiers.com - Ce projet a été présenté lors du Forum Femmes et Santé en juin dernier, comment a-t-il été accueilli ? Allez-vous être aidée pour le mener ? Racontez-nous.

Stéphanie Malartre - Le Forum Femmes et Santé au titre explicite « Donner des elles à la santé », est une démarche qui a été menée à l’initiative d’Emmanuelle Quilès, Présidente Directrice Générale de Janssen France pour encourager et faciliter la carrière des femmes dans le monde de la santé. Ce projet a rapidement trouvé un écho auprès d’autres professionnelles de santé sur la région Auvergne-Rhône Alpes, bassin dynamique au niveau de la santé. Ce projet m’a tout de suite plu car il est résolument tourné vers l’action : ce sont des femmes aux carrières impressionnantes qui entendent développer des solutions concrètes pour inciter les femmes qui le désirent  à oser être ambitieuses et à poursuivre leur projet professionnel. Cela correspond complètement à mon état d’esprit ! J’ai donc tout de suite accepté de rejoindre ce projet, participant à sa édition, à Lyon. J’ai pu rencontrer des femmes passionnantes, toutes motivées par cette envie de contribuer au monde de la santé, naturellement, sans trop se poser de questions et sans douter. Grâce à notre visibilité lors de ce forum, nous avons fait la connaissance de Claire Saddy, responsable de l’incubateur Rhône Alpes Pionnières. Nous nous sommes rapproché de cette structure qui va être un véritable coach/levier pour nous aider à faire nos premiers pas dans le monde de l’entreprenariat et permettre ainsi à notre projet de voir le jour. Le projet est à présent bien engagé, notre étude de besoin finalisée et notre dossier d'agrément prêt à être déposé. Nous espérons ouvrir la crèche en septembre 2017.

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Propos recueillis par Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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