ETHIQUE

Un « Bipède sans plume » ou l'origine de l'intention de soin

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Ethique et soin

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Il existe un moment privilégié, une origine de conscience où nous devenons soignant, ce moment éminemment éthique qui nous pousse vers Autrui quand sa vulnérabilité nous oblige. Explications.

infirmières chambre réanimation soins patientLe constat de la vulnérabilité

Le constat de la vulnérabilité d'autrui est bien ce moment éthique par excellence. Ce constat est moralement déterminant sur notre posture professionnelle, c'est en effet de lui que va dépendre notre attitude et c'est par lui que nous devenons ce que nous devons être : des soignants.

La vulnérabilité en tant que concept de soin mérite toute notre attention, une attention en termes de vigilance professionnelle, bien entendu, mais aussi une attention supérieure comme cible majeure de notre profession. Cette attention consiste à savoir la débusquer, la cerner, l'accepter comme une obligation morale. Il convient de la connaître, de la côtoyer, de la pratiquer pour ne jamais la négliger. Cette vulnérabilité est constitutive de notre humanité car, à cet endroit, se situe notre misère et notre puissance, nous sommes construit sur un vide ! « Le sujet est seul parce qu'il est un. Il faut une solitude pour qu'il y ait liberté du commencement... » nous dit Emmanuel Levinas1. Ceci pour dire que la solitude n'est pas qu'un désespoir ou un abandon, elle est aussi ce qui permet d'exister, une dignité, une souveraineté. Le constat de la vulnérabilité d'autrui commence par la disponibilité du soignant à appréhender la solitude du patient. Cette disponibilité de conscience est précieuse car elle est le fondement de notre profession. Le système de santé actuel nous contraint de plus en plus à mobiliser une énergie supérieure pour accéder finalement... à l'essentiel. Curieusement nous reléguons l'important après l'urgent mais je ne suis pas convaincu que cela soit une bonne opération. Alors revenons à l'essentiel, au moins pour un instant, dans le secret espoir que cela devienne urgent et important...

Les cosmogonies africaines sont, pour la plupart, construites sur un dualisme qui dit que l'être complet est double. La naissance parfaite étant celle de jumeaux, les autres, plus courantes, obligent l'être seul à chercher à se re-jumeler tout le long de sa vie pour retrouver sa moitié perdue. Dans cet esprit, la solitude du patient comprise comme force de sujet mais aussi comme vulnérabilité signifiée par le manque de santé, pourrait trouver, chez le soignant, une réponse en termes de posture morale...

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Commentaires (3)

CrisP

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51 commentaires

#3

merci les gars !

Merci les gars ! t'as raison Dino, d'autant que ce n'est pas un piège à loup aux mâchoires mordantes, c'est un piège doux caressant l'ego et même un tantinet masturbatoire...
Serge, ta remarque est juste et donne envie de "mythologer"

Bien Amicalement,

Christophe

serge cannasse

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77 commentaires

#2

de la politique

merci à Christophe pour ce bel article. juste un point que je pense utile de préciser : Prométhée a effectivement échoué à ramener l'art de la politique, mais comme le raconte Protagoras un peu plus loin dans le texte, cet art a finalement été donné aux humains par Zeus lui-même. ce que je trouve intéressant et particulièrement en phase avec la période actuelle, c'est qu'il l'a fait en donnant aux humains deux vertus : la justice et la pudeur. elles sont inégalement réparties, certes, mais les aptitudes aux techniques et aux savoirs aussi (c'est la métaphore du feu), qui eux aussi ne sont pas sans ambiguité, par exemple, quand on songe aux problèmes écologiques. enfin, Protagoras insiste sur le fait que ces deux vertus doivent être distribuées à tous, parce que contrairement aux arts experts (faire du pain, soigner, ...), la politique est l'affaire de tous.

dino

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320 commentaires

#1

Bien formulé...

...merci Christophe, toujours précieux ces petits rappels qui donnent du sens à notre pratique... effectivement, on ne devrait "regarder les gens d'en haut que pour les aider à se relever"
Quel piège à cons, cette toute-puissance du soignant...