FORMATION

Stage en pratique avancée infirmière : une IPA témoigne

Cet article fait partie du dossier:

Pratique avancée

    Précédent Suivant

Le métier d’IPA est nouveau, et son implantation au sein des organisations difficile : il y a encore peu de terrain de stage identifié pour les IPA actuellement. Bien que tous les stages soient différents et que chacun soit vécu de manière singulière, il peut être intéressant de partager un retour d’expérience sur les attentes et problématiques rencontrées lors du stage IPA en Master 2.

Stage en pratique avancée infirmière

Etape-clé vers la pratique avancée infirmière, le stage de Master 2 est un parcours complexe, notamment en matière de tutorat. Ce retour d’expérience peut être source de conseils utiles.

Être étudiant en pratique avancée infirmière : un long fleuve tranquille ? De la problématique de stage à celle du tutorat en passant par les perturbations de la crise sanitaire, la place des IPA dans les organisations pose question et mérite une structuration encore en train de se faire. Pourtant, le stage de Master 2 apporte des bénéfices bien réels et nécessaires qui préparent les futurs professionnels. Cet article relate mon retour d’expérience sur les difficultés rencontrées lors de mon stage de Master 2 effectué au printemps 2021 et pose un regard optimiste sur cette période.

A la conquête d’un stage

Dès la rentrée en Master 2, il est demandé aux étudiants IPA de trouver un stage de quatre mois en lien avec la pratique avancée infirmière et durant lequel il faudra être encadré par une infirmière (une IPA si possible) et un médecin. Les choses peuvent se compliquer dès ce stade. Car que l’étudiant ait, ou non, une idée précise de ses souhaits en matière de stage, le parcours s’avère rude : freins organisationnels en raison de lieux de stage non-adaptés (cabinet de médecin trop petit ne me permettant pas d’avoir un box de consultation en autonomie par exemple), manque de formation des professionnels pour encadrer des infirmiers étudiants en pratique avancée (EIPA), délais interminables pour trouver un lieu de stage qui réponde à mes objectifs, multiplication des sollicitations auprès des pairs, du réseau professionnel… Etant infirmière hospitalière, je souhaitais découvrir la prise en charge du patient en ville, mais ce n’est qu’au terme de plusieurs mois de recherche que j’ai trouvé deux lieux de stage complémentaires, le second ayant été facilité par l’orientation de mon premier tuteur (médecin généraliste) vers une plateforme territoriale d’appui. Cette organisation, peu commune, m’a permis d’élargir mon champ d’apprentissage à l’ensemble des pathologies du décret IPA et de découvrir des prises en charge inattendues. Mais ce double stage n’est pas forcément nécessaire, et le but est d’en trouver un qui corresponde à ses objectifs et à son projet professionnel.

L’accompagnement des tuteurs est nécessaire et il ne faut pas hésiter à répéter l’opération si besoin

Tuteurs tutorés

Durant mes premières semaines de stage, la principale difficulté a été le tutorat. L’équipe qui m’encadrait était attentive et motivée mais ne connaissait pas la pratique avancée infirmière et ne savait pas comment m’encadrer. Je l’ai informée et guidée sur son rôle de tuteur : les objectifs de stage, les phases d’apprentissage attendues, les compétences et connaissances que je devais acquérir, etc. Cela a été riche et nécessaire, et je recommande vivement de le faire en début de stage, notamment sur les lieux dépourvus d’IPA. L’accompagnement des tuteurs est nécessaire et il ne faut pas hésiter à répéter l’opération si besoin. Apprendre le métier d’IPA sans avoir de pair tuteur n’est bien sûr pas évident, notamment au début : les EIPA doivent s’auto-évaluer constamment et construire eux-mêmes leur stage pour tirer profit de cette période. Il ne faut pas hésiter non plus à proposer des modes de tutorat différents, notamment la supervision directe, rassurante pour les tuteurs : j’ai proposé assez rapidement aux médecins de mener les consultations, ce qui leur a permis de jauger mes compétences et l’intérêt de la pratique avancée infirmière.

Apprentissage autodidacte

Comme tous les stages depuis l’IFSI, il est nécessaire d’être un étudiant proactif pour acquérir des connaissances et progresser dans sa pratique. Mais c’est d’autant plus vrai pour les EIPA quand les tuteurs de stage ne sont pas à l’aise dans l’accompagnement de nos apprentissages. Il faut donc être assez dégourdi, motivé et force de proposition pour s’approprier son stage, et ne pas hésiter à se challenger soi-même. En tant qu’EIPA, nous avons plus de liberté dans notre apprentissage et un champ d’action plus élargi, il faut donc être rigoureux et consciencieux pour pouvoir tirer profit un maximum du stage. C’est une période d’apprentissage qui m’a permis de réfléchir à ma propre pratique et à ce que j’aimerais modifier dans ma façon de travailler à mon retour de formation. Je conseille de prendre ce temps de stage pour s’ouvrir à d’autres activités que nous n’avons pas forcément le temps de faire habituellement : suivre des formations, lire et écrire des articles, participer à des webinaires... Je préconise également de lister hebdomadairement les actes et missions effectués : cela m’a permis de me rendre compte de ma progression et de la diversité des missions que j’ai faites durant ce stage. En effet, ce stage dure 4 mois et est donc très riche, mais l’évaluation ne permet pas de balayer l’ensemble des activités alors qu’il est gratifiant et encourageant de prendre conscience de notre progression et toutes les missions que nous avons réalisées durant ce stage.

Il n’a pas été évident de retrouver ma place d’apprenant

Le retour de la place de stagiaire

La plus grande difficulté pour moi, surtout au début de stage, a été de trouver ma place de stagiaire. En effet, après plusieurs années à travailler et encadrer des étudiants, il n’a pas été évident de retrouver ma place d’apprenant, de reconnaître le juste milieu entre être un professionnel et être une stagiaire. La différence est que, pendant un stage de Master IPA, nous sommes un professionnel stagiaire et il est normal que notre attitude ne soit pas la même qu’un étudiant en soins infirmiers par exemple. Il y a bien sûr un temps d’adaptation, puis cette difficulté disparait au fur et à mesure des semaines de stage puisqu’on s’implante comme IPA sur nos lieux de stage, la posture évoluant elle aussi.  On peut ressentir une forme de solitude dans cet apprentissage, il faut bien-sûr ne pas hésiter à échanger avec d’autres étudiants, qui vivent sûrement la même chose.

J’ai été rappelée par mon hôpital pour venir en renfort en service Covid

La parenthèse non-enchantée Covid 19

Comme pour l’ensemble des étudiants et plus spécifiquement des soignants, j’ai été impactée durant cette année de formation par la pandémie Covid 19. En avril 2021, durant la 3ème vague de la pandémie, j’ai été rappelée par mon hôpital pour venir en renfort en service Covid. Cette interruption n’a pas été évidente car elle s’est déroulée un mois tout juste après le début de mon stage, alors que je commençais à prendre mes marques et à me sentir à l’aise. Ne pouvant pas contrôler cette situation, j’ai essayé de tirer un bénéfice de cette réquisition en prenant du recul et me demandant ce que cette pandémie avait apporté à ma pratique d’étudiante IPA. J’ai réalisé par exemple que j’avais été pour la première fois un acteur de santé publique à tous les différents niveaux de prévention pour la même pathologie. De plus, à mon retour en stage, j’ai profité pleinement de chaque jour, en me disant qu’à tout moment je pouvais être rappelée par mon service. Malgré la crise, ce stage a été très enrichissant et de nature à marquer une différence avant/après dans ma pratique. Il faut mettre à profit cette période pour rencontrer d’autres professionnels et observer leurs pratiques, enrichir nos connaissances dans des domaines inattendus, et se rassurer sur le fait de ne pas tout savoir. Mais aussi informer et expliquer le métier d’IPA, car la plupart des professionnels rencontrés sont bienveillants et curieux de connaître ce nouveau métier. De plus en plus d’IPA étant diplômés, ce partage d’expérience vise essentiellement à informer et préparer le terrain pour les EIPA à venir et leur éviter, par exemple, d’être confrontés au tutorat des tuteurs.

Infirmière en Pratique AvancéeParis

Retour au sommaire du dossier Pratique avancée

Publicité

Commentaires (0)