ETHIQUE

Les figures du Mal dans le soin : un tabou ?

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Ethique et soin

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Voilà bien un sujet qu’il convient d’aborder sur la pointe des pieds... Comment le Mal peut-il se cacher dans un soin ? Le sujet est douloureux du fait qu’il nous oblige à nous regarder en face et voir un visage que l’on attendait pas. Nous ferons alors porter au mal le masque du bien pour mieux le dissimuler à notre propre conscience. Essayons de passer en revue ces figures du Mal qui peuvent s’immiscer dans ce que nous appelons un Soin.

Le moindre mal… un mal profond…

ethique et soins infirmiers couloir hopitalEnvisageons, en préambule, la notion de « moindre mal » qui pourrait bien, malgré son intitulé, représenter un mal profond. En effet, dans nos systèmes contraints nous nous habituons (malgré nos résistances) à réduire la voilure des moyens, penser différemment le soin avec moins de présence auprès du patient, plus de travail administratif... Ces contraintes formatent notre vision du monde et insidieusement la contrainte substitue le moindre mal à ce que nous devrions penser comme le meilleur possible. Ainsi, la médiocrité devient la norme. Pour un patient par exemple, une douleur moins forte que la veille devient un mieux, et ce mieux fait oeuvre de bien eu égard à un mal plus grand ! De ce fait, si cette douleur minimale se stabilise, nous pourrions penser que nous avons fait notre boulot correctement et ce moindre mal aura empreint de suffisance la prétention de nos soins.

N’ais-je jamais écrit dans mes transmissions ciblées : « patient moins douloureux ce jour... » ? comme si j’avais réussi un objectif ? Qu’y a-t-il réellement écrit derrière ce « moins douloureux » ? Il a moins mal qu’hier, d’accord, mais nous savons pertinemment qu’il a toujours mal. « Le moindre mal fait figure de bien eu égard à un mal plus grand »1, nous dit Aristote depuis 2500 ans, et il conclut ainsi « le moindre mal reste donc un mal en soi ». La dictature de la médiocrité s’inscrit dans tout système qui ouvre la porte au Mal. L’homme s’habitue très vite à la médiocrité et il la confond aussi très vite avec la norme. Nous avons l’opportunité aujourd’hui plus que jamais de faire de notre profession une pensée humaniste, un art à part entière et pour cela il faut résister contre cette médiocrité qui nous met en danger sur le plan éthique.
Ce moindre mal, il convient de s’en méfier au plus haut point. Il porte souvent le masque du bien mais reste et se cantonne à jamais dans la sphère du mal. il n’y a pas de juste mesure entre un mal et son pire, il n’y a que du mal, soyons certains de cela.

« Le moindre mal porte souvent le masque du bien mais reste et se cantonne à jamais dans la sphère du mal ».Dès le moment où il faut faire un choix entre plusieurs patients, dans une salle d’attente des urgences par exemple où il faut faire des priorités, quand on choisit le plus urgent il faut avoir conscience que nous avons, par la même décision, choisi le moins urgent (celui qui peut attendre plus longtemps). L’Infirmière d’Accueil et d’Orientation (IAO) : voilà le job...

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Commentaires (10)

dino

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320 commentaires

#10

...humain, effectivement...

...l'espoir n'est jamais naïf, Briiidget... quant au découragement qui "fondra" sur toi, il n'y a pas de fatalité...

Briiidget

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4 commentaires

#9

Être humain

Je n'ai pas encore commencé mes études d'infirmière je réagis donc avec toutes les illusions et les idéaux propres aux vocations tardives ;)
J'ai choisi le soin pour cette singularité qui nous différencie des autres espèces : la conscience. J'ai la faiblesse et l'espoir sans doute naïf qu'à mon tout petit niveau je pourrai faire en sorte que les malades conservent leur dignité humaine.
Le soignant détient un pouvoir immense sur le soigné, et je pense que malgré le manque de moyens, la pression de la hiérarchie, les contingences politiques et économiques, j'aurai, malgré le découragement qui, je le sais, fondra sur moi (ce fameux Mal dont il est question), la force de refuser la maltraitance. L'obscurantisme nait de la résignation. À chacun dans ce métier de soignant ou dans sa vie personnelle de refuser la fatalité, de mener son combat pour mettre du respect, du civisme et de l'humanisme dans nos vies.

tissab

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1 commentaires

#8

ouverture d'esprit !

pas encore élève infirmière, mais j'ai trouvé des "maîtres" à penser...

merci pour vos commentaires et votre volonté de "réinstaurer" l'essence même de l'éthique ...

Utilisateur supprimé

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494 commentaires

#7

Moi aussi (responsable et résistante)

Merci CrisP, je me disais qu'il fallait oser (quand même !) parler éthique en étant DSI de la clinique en question, même si c'est pas la pire.

" crisP (le pseudo c'est pas du hasard... tout ça est un peut tendu bien sûr...)". Yes, Monsieur Pacific (je m'entraîne à l'anglais).

CrisP

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51 commentaires

#6

responsable et résistant !

Bonjour Moutarde,

yes, la position est relativement "sportive" mais j'ai laché la direction des soins d'une clinique pour revenir cadre sup à l'Hôpital (cadre de Pôle Chir-Anesth + Pôle femme mère - Enfant) en blouse tous les jours et dans les services auprès des équipes et de l'encadrement pour gérer des problèmes de la vraie vie : aujourd'hui par exemple il a fallu résister et se battre pour trouver un lit de soins Pal et une prise en charge digne pour un patient en fin de vie. la bataille n'est pas gagnée et j'y reviens demain.
je suis un partisan de la Philo pratique qui donne du sens à nos actions de soignants - c'est en me battant aux côtés des équipes que je donne du sens à ma fonction. La Philo m'aide tous les jours à trouver le courage de ne pas lâcher ceux pour qui nous sommes là et l'une des meilleures façons de se battre pour moi c'est d'être au plus près des commandes et des décisions. Bon c'est pas magique j'en conviens mais j'y crois et les petits résultats font les grandes riv.. non, là je raconte n'importe quoi !!!) Bonne soirée,
crisP (le pseudo c'est pas du hasard... tout ça est un peut tendu bien sûr...)

Utilisateur supprimé

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494 commentaires

#5

Dualité

N’y a t il pas comme une ambiguïté à être Docteur en philosophie et DSI quand on sait comment sont souvent managés voire maltraités les personnels soignants avec pour principal souci, la rentabilité ?
Rentabilité qui s'inscrit pour le moins mais pleinement dans le moindre mal ...

D’ailleurs votre pseudo m’interpelle… (je rigole ☺)

« L'encadrement soignant est doublement responsable : de l'éthique de son management et du management de l'éthique dans sa structure de soins. »

CrisP

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51 commentaires

#4

Milgram

bonjour "iaahh",

Effectivement, l'expérience de Milgram est édifiante et pousse très justement à la désobéissance éthique qui devient alors un devoir. Cette désobéissance demande beaucoup de courage et ce courage est difficile à mettre en oeuvre face aux comportements quelquefois violents de certaines autorités.
je vous rejoins à 100% dans ce sens ! le courage infirmier pourrait faire prochainement l'objet d'un article à part entière. QUand il s'agit de protéger la personne vulnérable, quand il s'agit de s'opposer à une injonction délétère pour le patient, alors oui, DESOBEISSONS !!

Christophe Pacific

iaahhh

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33 commentaires

#3

Qui est le mal ?

J'approuve cet essai mais je me pose pleins de questions. Effectivement vous décrivez "le mal" comme les négligences et la maltraitance, je suis d'accord se sont des violences qui peuvent être exercées envers un patient affaibli ou en position de faiblesse quand le soignant devient déviant ( rapport à son humanité et au code de déontologie). Ce qui m’intéresse surtout c'est : Comment ? Comment peux-t-on en arriver là ? Et Tous les soignants vous proposerons une analyse concrète : La pression du rendement, le manque de temps, la fatigue physique ou émotionnelle dans certaines structures, etc...

Pour ma part, j'ai rencontré peu de psychopathe dans la profession, on a tous croisé quand même des soignants "borderline", c'est sûr. Mais un membre a part entière de l'axe du mal... Non. Ce sont surtout des soignants usés, dépressif ou des jeunes débordé, submergé qui en deviennent maltraitant car ne voit plus que "les choses à faire" pour pas se faire engueulé et du coup ont la tête dans le guidon, ne prennent plus de recul sur se qu'il font.

Alors c'est sûr, on dis que le soignant va être maltraitant car c'est lui qui est de toute façon au contact direct avec le patient. C'est l'infirmière ou l'aide-soignante qui subit toutes les injonctions administratives et hiérarchiques pour la "rentabilité", "le gain de temps", "l'optimisation des prises en charges", etc... Sans chercher d'excuse, on répercute souvent la violence et la pression que l'on subit... au bout du compte, en bout de chaîne c'est toujours le patient qui en fait les frais.

Les soignants se plaignent, sont plus où moins entendu... mais l'administration noie souvent le poisson et au final, on intervertit les pièces du rouage mais le système perdure... tant qu'il est rentable... c'est bien quand les soignants arrête de se rebeller contre les contraintes qui leurs sont imposés qu'il en deviennent négligeant ou maltraitant. Rien de pire qu'un soignant démotivé qui lâche prise...

Pour voir plus large et réfléchir à tout ça, je vous propose de vous plongé dans la lecture de l' "Expérience de Milgram". Succinctement, L'objectif de l'expérience qu'il a réalisé est de mesurer le niveau d'obéissance à un ordre même contraire à la morale de celui qui l'exécute. Où comment un individu lambda peut devenir un Tortionnaire. C'est édifiant et ça permet de réfléchir a pas mal de choses du quotidien personnel et professionnel. DÉSOBÉISSONS !!

kronos

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1 commentaires

#2

l'origine du...

Très bien dit Monsieur Dino! Nous sommes venus à cette profession avec notre coeur et notre humanité et très souvent il nous est fort difficile d'exprimer comme nous le souhaiterions une des raisons d'etre soignant ( sans tomber dans l'angélisme!! ;)) ..)
face aux objectifs financiers,nettement moins "philosophiques"...
Je recommande un retour aux sources -"sur le terrain"- à notre penseur de l'oeuvre soignante, pour goûter aux joies de la présurisation économique;
Peut etre est-ce l'origine du mal? Mon cher Ex confrère...

dino

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320 commentaires

#1

Crache en l'air, ça te retombe dessus, camarade...

...analyse très fine - et très dérangeante - car soigner, s'occuper de l'autre, c'est effectivement marcher sur le fil du rasoir... nous en revenons toujours à la question du sens ; quelle est la finalité de mon travail ? Quel moyen ai-je de l'évaluer ? Peut-être faut-il déjà prendre du recul, démarche difficile à faire lorsqu'on a le nez sur le guidon... peut-être faut-il également se poser les bonnes questions, et non pas se cacher derrière des démarches-qualité qui ciblent des façons de procéder et pas forcément le bénéfice que peuvent en retirer les bénéficiaires ? Il me semble qu'il ne peut y avoir de réponse que collective, la "banalité du mal" évoquée plus haut se nourrissant de l'isolement des individus. Mais il faut pour cela une réelle volonté qui se fait rare depuis longtemps déjà ; le management hospitalier, la rentabilité, etc... ne sont que les reflets de nos choix de société qui ont jeté le bébé avec l'eau du bain. Je parle de la baignoire où barbotaient nos idéaux, camarades ; changer la vie, une société plus juste, tout ça tout ça... des notions ringardes, je vous raconte pas... ouh là, ça y est, je pensais écrire deux lignes et je me lance dans un réquisitoire. Mort de rire. Bref, on récolte ce qu'on sème, les p'tits loups ; individualisme, profit, le patient qui n'est plus un patient mais un client... et entre nous, pourquoi prendrait-on soin d'un client, d'ailleurs ? Un client, on satisfait sa demande, et basta. Et s'il a du mal à la formuler, tant pis pour lui... bon, allez, j'arrête car il se fait tard et je commence à écrire du chamallow. En fait, j'ai écrit une petite bafouille car personne ne s'y était collée. Et je trouve ça dommage lorsqu'on parle du cœur de notre métier !