ETHIQUE

« Mais qui sont ces robots en blouse blanche ? »

Cet article fait partie du dossier:

Ethique et soin

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Etre sérieux en utilisant un ton légèrement décalé, voire humoristique. Délivrer un message efficace qui prête à la réflexion en jouant sur les mots, pour dénoncer les maux… Didier Morisot, plus habitué à partager ses chroniques hospitalières déglinguées, nous livre son coup de gueule, façon uppercut, avec une question : pourquoi le monde de brutes arrive-t-il à franchir les portes de l’hôpital ?

femme dépression tristesse

« Bon… dites-moi où vous avez mal, où vous avez vraiment mal, parce qu’on ne va pas multiplier les examens : les scanners, les radios, ça a un coût ! » Bonjour l'accueuil aux urgences !

Une de mes amies a eu récemment un accident. Un accident très bête. Cela dit, si vous m’en trouvez un d’intelligent, je suis preneur. Bref, elle a été shootée par une voiture en voulant rejoindre son mari et sa petite-fille qui jouaient au ballon. Et qui lui faisaient déjà des grands signes de bienvenue.

  • 12 h 09’ 23’’ - Coucou mamie !
  • 12 h 09’ 24’’ - Le choc : impact latéral sur les jambes, puis culbute sur le capot suivie d’un salto arrière en direction de l’asphalte. A savoir que l’asphalte est une matière brute de décoffrage, très rugueuse lorsqu’on se vautre dessus à l’insu de son plein gré. Je  vous laisse deviner la surprise du public, son émotion, ainsi que l’inconfort ressenti par l’intéressée. Heureusement, nous sommes dans un pays où les gens sont soignés, et même bien soignés dans la plupart des cas.

Pour commencer, la dame a donc été prise en charge par les pompiers, des professionnels aux gestes sûrs, chaleureux et réconfortants. Si on a très mal aux jambes et à la poitrine, ça n’enlève pas la douleur, OK, mais ça fait quand même du bien. Fin du premier acte, début du deuxième : les urgences, un endroit rempli de professionnels aux gestes sûrs. Changement d’ambiance, pour tout dire. …La fatigue, peut-être, ou bien des problèmes familiaux ? Ou un contrôle fiscal...

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Commentaires (6)

dino

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320 commentaires

#6

Vaste débat, en effet

Tu as tout à fait raison, coe2, personne n'est à l'abri. Et je n'ai toujours pas les réponses à mes questions... cela dit, je pense que ce qui se vit (parfois) à l'hôpital est aussi le reflet du reste, à savoir une démission morale collective. Nous ne sommes plus des citoyens mais des consommateurs désabusés et nous finissons par supporter des choses insupportables au nom de je ne sais quelle fatalité ; la qualité des soins se dégrade ? C'est normal, c'est la crise. L'air est pollué et dangereux à respirer ? On y peut rien, c'est comme ça... je pense que sur le long terme, ce sentiment d'impuissance est dévastateur.

coe2

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36 commentaires

#5

Nous ne sommes pas à l'abri

c'est pour cela que je ne dirai pas merci ,mais je te remercie d'avoir eu le courage de,si bien et humainement, relater cet évènement, avec cet "humour" qui t'appartient.
2h pour apporter des questions à ces "pourquoi", trop juste, à mon sens.
Je verrai bien un grand débat entre professionnels pour y répondre, mais surtout pour faire face honnêtement à ces questions, ce qui nous aiderait à ne plus nous comporter comme des robots et à nous remettre en question.
Quelques pistes : Dans cette société où tout est violence et acquis, comment y répondre tout en se protégeant et rester bienveillant ?
Sommes-nous éduqués et formés à ce genre de situation ?
Avons-nous la bonne vision de la profession, lorsque nous la choisissons ?
Pourquoi l'intérêt personnel prend le pas sur la solidarité entre nous ?
En fait, je réponds à tes questions par d'autres interrogations, ce qui n'est pas 'du jeu" !!
Mais, voilà, à la retraite depuis quelques mois, je n'ai pas encore trouver de réponse, et je déplore encore et toujours cet état de fait.
Comme beaucoup, j'ai vécu des situations d'urgence "personnelles" et face à cette négation de souffrance de la part des soignants, j'ai eu ce besoin, en tant que professionnelle, de prendre du recul pour analyser mon propre comportement en tant de soignante auprès des autres. Beaucoup de questionnement, mais j'ai appris que nous pouvons concilier soins technique et relationnel dans l'urgence comme dans le "quotidien". Et ce n'est pas toujours facile !
Les conditions de travail actuelles ne peuvent se résoudre qu'avec entraide et reconnaissance entre soignants, à défaut de ceux qui nous gouvernent.
Nous n'avons que le pouvoir de nos compétences, mais pas sur "l'autre". Mais aider les autres en se sentant isolé est souvent frustrant. Nous sommes soignants mais aussi des êtres humains .
Gardons ce débat ouvert.
Bon courage à vous tous.

dino

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320 commentaires

#4

Yes !

Augusta, j'applaudis à deux mains à ta proposition...

augusta

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68 commentaires

#3

Psy et Urgences

Article intéressant mais affligeant.
J'ai l'impression que si un patient ne relève pas du déchoc....ben c'est qu'il a rien.
J'aimerais bien qu'on introduise de la PEC psy aux Urgences: formation relation d'aide, IDE recruté ayant une expérience en psy.....bref, permettre une certaine mise à distance de la technique et apprendre l'écoute de l'autre.

dino

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320 commentaires

#2

...euh...

>Merci à toi binoute, je n'ai pas relaté cette histoire (qui me touche de près) pour recevoir des éloges, mais ça fait toujours plaisir. Je dirai même que ce genre de réaction m'aide à tourner cette (vilaine) page...

binoute1

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567 commentaires

#1

merci

un sujet moins drole que d’habitude, mais toujours aussi bien écrit,
j'adore ta plume
merci